Doit-on accepter qu’on ait la peau de l’école ?

« En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées ». Le slogan, né dans les années 1970 marquées - déjà - par les crises pétrolières, avait eu pour chantre le Président Valéry Giscard d’Estaing. Hélas ! Fini ce temps d’une France des idées tournant à plein régime ! Au regard des Etats-Unis, de la Chine, ou de bon nombre de nations de l’UE, nous donnons l’impression d’être une clique de ronchons toujours sur le point de partir en vacances … Bon, vous me suivez ? Cette réputation fait mal à un Emmanuel Macron, soucieux de se camper en va-t-en-guerre de l’Europe, quitte à n’être qu’un inoffensif général Dourakine face à Vladimir Poutine. Il n’empêche qu’en ce mois de rentrée des classes, le voilà notre Président, une nouvelle fois en Père Fouettard – secondé en cela par sa fidèle Jeanne d’Arc de 1ère Ministre. Quelles remontrances le couple exécutif adresse-t-il aux citoyens français ? Etre tombés dans l’opulence (sic), se complaire dans une insouciante gabegie du kWatt/heure d'électricité et gaz , ne pas tirer une leçon de tempérance des différentes vagues du Covid, du conflit ukrainien, du réchauffement climatique, de la canicule etc. Bref, les gamins immatures que nous sommes vont se faire taper sur les mains s’ils ne mettent pas du leur!

Afin de montrer qui est le patron, l’Elysée vient de propulser un nouveau char d’assaut avec un Conseil de Défense sur l’énergie pour nous « protéger »… L’instauration depuis 2 ans d’un tel climat de guerre, d’une telle dramaturgie vise à rendre sourde et aveugle l’opinion publique, tandis qu’il serait juste de demander des comptes à Emmanuel Macron à propos de sa contribution hautement condamnable au délabrement du parc nucléaire amorcé sous le mandat de François Hollande. Flanquer ainsi la trouille aux Français dès la fin août lui permet d’escamoter la charge explosive d’un autre lourd et difficile dossier qui obère l’avenir de la nation au moins autant que le Covid, l’Ukraine ou des cuves de fuel à sec en hiver. Il s’agit de l’inexorable déclin de l’Education nationale et le recours scandaleux à la formation express en quatre jours de milliers d’enseignants contractuels… L’école brûle. Les savoirs fondamentaux sont étouffés sous la cendre ; le feu couve dans les cerveaux en braise d’une partie de la jeunesse. Nous sommes plongés jusqu’au cou dans l’incandescence de « Fahrenheit 451 », le roman d'anticipation dystopique de Ray Bradbury publié en 1953.

Doit-on accepter qu’on fasse ainsi la peau à l’école ? Qui aura le courage de siffler la fin d’une grande récrée datant de 40 ans ? Dans ce contexte, la langue de bois, la mollesse de l’Elysée comme de Matignon ou la banalité des interventions de l’actuel ministre Pap N’Diaye relèvent d’un grave manquement à leurs devoirs d’Etat. Qui, au sein de l’Exécutif, aura la hardiesse de flanquer un zéro pointé à un bac ainsi qu’à des diplômes dévalorisés ? Il est vrai qu’il faudrait bien du courage politique pour développer des stratégies, des programmes susceptibles de réinstaurer le principe de méritocratie en milieu scolaire, ou encore pour extraire l’enseignement général dispensé en France d’une léthargie faussement arrangeante.

Marie-France Poirier