Pour la 101e édition, la Foire de Dijon a décidé de rendre à César ce qui lui appartient… Autrement dit de faire du vin l’invité d’honneur de l’événement commercial le plus important de la Bourgogne, qui, sans ses breuvages divins, ne serait pas la Bourgogne ! Et la Foire pourrait bâtir un véritable autel au Chardonnay, le cépage qui compte le plus de fidèles à travers le monde…
Alexandre Dumas disait du Montrachet qu’il devait « être bu à genou et tête découverte ». L’auteur des Trois Mousquetaires avait le sens aiguisé de la formule et maniait les mots comme ses héros l’épée. Mais beaucoup ont oublié que le romancier était aussi qualifié comme « l’une des plus fines gueules de son siècle ». Il faut dire qu’il était tombé dedans étant petit : son grand-père, qui avait été maître d’hôtel du Duc d’Orléans, tenait une auberge sur la route de Soissons. L’auteur du Grand Dictionnaire de Cuisine, ami des grands chefs de son époque comme le célèbre Vuillermot, y avait, qui sait, été éduqué au blanc de Bourgogne et s’était notamment découvert une passion pour le Montrachet et ses arômes de miel, ses saveurs de pêche et d’abricot.
C’était bien avant que le Chardonnay poussant sur le Mont Chauve, à cheval sur les communes de Puligny et de Chassagne, ne défrise le monde entier ! C’est dire si ce cépage, qui fait partie de la famille des Noiriens, descendant naturel et direct du Pinot Noir (couplé avec un autre cépage ancien, le Gouais Blanc), a su, au fil du temps, séduire les plus fins palais.
Même si d’aucuns estiment qu’il doit son nom au village de Chardonnay situé dans le Haut-Maconnais, nous préférons, pour notre part, une fort belle légende. Même si nous avons la laïcité chevillée au corps, il est bon parfois de remonter aux Croisés qui, dans leur bagage de retour de la Terre sainte, aurait rapporté une magnifique histoire… et quelques greffons de vigne. Les trésor des Templiers n’était peut-être pas celui que l’on croit !
Les collines de Jérusalem
Le Chardonnay aurait été pour la première fois planté sur les collines de Jérusalem, où le sol fait la part belle au calcaire et à l’argile (cela ne vous rappelle rien !) Mais aussi et surtout son étymologie proviendrait, en hébraïque, de « Cha’ar Adona’ï », signifiant la « Porte des Dieux » !
Nous comprenons mieux alors pourquoi les moines cisterciens ont fidélisé notre Bourgogne à ce cépage qui représenterait, par antonomase, un vin blanc sec, et aromatique, dont l’élégance et la délicatesse ne sont plus à prouver. La notoriété de la Bourgogne et de ses délices chers à Bacchus a fait beaucoup pour qu’il devienne une véritable religion pour nombre de vignerons dans le monde entier. Celui-ci a commencé par se propager, grâce aux moines, aux vignobles voisins, dont la Champagne, puis dans la France entière avant que son exceptionnelle adaptabilité au climat ne lui permette de s’étendre sur tous les continents.
L’Organisation internationale des Vins de Bourgogne, qui, soulignons-le, a décidé d’implanter son siège à Dijon, a estimé sa surface à 210 000 hectares dans le monde. Et c’est aux États-Unis qu’elle est la plus importante… devant la France ! Les nectars de Californie y sont pour beaucoup… Rappelons qu’en 1976 déjà le chardonnay du château de Montelena en Californie s’imposait lors d’un concours de dégustation à l’aveugle devant nombre de bourgognes.
Nous verrons si 46 ans après, lors du Concours organisé dans le cadre du salon Vinidivio, il en sera de même mais, une chose est sûre, le Vin est certes l’invité d’honneur de cette 92e édition de la Foire, mais la vraie vedette n’est autre que le Chardonnay… menant à « la Porte des Dieux ». Alexandre Dumas avait raison de se mettre à genou pour déguster le Montrachet !





