Les enquêtes d’opinion le montrent toutes : la sécurité, la tranquillité publique et la lutte contre la délinquance arrivent en tête des préoccupations des Français pour les élections municipales.
C’est ce thème majeur pour une véritable ville douce à vivre que la rédaction de Dijon l’Hebdo a décidé d’aborder, en donnant à nouveau la parole à des Dijonnaises et à des Dijonnais, de tous âges, de toutes professions, de tous les quartiers, afin qu’ils apportent, à travers leurs expériences multiples, leur pierre à la cité et contribuent, par leurs propositions concrètes, à nourrir le débat public local.
Vous découvrirez un compte-rendu fidèle des interventions de toutes celles et de tous ceux qui ont accepté de se prêter à cet exercice citoyen par excellence. À l’occasion d’un petit-déjeuner organisé au sein de l’Hôtel Mercure Dijon Centre Clémenceau, toutes et tous ont exprimé leur sentiment mais aussi leurs idées sur ce sujet particulièrement sensible, nourri par des faits divers marquants et par un ressenti parfois difficile à objectiver.
Entre prévention, présence humaine sur le terrain, coopération avec l’État et moyens accordés aux communes, les échanges ont mis en lumière la complexité d’une compétence partagée, entre le local et le national, rendant les marges de manœuvre des maires à la fois déterminantes et délicates. S’ils étaient maires de Dijon, que feraient-ils pour renforcer concrètement la sécurité au quotidien ? Morceaux choisis…
La rédaction
Carole Emourgeon
Chargée de du développement et des relations entreprises au MEDEF Côte-d’Or
« La Ville de Talant a développé un dispositif que j’ai trouvé exceptionnel : les places sous vidéoprotection. C’est vraiment une excellente idée pour avoir un espace dédié, et même plusieurs, parce que Dijon n’est pas une petite ville. C’est un très bon dispositif pour échanger les enfants quand il y a des tensions familiales mais aussi pour des échanges commerciaux, pour l’acquisition d’une voiture ou autres. J’ai trouvé cette idée véritablement géniale parce que je constate une augmentation de tout ce qui concerne les violences intra-familiales. Et cette initiative peut aider…
Ayant un chien, je fréquente aussi les parcs. Dans certains d’entre eux, sur les extérieurs de la ville, parfois, je trouve que ce n’est pas toujours très rassurant. Je ne sais pas si ce sont des squatters, mais en tout cas, des personnes alcoolisées sont présentes, et, parfois, il y a des bagarres, et il n’y a jamais d’intervention. Ce n’est pas très agréable. Je trouve que cela manque de surveillance, donc si j’étais maire, je mettrais plus de passage de police dans ces espaces au sein desquels nombre de retraités se baladent… »
Sylvain Marmorat
Comédien, metteur en scène, directeur de la Compagnie de théâtre Le Rocher des Doms
« Avant toute chose, j’ai un ami qui fait partie de la Fédération des Trucs qui Marchent. Un livre a été publié et celui-ci s’apparente à un dictionnaire où on peut puiser énormément de bonnes idées d’élus racontant des expériences qui fonctionnent. Grâce à cela, on sort un peu du débat purement politique, idéologique on va dire. Donc c’est vraiment une excellente idée grâce à laquelle on remet sur le devant de la scène la pédagogie. Moi, ça me parle beaucoup… La Compagnie de Théâtre que l’on a fondée intervient auprès des élèves. On a créé un spectacle qui parle de la nature. Il s’appelle Le Chasseur d’Images. Cela parle de la forêt mais qu’est-ce qu’on y fait, comment on y vit, etc. C’est pour les enfants mais cela plaît énormément aux adultes. Et puis derrière, on a des ateliers de médiation.
Le but n’est pas d’asséner des vérités, c’est simplement de pratiquer l’échange. Les gamins, ils sont intelligents, très intelligents. Il faut faire preuve de pédagogie ou, je pourrais dire, de transmission… Après, il faut aussi avoir les parents… L’éducation nationale, c’est complexe, c’est épuisant. On demande aux enseignants de tout faire, instruire mais aussi éduquer alors que ce n’est pas leur rôle. Pour ma part, j’ai un grand espoir dans l’Humanité.
