God save Us… et claque de fin !

Que nous soyons puissants ou misérables pour reprendre les termes de l’évangile, il est rare qu’une mort ne nous ramène pas à la condition fondamentale des êtres humains. Précisément dans « le Roi se meurt », Eugène Ionesco campait un monarque agonisant, se raccrochant jusqu’à l’absurdité absolue à un royaume du 3ème type. L’œuvre du dramaturge pointait ainsi cette angoisse métaphysique universelle devant la mort. A contrario, la reine Elisabeth II a orchestré avec un détachement magistral l’ordonnance de ses funérailles, qu’elle a souhaitées médiatisées, grandioses et reflet de la tradition. Les cérémonies regardées par environ quatre milliards de personnes relevaient de la religion anglicane présente au Royaume-Uni, dans les pays de culture anglophone, dans toutes les anciennes colonies britanniques constituant l’actuel Commonwealth ainsi que sur les terres de la diaspora britannique. La répercussion d’une telle communication politique a mis en exergue les derniers instants de la vie d’une souveraine aussi respectée que digne, suscitant l'émergence d'une émotion partagée, l’idée d’union et de transcendance. Marquant également la volonté de signifier à tous l’immanence de la monarchie : «To be seen, to be believed»… Face au sacré ainsi dégagé, face à la démonstration d’une pompe hiératique issue du XVIe siècle, face à un dogme immuable, les choses humaines de la vie courante ont eu le souffle coupé. Pour longtemps ou un court instant? La question est posée…

Tout en ayant été une femme impliquée dans son époque, l’existence d’Elisabeth était dictée par des valeurs aujourd’hui « démodées » - stoïcisme, devoir d’Etat, absence de toute confession personnelle ou de tout interview - alors qu’on ne cesse de nous infliger les séries B des selfies, des vulgarités ou du niveau affligeant du comportement de moult politiques. C’est ainsi que la France entière bruit de la récente affaire Julien Bayou, tout comme de la gifle donnée à sa femme par Adrien Quatennens, ex porte-drapeau de Mélenchon et grand distributeur de morale. Que représentent-ils, ces jeunes Savonarole, pour le destin de notre pays ? En vérité, le poids minuscule d’une virgule. Alors pourquoi cet écho démultiplié pour un pitoyable fait conjugal, sans gloire ? Tiens, dans la même veine (ou déveine), examinons le cas de sa collègue des Insoumis, l’ineffable Sandrine Rousseau, vice-présidente jusqu’en 2021 de l’université de Lille. La sotte aime jouer les Fouquet-Tinville, toujours prompte également à nous pondre une grosse bêtise par jour. Ce dont la presse se fait un devoir d’en faire 13 à la douzaine tant c’est « tendance » dans le poulailler politico-féministe médiatique. Mais qui s’est interrogé sur la capacité qu’elle a déployée, des années durant, à abîmer les consciences des étudiants sous sa coupe ? N’y-a-t-il pas des affaires plus urgentes et plus graves à traiter que la « déconstruction » d’un mâle, présenté par la dame comme le despote virile du barbecue et de la merguez ? Que dire de l’ostracisme orchestré par la « gauche de la gauche » à un Fabien Roussel, patron du PC, pour avoir osé dire que le travail est une valeur de gauche ? Allez-allez, pour aborder l’Eternel - qu’il soit Dieu ou Satan ou encore l’ iconoclaste nommé Aléatoire, vous reprendrez bien un cornet de frites emballé dans un bulletin d’adhésion chez les Verts ou les Insoumis … Plus que jamais, « Le Roi se meurt » de Ionesco devrait rappeler au règne humain la nécessité absolue de se méfier de lui-même !

Marie-France Poirier