Au début des hostilités en Ukraine tout avait été conçu pour nous materner : on allait voir ce qu’on allait voir, l’UE n’allait faire qu’une bouchée de Poutine ! Hélas, les mesures restrictives prises à son encontre n’ont pas eu du tout la puissance de feu escompté. Le FMI revient actuellement sur les prévisions alarmistes concernant une économie russe qui s’en tire bien mieux que prévu. Quant à nous, les Européens, nous faisons figure de « grand corps malade » : particuliers, grandes entreprises, PME, artisanat, commerce alimentaire, agriculture, bâtiment pâtissent de l’inflation galopante, et sont pénalisés par de gigantesques surcoûts d’énergie ainsi que de matières premières. Des coupures en gaz et électricité sont d’ors et déjà programmées, des productions menacées de tourner en sous-régime.
A son habitude, le gouvernement sort de son chapeau de magicien des plans anti-inflation, dont les particuliers de la classe moyenne auront très vite à régler la note. Le FMI – n’en déplaise à Emmanuel Macron – table sur une croissance molle de l’ordre de 0,7%… Nos voisins, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne entrent, eux aussi, en récession… Le cours de l’Euro fléchit, alors que le dollar affiche une forme olympique et que le Rouble ne mord pas la poussière. On escamote à l’opinion publique les dommages collatéraux du conflit qui obèrent notre avenir, telles les parois internes des gazoducs de la mer Baltique corrodées de façon irrémédiable, à la suite du récent sabotage orchestré par Moscou. C’est avec la même extrême pudeur (!) que les dirigeants de l’UE ont minimisé l’émission massive de gaz à effet de serre qui s’en est suivie.
Les Américains ont saisi la balle au bond et vendent à prix d’or leur gaz de schiste : l’idéologique écolo boit la tasse et tous ses exégètes s’en contrefoutent ! La solidarité en faveur de l’Ukraine commence d’ailleurs à tanguer, même si l’Europe – France en tête – s’apprête à former militairement sur son sol de jeunes Ukrainiens. Drôle de guerre, où rien n’est une opération blanche : les membres de l’UE n’échappent pas à une réalité comptable des plus juteuses. Pousser à fond la production d’armement vaut bien une messe noire… Certes, c’est toujours le pauvre quidam, qui, victime expiatoire, se voit cantonné au rang de troufion ou de contribuable. En vérité, l’activité industrielle de la guerre engraisse états et gros flibustiers de l’armement. Les USA, la France, les pays scandinaves, la Grande-Bretagne, Israël, la Turquie ou l’Iran, l’Inde également, tous font tourner les usines d’armement au maximum de leur potentiel… Fournir du matériel militaire à l’Ukraine ou à la Russie selon le camp de chacun – parfois aux deux à la fois – offre la plus grande des rentabilités aux dernières applications de la guerre électronique en situation de combat ou dans le domaine du renseignement !
On touche là aux circuits obscurs de financements qui permettent – sous couvert de l’hypocrite « généreuse contribution à l’effort de guerre » – qui en réalité n’a rien de gratuit – d’envoyer canons César, drones, avions de combat, lance-roquettes antichar, missiles sol-air Stinger, obusiers, véhicules blindés ainsi que des centaines de milliers de tonnes de carburant. A décrypter, que trouve-t-on ? Des banques internationales qui ont la main haute sur le champ de bataille… Prêter de l’argent à l’état ukrainien n’a rien de désintéressé : la haute-finance en escompte un solide retour sur l’investissement, grâce à des taux d’emprunt élevés puis, à terme, à des remboursements pharaoniques. Tous les états engagés de loin ou de plus près dans la guerre tablent sur les futurs marchés de toute la Middle Europa qui s’ouvriront à l’économie occidentale et aux USA – une fois la paix retrouvée. Le conflit Ukraine / Russie redessine la carte du monde, et… pas forcément en faveur des pays de l’UE. La Turquie d’Erdogan par le biais de son projet d’un « hub » pétrolier avec la Russie vise à s’approprier une plus grosse part du gâteau, tout en faisant un pied de nez à Bruxelles qui le snobe. Par ailleurs, l’Inde et la Chine – éternelles complices / rivales – jouent sur bien des tableaux. Notamment cette Chine tapie en embuscade qui offre l’accès de ses circuits bancaires à la Russie. De conserve avec la Turquie, elle permet à celle-ci d’écouler massivement ses productions de gaz via le Moyen-Orient qui nous les revend ! Qui, d’un état ou d’un industriel de l’armement tels Thalès, Safran, Dassault pour ne citer que la France, aurait le culot d’affirmer passer quoi que ce soit par perte et profit ?
Marie-France Poirier





