Décidément ces présidentielles hésitent entre mauvais western et polars série B. Citons le célèbre « c’est la chienlit » de De Gaulle.
Il est vrai que la plupart des acteurs sont affligeants de médiocrité, et que les synopsis ne valent pas un seul gobelet de pop-corn ! C’est la démocratie qui est reléguée en bas de l’affiche. Mais pas que… Les partis politiques classiques tels le PS ou LR, les grandes centrales syndicales CGT, CFDT ou FO battent de l’aile. Par ailleurs, les corps constitués, tels le Conseil constitutionnel voire le Conseil d’Etat répondent de moins en moins à leur finalité républicaine : ils sont devenus fiefs macroniens – de récentes nominations le prouvent. On chercherait en vain un contrepoids à l’Exécutif. A moins de deux mois de la Présidentielle, l’acharnement de certains caciques à perdurer – Balladur, Raffarin, Baylet, Bayrou and co – enlève de la crédibilité à leurs familles politiques. L’Histoire a beau leur avoir claqué la porte au nez, ils tentent de s’interposer, mus qu’ils sont par un individualisme ainsi qu’un carriérisme indécrottables. L’Homo Novus au service de l’Etat (tel que le définissait Cicéron) est loin d’être le picotin des poulains, pouliches, des étalons des haras de droite comme de gauche. Le mal de l’époque est galopant.
Voir tous ces transfuges courir chez les mieux-disant du moment – Zemmour / Macron – met l’accent sur l’opportunisme éhonté d’élus aussi bien jeunes que plus âgés. Que peut-on encore espérer de l’actuel système des partis ? Se mettre sincèrement au service de la nation pour le bien du pays n’est plus monnaie courante.
Qu’en penserait Tocqueville ? La démocratie affiche moins de deux siècles pleins au compteur : par son comportement hautement condamnable, la classe politique la met en faillite. Comment la réinviter ? Comment la réadapter à une économie néo-libérale, aux lois du marché ? Comment la faire revivre dans ce nouveau monde du numérique, où tweets et selfies jettent la confusion mentale, étouffant l’esprit critique tout comme le libre-arbitre de l’électeur de base ? Peut-on encore parler d’un véritable fonctionnement décentralisé de la France, quand une dictature bureaucratique en casse les rouages depuis l’Elysée ou Bruxelles ?
On a beau être en 2022, on n’échappe pas au réflexe archaïque de faire sienne l’idée d’un « Christ sauveur laïque et républicain ». Or, rien n’est plus inconciliable avec l’idéal de démocratie et de république, d’autant que, au cours de ces derniers 5 ans, les parlementaires sont loin d’avoir constitué une force de proposition de textes de lois, de faire un contrepoids à l’Elysée et à Matignon…
Lors de son second mandat, François Mitterrand avait mis en coupe réglée le militantisme de base, jadis nourricier des grands partis traditionnels. S’en est suivi un vaste chantier de démolition à droite comme à gauche (PC notamment), débouchant sur une pratique abusive de l’E-merchandising dans la gouvernance en politique : les petites phrases péremptoires des staffs ministériels sonnent comme des pubs !
Le phénomène des récents « Convois de la liberté » – aujourd’hui sortis de route ? – sont d’excellents révélateurs de sociétés sans boussole. Hélas ! Rien de plus fallacieux que de croire que l’individualisme, les revendications du citoyen exprimées dans la rue et non par un bulletin de vote pourraient élargir le champ démocratique…
Que ce soit dans nos villes ou dans la France rurale, les hommes politiques de la gauche ne sentent plus la rose. Pas plus que ceux de droite ne fleurent bon la campagne. La démocratie semble avoir pris la clef des champs. On a cru bon tabler sur un renouveau grâce aux femmes candidates aux Présidentielles. Que nenni ! Force est de constater qu’elles ne font pas le poids, même si Hidalgo, Pécresse, Taubira affichent parfois un autoritarisme illusoire. Le machisme a bon dos ! Elles manquent tout bonnement de punch, de conviction, de vue de l’esprit. Elles ont peu de chance de figurer dans les futurs manuels scolaires …
Marie-France Poirier





