Le dernier ouvrage publié par Jean Chaline sur le climat, expliquant que « celui-ci ne serait ni réglé ni déréglé » et que « l’activité solaire provoquerait les fluctuations de températures » n’a pas été du goût de l’Université de Bourgogne ni du CNRS. Le physicien Vincent Boudon et le climatologue Benjamin Pohl ont tenu à « rétablir les faits scientifiques principaux ».
Dans notre numéro du 2 octobre, nous avons donné la parole au paléontologue dijonnais, Jean Chaline, à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage aux Éditions Ellipses intitulé « Histoire climatique de la Terre. Et si tout venait du soleil ? ». Nous annoncions que ce livre s’apparentait à un véritable pavé dans la marre… Les réactions de l’Université de Bourgogne et du CNRS ne se sont pas faites attendre. Le physicien et directeur de recherche au CNRS (équipe Mars, pour Molecules, Atoms, Reactivity and Scattering) Vincent Boudon et son collègue climatologue au laboratoire Biogéosciences (CNRS, Université de Bourgogne) Benjamin Pohl ont tenu à mettre les choses au point. Et ne pas laisser dire que « les prévisions climatiques relèvent plus de scénarios de science-fiction que de la science ».
« Dans la presse scientifique, le consensus est général et les climato-sceptiques n’ont plus lieu d’être. L’état des connaissances ne permet de valider aucune des hypothèses présentes dans cet ouvrage », a souligné Vincent Boudon, non sans avoir rappelé : « Le fait que cet auteur se présente, avec son collègue (ndlr : Jacques Lang), comme professeur émérite au CNRS à l’Université de Bourgogne, a fait du bruit dans nos instances. Ils n’ont pas ce statut car il leur avait été refusé. Aussi ne parlent-ils pas au nom de l’uB et du CNRS ».
« Lorsque l’on fait de la projection climatique, on se base sur des lois physiques, sur des choses qui ont de l’inertie, en l’occurence le temps de présence des gaz à effet de serre dans l’atmosphère qui vont quantifier la quantité de chaleur reçue du soleil qui va être piégée par l’atmosphère », a expliqué Benjamin Pohl, avant de développer : « L’effet de serre est un phénomène naturel qui, à l’origine, est bénéfique : la température est positive, l’eau est sous forme liquide, les formes organiques que nous sommes ont pu apparaître.
Depuis 1850, ce n’est plus uniquement naturel puisqu’est venu s’ajouter l’effet de serre additionnel. Aujourd’hui, si l’on entre dans les chiffres, la quantité totale de gaz à effet de serre émis par les activités humaines depuis la révolution industrielle est équivalente à un flux d’énergie correspondant à 2,3… 2,4 watts/m². Pour tenir les accords de Paris, il ne faudrait pas dépasser 2,6. Il n’y a plus beaucoup de marges de manœuvre. C’est de la science et non de la science-fiction ! »
« Le différentiel apporté par l’humanité »
Et Vincent Boudon d’abonder dans son sens : « Je l’explique aussi à mes étudiants : s’il n’y avait pas de gaz à effet de serre dans l’atmosphère terrestre, la température serait en moyenne de – 18°. Le problème n’est pas là, c’est le différentiel que l’humanité a introduit depuis le XIXe siècle. Ce différentiel augmente de plus en plus vite et nous avons atteint des niveaux de CO2 jamais vu dans l’histoire, à un rythme lui aussi jamais atteint. Cela montre à quel point il y a urgence à agir… Dès 1982, un rapport interne du pétrolier Exxon faisait état des mêmes prédictions qu’actuellement. Nous ne pouvons pas laisser dire que les activités humaines ne sont pas responsables des changements en cours et que le virage de la transition énergétique n’est pas indispensable ! »
Et les scientifiques du CNRS d’aborder aussi la question du « soleil et du cycle des taches solaires », avancés par Jean Chaline pour connaître « la tendance réelle d’évolution du climat » : « Le cycle des taches solaires existe, il a une demi-période de 11 ans. Mais l’équivalent en termes d’énergie de ce que l’on reçoit sur terre est de l’ordre de quelques dixièmes de watts/m². L’effet de serre additionnel est déjà 10 à 15 fois plus important que le cycle naturel du soleil ! » Dont acte…
Propos recueillis par Xavier Grizot





