Les Troènes : La fin d’une (belle) époque

Le quartier de la Maladière vient de perdre un peu de son âme. Le bar des Troènes, installé au 18 avenue Aristide Briand, à Dijon, à portée de vue de l'église du Sacré Coeur et du Centre universitaire catholique de Bourgogne, a fermé ses portes. Facétieux comme toujours, Jérôme Jureviez, son propriétaire, a profité du Jeudi de l'Ascension pour baisser le rideau.

C'était vrai bistrot de quartier. Un bistrot comme la France en compte de moins en moins. Le temps qui passe avec ses années de plus en plus numérisées, connectées et pressées, fait disparaître ces établissements où l'on tisse au fil de la journée les petits événements qui écrivent la vie.

C'est en juillet 2002, le 4 précisément, le jour où les Américains fêtaient leur indépendance que Jérôme Jureviez reprenait l'établissement. Sans complexe, car le garçon avait déjà travaillé quelques années au célèbre « Gorille » de la rue des Roses, à Dijon. En près de 20 ans, il en a fait un des lieux les plus prisés du quartier -et bien au-delà- où le snobisme n'a jamais eu son rond de serviette. C'était comme ça chez Jérôme et pas autrement.

Aller aux Troènes, c'était comme ouvrir une parenthèse dans la journée, s'offrir une escale confortable. On s'y retrouvait pour boire son café, siroter une bière, un jaune, voire plusieurs, papoter, bavarder interminablement autour des événements de la veille, faire une partie de fléchettes... Les clients venaient élaborer un monde à eux, fait de rêves et de mots. Et puis le le ton était aussi celui du temps de vivre et l'accueil de Jérôme n'a jamais subi les affres des gens d'affaires pressés. Dans cette ruche, où la vie de tous les jours se débattait pour mieux se faire entendre, on parlait de tout. Sans pudeur. Ne manquait plus finalement que l'oeuf dur sur le zinc qu'on épluchait jadis du bout des doigts avant de croquer le sommet à pleines dents.

Les Troënes étaient aussi un endroit convivial où l'on pouvait déjeuner du lundi au vendredi une cuisine fraîche, aussi simple qu'un vin de soif – mais jamais un vin de messe... Une cuisine familiale, sans chichis, qui réservait parfois de très bonnes surprises. De temps à autres, en effet, Jérôme Jureviez, le patron, proposait un plat qu'on ne trouve plus à Dijon : l'andouille aux haricots. Un plat très généreux, riche et terriblement gourmand. Comme quoi on peut encore se faire plaisir grâce à des gens amoureux des choses simples. Aux Troènes, pas de mode, pas de saute d'humeur mais une vie douce et gentiment bruyante qui semblait jaillir des tréfonds de l'humanité.

Le café des Troènes est donc vendu. Les nouveaux propriétaires envisagent au moins deux mois de travaux. Comment les clients retrouveront-ils leur bistrot ? Une chose est sûre : ne vous attendez pas à voir Jérôme, charentaises au pied et viandox tiède à portée de main... On attend avec impatience de découvrir ses nouveaux projets.

J-L. P