La lettre d’Haroun Tazief

Mon pauvre Cousteau

Ce petit mot pour te dire que les tribus d’Afrique et d’Amazonie en ont payé un lourd au réchauffement climatique. Dans les champs de blé, on n’entend plus ceux des oiseaux. Les vers et autres larves ont tellement dévoré les jeunes pousses, que les paysans n’ont même pas pu en boire un et manger un morceau sur le leur pour fêter la récolte. Les cargos ne jettent plus l’ancre au large de leurs îles depuis que celle de leurs journaux a noirci la réputation des occidentaux. Nous autres, autochtones, pensions naïvement qu’en faisant entendre nos voix, quelqu’un nous mettrait sur la bonne. À force de déboiser les forêts nous n’en aurons même plus pour leurs perceuses. Pour autant devrons-nous effacer nos dessins pour en nourrir de plus nobles? Le soir, le ton monte dans les bars et le sol se couvre de cendre, alors que les premiers devraient nager aux côtés des seconds. De chalut en filet, de traités en accords, de la Convention de Montego Bay à La Pisse verte, le pêcheur vit de la mer, le pêcheur vide la mer, le pêcheur vit de la mer et n’aura bientôt plus pour baleines que celles d’un pépin ou d’un soutif étrange…

Avant le débarquement des colons, toutes nos plages étaient bordées de pins, parasols comme celui cher à Brassens ; bientôt nous n’aurons même plus un gramme de farine pour en faire. Quand je pense que mon ancêtre portait une alène en os au travers des narines alors que nous avons de la peine à retrouver la nôtre après avoir gravi trois marches ! Les bobos font du bateau-mouche sur la Seine, pendant que Molière mourait en elle et que le Christ en faisait son dernier repas. Ils pourront profiter des Hôtels-Devil construits sur nos sables en lieu et place de ceux que nous avons consacrés à nos dieux. Quand je pense que Cathare signifie pur et que les manitous européens en font un temple à magouille en plein Doha ! Vois-tu, mon pauvre Commandant, je croyais bien que Calypso était qu’une jolie naïade, mais ce n’était qu’un bateau… qu’on racontait à la télé. Je retourne à l’ETNA, c’est une grande école, car je ne vois en ce beau bas monde que des visions étroites, que de courtes vues et, si je puis dire, des éthiques étiques.

Alceste