François Sauvadet : « Investir en temps de crise est essentiel »

610 millions d'euros... C'est le montant du budget du Conseil départemental de la Côte-d'Or pour cette année 2022. François Sauvadet, son président, en explique les grandes lignes.

Dijon l'Hebdo : Quelles sont les spécificités du budget 2022 du Conseil départemental ?

François Sauvadet : « Le budget 2022 est de 610 M€, avec surtout un investissement pour la deuxième année consécutive de 110 M€, ce qui fait du Conseil départemental le premier investisseur de Côte-d’Or et le premier partenaire des collectivités locales. Vous savez mon attachement à chaque commune et à chaque habitant ! Et je continuerai à tout faire pour que chaque Côte-d’Orien puisse se voir un avenir là où il a décidé de vivre. Et comme nous sommes toujours dans un contexte très impacté par la crise sanitaire, nous allons poursuivre le plan de solidarité massif en direction des plus pauvres, le Département étant garant des solidarités humaines ».

DLH : Et c'est pour cela que vous avez qualifié ce budget de solidaire et offensif ?

F. S : « Oui ! C’est un budget solidaire pour faire face aux conséquences de la crise induite par la pandémie et aux coûts de la vie : le carburant, l’énergie d’une manière générale, l’alimentation ont beaucoup augmenté et de plus en plus de familles notamment monoparentales ont du mal à faire face. Pour la première fois de notre histoire, l’accompagnement social dépassera les 310 M€.

Mais aussi un budget offensif pour soutenir l’activité par l’investissement. Car continuer à investir en temps de crise est essentiel pour soutenir l’activité, l’emploi et renforcer l’attractivité de notre département sur 100 % du territoire ».

DLH : En termes d'investissement, la collectivité départementale va-t-elle faire mieux qu'en 2021 avec un niveau qui n'avait jusqu'alors jamais été atteint ?

F. S : « Nous maintenons le même effort qu’en 2021, avec 110 M€ fléchés exclusivement en investissement cette année encore. Nous nous sommes désendettés massivement, nous avons maîtrisé nos dépenses de fonctionnement. Cette gestion a d’ailleurs été saluée par la Chambre régionale des Comptes dans son dernier rapport.

Pour ce qui est de l’investissement, j’ai fixé 4 priorités de ce qui s’apparente à un véritable Plan Marshall en faveur du développement local en 2022. La première priorité, c’est l’achèvement des travaux de déploiement de la fibre Très haut débit partout en Côte-d’Or. Nous y consacrerons 36 M€ en 2022. Seconde priorité : la sécurité sur les routes départementales et leur entretien (32,7 M€ en 2022), mais également la sécurité des personnes et des biens avec le soutien au Service départemental d’incendie et de secours (19 M€ en 2022). Vient ensuite l’aide aux communes et aux intercommunalités pour soutenir les projets de territoire (20 M€ en 2022). Et la jeunesse, pour lui donner les toutes clés de la réussite éducative et de son épanouissement au sein de la société (33 M€ en 2022), pour les collèges, la culture et le sport ».

DLH : Où en êtes-vous dans le déploiement de la fibre Très haut débit ?

F. S : « Nous sommes entrés dans une phase de déploiement que l’on peut qualifier d’industrielle. Cela signifie que nous avançons à un rythme très soutenu, et ce malgré les aléas liés à la crise sanitaire, notamment avec l’allongement des délais d’approvisionnement des matériaux voire de pénurie pour certains. Malgré cela, nous sommes en avance de trois ans par rapport à notre calendrier initial et par rapport aux objectifs fixés par l’Etat. Sachant que la Côte-d’Or est le 4e département de France en termes de superficie, nous sommes très fiers du chemin déjà accompli !

Alors, oui, j’entends l’impatience de certains, qui souhaiteraient pouvoir bénéficier du Très haut débit plus rapidement. Mais il faut mesurer l’ampleur du chantier qui nous incombe : c’est celui de la décennie, car construire un tel réseau en moins de 7 ans n’était pas chose aisée, surtout qu’il s’agit d’un défi nouveau pour les départements. Je veux rappeler que nous avons mené au préalable une opération de montée en débit afin d’assurer un haut débit dans l’attente du raccordement à la fibre chez les particuliers. Et que sans l’intervention du Département, qui investit 136 M€ dans ce projet, seules les agglomérations de Dijon et Beaune auraient été équipées en fibre optique par les opérateurs privés ».

DLH : Comment un département comme la Côte-d'Or entend-il faire face aux défis du futur ?

