La grosse fatigue de la démocratie

La démocratie s’est-elle usée à force de s’en servir ? C’est à Athènes que revient le mérite d’avoir progressivement mis en place, vers 600/500 ans avant JC, le prototype des démocraties modernes. Dès l’origine, le mot fleurait l’imposture : la réalité du pouvoir était l’apanage des oligarques, soit une dizaine de grandes familles. 10% environ de la population avaient le droit de vote. Quant aux femmes, considérées comme non-citoyennes à l’instar des esclaves, elles étaient interdites d’accéder à la vox populi. La belle idée des Grecs souffrait donc d’une malformation congénitale ! Pourtant, cahin-caha elle a fini de tracer la route depuis l’Europe jusqu’aux Amériques. Doit-on s’étonner, qu’au lendemain de nos législatives et d’une abstention à quasi 54 %, la démocratie à « la mode de chez nous » affiche une grosse fatigue ?

Sondeurs et instituts de sondage ont vainement alerté depuis des lustres l’Elysée et la classe politique du manque de crédibilité dont souffrait le régime parlementaire - alias la démocratie représentative : moins de 25% des jeunes ne votent pas ou ne votent plus. Pourtant, il serait erroné de penser que ces générations-là soient indifférentes à la chose politique et n’aient pas des envies d’échapper à une Ve République qu’elles jugent « inadaptée à l’époque ». Déplorant le recours « tentaculaire » et dispendieux de l’Etat Macron aux cabinets de conseils, dénonçant la vacuité des programmes des partis traditionnels, s’estimant bernés par l’ex-chambre des députés béni-oui-oui, ces jeunes gens ainsi que les couches populaires rejettent une démocratie représentative, lui préférant des actions politiques alternatives, soit dans la rue, soit sur les ronds-points ou au sein de mouvements border line. Quand ce n’est pas dans des associations, des cercles de pensées ou des chapelles qui exercent un lobbying dictatorial au détriment de la cohésion de la nation et de ce qui subsiste d’un fonctionnement démocratique mis à mal par le Président lui-même !

L’Elysée, en effet – pour avoir court-circuité trop souvent l’exercice parlementaire - a emprunté des chemins de traverse, qui le conduisent aujourd’hui à un cul-de-sac. Il suffit d’observer la désinvolture du Président vis-à-vis des assemblées, de réfléchir aux jeux en coulisses des ex-barons en Macronie renvoyés enfin dans leur 22 , de tirer un enseignement du peu d’implication du staff présidentiel lors des deux récentes campagnes, ou encore de regretter l’absence d’une véritable feuille de route pour les 5 ans à venir ainsi que de la persistance des tactiques politiques de l’exécutif actuel au détriment d’une véritable stratégie de gouvernance.

Bref, l’Elysée ainsi que Matignon mettent la France au pied du mur d’une démocratie fainéante… Le Président - pris en étau dans une sociologie post électorale RN/Nupes - pense pouvoir tirer les marrons du feu en ayant reçu les représentants des partis politiques et des syndicats. Help ! Ca sent dangereusement le gaz avec un Mélenchon prêt à craquer l’allumette et une 1ère Ministre technocrate sans relief...

Marie-France Poirier