Baisse du pouvoir d’achat, taux de crédit élevés, difficultés d’emprunt… On pourrait rêver mieux pour exercer sereinement son métier d’agent immobilier ?
Jean-Quentin Seguenot : « Effectivement, on ne peut pas dire que les astres soient alignés en ce moment pour la profession mais nous sortons d’une période exceptionnelle ou les taux d’intérêts très bas ont biaisé le marché immobilier et gonflé les prix artificiellement. Les acquéreurs pouvaient acheter à des montants élevés tout en ayant des échéances de prêts raisonnables. Le relèvement des taux bancaires d’une manière significative et rapide a complètement changé la donne.
Le métier d’agent immobilier ne s’exerce jamais en toute sérénité. Je pense que mes confrères pourront le confirmer. L’investissement pour les clients est vraiment important et ne se fait pas sans pression et le marché est toujours fluctuant en fonction du contexte économique. C’est l’amour de la pierre et la relation avec les clients qui vous mènent à ce métier, le plaisir de voir se concrétiser des projets de vie ! ».
Êtes-vous inquiet pour votre profession dans le contexte que l’on connaît ?
« A court terme forcément, cette crise a la particularité de tenir sur la longueur car la régulation des prix par rapport à la hausse rapide des taux d’intérêts est lente et la trésorerie des agences est déjà malmenée depuis plusieurs mois.
A moyen et long terme, je reste optimiste. Malgré la forte digitalisation de notre métier (dématérialisation, utilisation de l’intelligence artificielle), rien ne remplacera l’expérience d’un bon agent immobilier. Chaque bien est différent et l’IA a ses propres limites. Je peux dire la même chose pour nos clients, chaque profil est différent et le contact humain a toute son importance dans une transaction ».
On peut imaginer que les vendeurs peinent à accepter la réalité du marché. C’est là que vous avez un rôle essentiel pour les accompagner dans la prise en compte de ce nouveau contexte ?
« Bien entendu, il est toujours difficile de faire entendre aux vendeurs que la valeur de leurs biens immobilier a été impacté par une baisse de prix après ces deux années de relèvement des taux d’intérêts et c’est à nous de leur expliquer qu’il s’agit tout simplement d’un retour à la normale, à un marché plus réaliste ».
Pensez-vous que les nouvelles obligations imposées par la transition énergétique soient de nature à perturber le marché immobilier ?
« En effet, la dernière version du Diagnostic Performance Energétique et ses contraintes ont un impact réel sur le marché. Partant d’une bonne intention, celle d’inciter les gens à rénover leur bien immobilier et faire des économies d’énergie, cette initiative a pour autant des effets pervers. Sur le marché locatif tout d’abord, certains appartements classés avec la lettre G ne peuvent plus être mis à la location alors qu’il existe une réelle pénurie de logement.
Certains paramètres de ce DPE sont certainement mal calibrés et le réajustement à la marge effectué par le gouvernement au mois de juillet ne suffira pas. Rappelons qu’en copropriété, les travaux sont soumis à autorisation par l’assemblée générale des copropriétaires et que les vendeurs ou bailleurs n’ont pas les mains libres pour effectuer les rénovations qu’ils souhaiteraient réaliser. Je pense également à la solution proposée par cette nouvelle version du DPE qui est l’installation d’une pompe à chaleur qui, avec l’effet d’une baguette magique, propulse votre logement dans les meilleures lettres du classement. Quid des propriétaires d’appartements en centre-ville historique, souvent mal classés ? Ces derniers ne pourront pas se tourner vers ce type d’installation qui sera compliquée compte tenu des contraintes liées aux Bâtiments de France.
Concernant la vente, les contraintes sont les mêmes et les montants de travaux préconisés sont souvent bien trop important par rapport aux économies réalisées sur les factures d’énergies ».
Comment se comportent les prix sur Dijon et dans la Métropole?
« Le marché immobilier dijonnais suit la tendance nationale et après ces derniers mois de correction, les prix devraient se stabiliser. La ville est attractive et, avec l’arrivée du télétravail, nous voyons fréquemment des acquéreurs venant de plus grandes villes, trouvant à Dijon une belle qualité de vie ».
Comment voyez-vous évoluer l’immobilier d’ici la fin de cette année 2024 ?
« La reprise tant attendue au premier semestre 2024 est poussive et nous devrons certainement attendre encore quelques mois pour retrouver un peu de sérénité. Je rappelle aux acquéreurs que l’achat de sa résidence principale reste le meilleur investissement, qu’il est le premier produit d’épargne !
Enfin, pour terminer, j’aimerais lancer un appel aux hommes politiques qui nous gouvernent afin qu’ils prennent vraiment conscience de l’importance du chantier à venir sur le secteur de l’immobilier, du besoin de stabilité et de simplification dont nous avons besoin. A bon entendeur !… ».
Propos recueillis par Jean-Louis Pierre
Seguenot Immobilier
29 rue Bossuet. Dijon