F. S : « D’abord faire face à l’illectronisme. 50 % de la population déclare être peu à l’aise avec le numérique. C’est un enjeu primordial pour permettre l’accès à l’information, aux services publics. Je souhaite un espace numérique dans tous les chefs lieux de canton, y compris les anciens chefs lieux. Et bien évidemment, nous portons une attention particulière à tous les sujets liés au changement climatique. La souveraineté alimentaire, la protection de la ressource en eau, la protection de l’environnement, l’accompagnement du monde agricole et viticole vers des pratiques encore plus vertueuses. Nous expérimentons des dispositifs, en lien avec les acteurs concernés. Nous n’avons pas la prétention de répondre à tous ces défis seuls car ce sont justement des problématiques qui nécessitent des actions collectives.

Je prends l’exemple du Projet alimentaire départemental AlimenTerr’21 que nous avons lancé l’an dernier et qui a été labellisé par l’Etat. C’est un outil au service de tous les territoires de la Côte-d’Or, qui réunit tous les acteurs - producteurs, consommateurs, élus, partenaires, chambres consulaires… Il permet de coordonner toutes les actions et initiatives prises localement, accompagner les porteurs de projets, les aider à desserrer les freins rencontrés, en particulier en matière de logistique et de transport, identifier les besoins pour apporter des réponses adaptées aux réalités des territoires. La marque Savoir-Faire 100% Côte-d’Or participe à cette démarche.

Nous avions travaillé dans cette même logique dans le domaine de la restauration collective, puisque le Département gère les restaurants dans les collèges. Et les résultats parlent d’eux-mêmes : à ce jour, près de 50 % des produits utilisés dans l’élaboration des menus des collèges sont issus de notre département. Notre ambition est de porter cette part à 80 % d’ici 2027. Et de transposer ce modèle dans les autres établissements qui assurent une restauration collective (écoles maternelles et primaires, EHPAD…) ».

DLH : Vous avez déclaré « ne pas vouloir accepter un modèle où le prix de l’eau baisserait en ville pour augmenter à la campagne »... Quel serait donc le meilleur modèle économique ?

F. S : « Il y a une urgence climatique et un constat : on manque d’eau et nous allons manquer d’eau dans certains secteurs du département. C’est déjà le cas dans certaines communes, avec des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents et sérieux.

Mon combat, notre combat est clair : l’accès à l’eau, pour tous, partout, pour tous les usages, et à un tarif abordable. L’eau est un bien commun et je refuse que l’accès à la ressource soit source d’inégalités, que ce soit en termes de qualité, de quantité et de prix.

C’est pourquoi le Département assumera pleinement ses responsabilités, en lien avec les services de l’Etat, car sans eau, pas d’habitant nouveau, pas de construction et donc tout simplement, pas de développement ! C’est bel et bien un enjeu vital pour le développement territorial. Et l’une des clés de l’équilibre ville - campagne qui constitue l’ADN de notre engagement politique. Nous continuerons à financer les projets des communes et des syndicats dès lors que nos objectifs seront partagés ».

DLH : Le Département souhaite se porter acquéreur des routes nationales. Quel intérêt ?

F. S : « L’Etat a acté le transfert des routes nationales en priorité aux Départements. C’est un combat que j’ai mené en tant que Président de l’Assemblée des Départements de France. Initialement, le projet de loi prévoyait le transfert de ces routes aux Régions, qui n’ont pas d’expertise dans ce domaine alors que les Départements gèrent déjà 375 000 km de routes départementales. Il est donc parfaitement cohérent que les Départements reprennent la gestion des routes nationales. Ce fut déjà le cas il y a plusieurs années quand l’Etat a déclassé des routes nationales en routes départementales.

En Côte-d’Or, plus de 60 km de routes sont concernés : l’A 38, la LiNo et la rocade. Je me suis porté candidat à la reprise de l’ensemble de ces routes auprès du Premier Ministre. Gestionnaire d’un réseau routier départemental de plus de 5 600 km, le Département de la Côte-d’Or a déjà fait la preuve de sa connaissance fine des problématiques afférentes et dispose des moyens et des compétences pour assumer cette nouvelle charge ».

DLH : Où en est la marque Savoir-Faire 100 % Côte-d'Or deux ans après son lancement officiel ?

F. S : « La marque est sur de bons rails et suscite beaucoup d’envie et d’intérêt, côté consommateurs comme côté producteurs, restaurateurs, artisans… C’est bien la preuve qu’elle répond aux attentes du plus grand nombre. Nous comptons près de 200 détenteurs de la marque et nous allons renforcer nos actions pour aller encore plus loin. C’est un travail au long cours que nous menons avec nos partenaires et plus largement avec les Côte-d’Oriens. Car nous devons tous être ambassadeurs de notre Côte-d’Or ! Au Salon International de l’Agriculture à Paris, c’est sous la bannière « Savoir-Faire 100 % Côte-d’Or » que nous valorisons toutes les richesses de notre département ».

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre

Crédit Photo : Philippe Bruchot