Si j’étais maire de Dijon, les brigades vertes, je ne les ferais pas commencer à 9h du matin. Après, il ne reste que des propriétaires respectueux qui ramassent les crottes de leur chien. Ensuite, sur la drogue, nous sommes le seul pays où aucun débat national n’a eu lieu sur le sujet. Jamais la dépénalisation du cannabis n’a été abordée à l’Assemblée nationale. Alors si j’étais maire, je ferais mon possible pour intervenir au niveau national afin que ce débat ait enfin lieu… »
Aline Reynaud
Retraitée conférencière
« Il existe des lois et des arrêtés municipaux, il suffit de les faire appliquer. Au lieu d’en empiler des nouvelles, faisons déjà appliquer celles qui sont là… Il faut faire respecter les lois républicaines mais aussi la laïcité sur l’espace public. Quant on voit des gamins de 12 ans faire les guetteurs, que font les parents ? L’éducation parentale doit régler, à la base, beaucoup de choses. Sinon on va livrer des sauvageons aux enseignants et on leur dit : débrouillez-vous avec, on les récupérera à la sortie. C’est quand même déjà aux parents d’agir…
Dans le tram, qui est victime de son succès, on est quand même obligé de mettre des médiateurs. Les bras m’en tombent ! On se demande même où on est… Entre ceux qui n’ont pas payés leur billet et qui refusent, ceux qui squattent 2 places… Il faut arrêter de jouer les bisounours et arrêter de regarder de l’autre côté de la rue. Je connais des jeunes femmes qui évitent de prendre le bus, à partir de 18 h en hiver, place de la République. Elles se rendent à un arrêt plus loin… On finit par accepter les choses qui sont anormales. C’est un espace public et on ne doit pas accepter ce genre de choses. La place de la République est tout de même le cœur de la ville. C’est ahurissant que l’on hésite à s’y rendre…
Il faut aussi que la police en générale et la police municipale en particulier soient respectées. On ne peut pas leur cracher dessus 12 heures par jour et les 12 h restantes leur dire : on m’a volé ma carte bleue, ma trottinette, mon vélo… Il faut rétablir d’urgence une citoyenneté. Je suis une enfant de mai 68 mais je ne brulais pas les voitures le samedi soir. C’est invraisemblable… Je prends un autre exemple : rue Marbotte, des malheureux ont eu l’idée de repeindre leurs maisons. Le lendemain, elles étaient taguées, d’où la nécessité d’une police municipale qui soit forte. Les caméras représentent une bonne idée mais encore faut-il disposer de moyens financiers pour avoir du personnel qui les visionne en situation ! Mais avant toute chose, il faut respecter les lois qui existent déjà… »
Paul Godart
Architecte, co-dirigeant de l’agence d’architecture Godart + Roussel à Dijon
« De mon point de vue, trois axes sont à développer : Le premier est de renforcer la sécurité de manière simple et efficace. Il n’est pas nécessaire de multiplier les systèmes ou de saturer la ville de milliers de caméras, non, une présence accrue sur le terrain suffit. Prenez cet exemple à Dijon : aujourd’hui, le stationnement payant est si bien contrôlé qu’il est quasi impossible d’y échapper. Des dizaines d’agents sont en permanence à l’affût de la moindre négligence de paiement, pire, des véhicules banalisés patrouillent à chaque coin de rue pour vérifier votre stationnement. Une présence renforcée des agents de proximité, couplée à une tolérance limitée pour les infractions, serait bien plus efficace pour que chacun d’entre nous se sente en sécurité.
Deuxièmement, il faut cultiver l’éducation et le civisme. L’éducation passe d’abord par la transmission des valeurs, des parents vers les enfants, mais aussi par le civisme. Dans mon métier d’architecte, on nous demande souvent d’anticiper plutôt que d’éduquer. J’ai souvent cet exemple sur les balcons des logements sociaux : autrefois ouverts sur la ville, ils sont désormais conçus « pleins » pour cacher ce que les locataires pourraient y stocker. Pire : on nous demande de réduire les halls d’accès, de sécuriser à outrance et de privatiser les espaces extérieurs pour éviter les attroupements, les rencontres… Ces mesures, au-delà d’enlaidir la ville, créent un climat d’hyper-privatisation qui ne favorise plus les échanges. Il ne faut pas sous-estimer la capacité à l’urbanisme et à l’architecture à régler une partie de ces problèmes.
Enfin, il faut renouer le dialogue entre logements sociaux et habitat privé. La métropole a fait d’ énormes progrès en matière de mixité sociale ces dernières années, et l’on peut la féliciter, mais il faut aller plus loin. La mixité à l’échelle des paliers reste difficile à mettre en œuvre. Pourtant, je crois en la force du « premier de cordée » : nous pouvons tous progresser ensemble. Il est temps de sortir de l’ultra-privatisation des espaces et de recréer des lieux d’échange, de partage, où toutes les générations et tous les milieux sociaux pourraient se retrouver.
Pour conclure, je fais confiance à notre nouvelle génération, déjà plus consciente des enjeux environnementaux et plus attachée au vivre-ensemble. Contrairement aux idées reçues, elle perçoit les limites des réseaux sociaux et porte en elle une réelle capacité à réinventer la ville. Au-delà des forces de l’ordre et des sanctions, c’est elle qui peut rétablir un climat serein. Dialogue, éducation et échange resteront les clés d’une ville apaisée et sécurisée ».
