Après avoir remis en cause le réchauffement climatique tel qu’on le perçoit dans un ouvrage -publié à l’automne dernier- qui n’a laissé personne indifférent (1), Jean Chaline récidive avec un livre consacré cette fois au wokisme. Le célèbre paléontologue dijonnais décrit le développement tentaculaire de ce mouvement de déconstruction de la civilisation occidentale, du relativisme culturel et du pouvoir du langage qui élimine toutes les notions d’individu et d’universel en proclamant ainsi la dissolution de toutes les normes.
Comment définiriez-vous le wokisme ?
Jean Chaline : « Le wokisme est un mouvement politique et social, une véritable révolution culturelle de la pensée qui propose une nouvelle vision des sociétés et des questions identitaires. On peut dire que l’évolution sociologique la plus importante des dix dernières années est indiscutablement l’expansion toujours plus grande et rapide du wokisme au sein de la sphère publique occidentale.
Il a été promu par l’extrême gauche identitaire américaine il y a une vingtaine d’années, au sein des grandes universités des sciences humaines, essentiellement de sociologie, mais il a diffusé rapidement au sein des autres disciplines scientifiques, de la médecine à la biologie et jusqu’à la théorie de l’évolution, à la manière d’une pieuvre qui s’infiltre partout. Le wokisme s’est répandu au Canada, puis a atteint l’Europe et la France il y a seulement quelques années ».
Que propose le mouvement wokiste ?
« Par l’imaginaire, un monde post-patriarcal sans police, sans prison, ni tribunaux, niant l’existence de la délinquance. Un monde irréaliste totalitaire détaché des réalités du type « 1984 » d’Orwell avec la restriction des libertés, notamment celle de penser et d’expression avec une police des mœurs et des pensées, la cancel culture. Le wokisme s’infiltre partout à l’image de la gorgone et de la méduse de la mythologie grecque. Il ne faut pas se laisser pétrifier par les injonctions wokistes ».
Et vous considérez que la civilisation occidentale est réellement menacée ?
« Le wokisme est devenu une véritable pieuvre qui, avec ses tentacules, touche maintenant tous les domaines de la société en s’infiltrant partout. Il s’agit d’un grand bouleversement anthropologique et sociologique qui est devenu en une dizaine d’années un véritable fourre-tout pseudo-moderniste.
Ce qui est étonnant dans le wokisme, c’est que son but à l’origine était véritablement très positif mais il est devenu dangereux pour la démocratie occidentale. En effet, ce phénomène, après avoir profité des avancées concernant le racisme, les féminismes, cherche désormais par les extrémistes de la cancel culture, à effacer, à déconstruire la civilisation occidentale, en l’accablant de toutes les infamies -racisme, colonialisme et esclavagisme-, de tous les maux d’inégalités -patriarcat et sexisme- au cours de ses deux mille ans d’histoire où les conceptions politiques, philosophiques et religieuses ont beaucoup évolué ».
Et dans cette évolution, vous pointez du doigt les réseaux sociaux que vous qualifiez même « d’asociaux » ?
« L’esprit critique, indispensable pour accroître la part du rationnel dans la société et la qualité de la réflexion, semble avoir disparu, tué par les réseaux sociaux et ceux qui les utilisent, devenant, parfois, quasiment décérébrés. Le wokisme a pris une extension considérable en quelques années grâce aux réseaux sociaux, parce qu’il propose de nouveaux comportements dans les relations entre les femmes et les hommes et entre les diverses communautés et minorités ethniques.
La menace est pernicieuse, insidieuse et déjà très implantée, quoique quasi-invisible aux yeux des populations mal informées. Certaines propositions frisent tellement le ridicule qu’elles paraissent bénignes et pas réellement dangereuses. Et c’est pourquoi elles s’implantent notamment chez les jeunes personnes accros des réseaux sociaux avec le complotisme. Personnes qui ont souvent perdu tout esprit critique et parfois même la raison.
La première lutte est celle contre ces réseaux d’où il serait souhaitable de se désabonner au maximum, ce qui gagnerait du temps pour lire des livres beaucoup plus intéressants et enrichissants sur l’être humain et notre culture et éviterait la formation de crétins digitaux ».
Vous n’avez pas l’impression d’y aller un peu fort ?
« J’ai souhaité faire le tour de la question sur ce sujet très controversé qui a envahi l’Occident et qui cherche à détruire notre civilisation. Je ne porte aucun jugement sur les personnes impliquées car nous sommes en démocratie où chacun est libre d’être et de faire ce qui lui convient dans le respect des lois de la République. Il n’y a donc aucune phobie, mais le respect de chacun dans sa diversité. Mais cette enquête que j’ai menée ces 5 dernières années, dénonce avec les spécialistes médicaux, les excès des transgenres chez les enfants qui mènent à des désastres et ceux de la cancel culture qui tentent d’abolir la liberté d’expression.
Nous avons vu qu’à Sciences Po Paris, un organisme qui forme notre prochaine jeunesse politique, Darwin et la théorie de l’évolution sont devenus tabous comme chez les créationnistes, ce qui est ahurissant. Cet établissement est devenu une honte pour la science biologique française. La formation à l’esprit critique était une ambition continue de l’enseignement français pour accroître la part du rationnel dans la société et un gage de la qualité de la réflexion. Mais l’est-elle encore ? Albert Enstein avait raison lorsqu’il disait que « le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire »…
Le wokisme rejette la science qui montre la réalité des faits. Pourquoi la rejettent-ils ? Tout simplement parce qu’ils sont apparemment incapables de la comprendre, car il faut maîtriser la biologie, la paléontologie, la génétique et l’esprit de synthèse opposé à leur approche communautariste.
Sur internet, sur les réseaux sociaux, les wokistes critiquent, jugent et lynchent, hors de toute juridiction et de tout débat, les idées opposées à leurs conceptions, une justice à l’œuvre avec la cancel culture et tous les complotismes ».
Concrètement, que proposeriez-vous face au wokisme ?
« En réponse à toutes ces inepties, il faut développer une nouvelle phobie, celle de la bêtise. Elle pourrait être le seul vaccin contre cette épidémie. La « bêtisophobie » est sans doute l’une des réponses à faire à cette idéologie wokiste afin d’éliminer les aberrations et ses excès comme l’idéologie du genre, de la transidentité pour le enfants, de la déconstruction de la langue et de la littérature, de la censure de la liberté d’expression, de l’intolérance et de la tyrannie de la cancel culture au travers des réseaux sociaux et du complotisme.
Il ne faut pas laisser le wokisme aller trop loin. Il suffit d’être ferme et de refuser toute abdication ou compromis et de déjouer les mensonges éhontés de ces idéologies qui veulent saper les bases de notre civilisation que nos ancêtres ont mis plus de 2000 ans à construire et à améliorer ».
Propos recueillis par Jean-Louis Pierre
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Histoire climatique de la terre. Et si tout venait du soleil ? (Editions Ellipses)
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Anatomie du wokisme. La déconstruction de la civilisation occidentale (Editions Ellipses)