Philippe Fagot
Arcenciologue, enseignant dans le domaine du design, de la conception de produits
« On peut avoir une certaine forme d’utopie. Il y a une notion essentielle : celle du lien entre les usagers et le lieu de vie. Quelle est la différence entre le lien et le lieu ? Une lettre s’est renversée… On voit très bien qu’il y a une relation directe entre l’insécurité ou le sentiment d’insécurité et l’environnement. L’urbanisme, la façon dont la ville est construite, dont elle se développe, n’est pas sans effet sur la manière dont les habitants la vivent. Soit par une adhésion, soit par un rejet. En période électorale, c’est un superlatif… l’adhésion, c’est une superbe ville. Et le rejet, c’est une forme de violence qui s’exprime de façon tangible ou plus subliminale par ce sentiment d’insécurité.
Comment aborder cette question ? Étant un adepte de Gaston Bachelard, je me demande où trouver la politique de l’espace dans une ville avec cette multiplicité de quartiers, de cultures. Je crois toujours qu’il y a un génie du lieu. Tant que celui-ci est invisible, on n’a pas cette relation entre le lien et le lieu. Il y a quelque chose de caché à Dijon : le Suzon. Il est en partie enterré et, dans une ville, ce qui fait le lien, la circulation entre les quartiers, c’est l’eau. Nous n’allons pas transformer Dijon en Annecy mais il y a un trésor caché que l’on pourrait utiliser. Et l’eau représente l’une des grandes préoccupations contemporaine… Dans la réémergence utopique du Suzon, je vois le lien qui pourrait exister. Par extension, nous avons la richesse de l’Ouche. C’est un lieu de circulation auquel il faut redonner accès aux habitants.
Qu’attend-on pour aménager les rives afin de créer un véritable lieu de circulation ? Ce sont des chantiers à encourager. Nous avons eu la chance de constater l’évolution des effectifs des policiers municipaux qui est certainement justifiée. En centre-ville, il y a un épiphénomène qui touche beaucoup de Dijonnais à partir d’une certaine tranche d’âge : c’est l’évitement de la place de la Libération en hiver, car l’aménagement qui a produit un embellissement de ce cœur de ville est un enfer par temps de pluie ou de givre. La traverser c’est infernal… Il faut faire quelque chose ».
Alisa Ispiryan
Étudiante en 3e année en Licence Humanités au Centre Universitaire et Catholique de Bourgogne, chargée de mission dans les écoles dijonnaises et au CROUS
« Lors d’un de mes stages, j’ai vu une solution dans une école primaire de Chevigny-Saint-Sauveur : la mise en place d’un passeport citoyen. Les élèves se voient délivrer un carnet avec nombre d’initiatives : ramasser des déchets, aider un voisin à de multiples tâches… Cette idée est très intéressante et elle pourrait être mise en place dans toutes les écoles dijonnaises. Les élèves sont stimulés par ce passeport citoyen et, à la fin, ils ont une remise de médailles. Les jeunes sont pleinement investis. Voilà une solution à apporter dans le monde de l’éducation, qui a, à mes yeux, un rôle immense dans les sujets qui nous intéressent aujourd’hui.
J’ai remarqué en allant dans les banlieues le relâchement des éducateurs, car les familles ne suivent pas les projets mis en place à l’école. Il n’y a aucun suivi des parents, à la maison… Des écoles invitent les parents pour qu’ils s’approprient les projets. C’est une idée à développer. Et je pense qu’il faut faire découvrir la ville aux enfants. Je remarque que certains enfants originaires des quartiers ne connaissent pas le cœur de ville. C’est triste… »
Loïc Galland
Responsable de compte pour le groupe Mondelez International commercialisant des biscuits et du chocolat pour des grossistes
« La première question que je me poserais si j’étais maire, ce serait la difficulté de communiquer auprès de mes administrés. En matière de sécurité, il y a ce qui relève du ressort de la police nationale et de celui de la police municipale. Une ville est à l’échelle d’un pays : comment faire en sorte que les Français se sentent français ? Comment faire en sorte que les Dijonnais se sentent dijonnais ? Il faut qu’ils fassent un… Quelles démarches mettre en place pour que chacun ne voie pas seulement à travers son prisme, son quartier, son logement, son métier… ? Il faut qu’il y ait une communauté dijonnaise.
Il y a ceux qui habitent en centre-ville, ceux qui résident dans les quartiers, ils n’ont pas tous les mêmes problématiques. Cela passe par le fait de donner la culture de Dijon dans toutes les écoles. C’est comme le consentement à l’impôt, tout le monde a des droits et des devoirs. Quand quelqu’un habite Dijon, il doit se dire, je suis fier d’être dijonnais, car je dispose de ceci, de cela, j’ai une ville qui est belle… C’est une question difficile pour un maire car elle est transversale : elle regroupe la tranquillité publique, l’urbanisme, l’éducation… Evidemment la tolérance 0 doit être appliquée. De la fermeté, d’un discours clair naîtra le sentiment pour tout le monde d’être fier d’être dijonnais. Il faut rassembler les gens, montrer que tout ne peut pas se solutionner à l’échelle locale… »





