La fabrique à mouliner les idéaux politiques sonne le creux. Est-ce à dire qu’elle sonne le glas ? Posons-nous la question, les candidats déclarés ou non ne sont pas fichus d’esquisser la moindre perspective à terme pour la France. En revanche, les voilà plongés, tête baissée, dans les difficultés d’un quotidien dénoncées dans des enquêtes reprises par la presse. Du coup, pendant 48 heures tout au plus, nos postulants à l’Elysée font semblant de s’horrifier des conditions de vie du Français « moyen-moyen », ou « moyen + » ou encore « moyen – » : le scandale des Ehpads, le coût prohibitif du carburant, le poireau en proie à l’inflation galopante, l’escalade des tarifs électricité ou gaz, voire ceux des assurances ou du secteur des services. Le vivier électoraliste des candidats se borne à puiser inspiration dans le caddie de la ménagère. La teneur des programmes se trouve la plupart du temps réduite à la minceur des peaux de chagrin du saucisson Justin Bridou … Triste France !
Depuis que Zemmour (accordons-lui malgré tout ce mérite) a mis les réalités qui fâchent sur le devant de la scène et les a rendues « payantes » au plan électoral, les postulants au Trône Elyséen lui empruntent le pas pour s’inquiéter enfin ( !) de l’insécurité, de l’islamisme radical infiltrés dans les profondeurs des tissus sociaux des villes, des banlieues, quand ce n’est pas dans les cours de récré des établissements scolaires. La violence verbale et physique s’est emparée des colleurs d’affiches, des pourvoyeurs de fake news, des porte-micros et ponctue les harangues des futurs candidats. Faut-il, dès lors, s’étonner qu’un grand nombre d’électeurs manifestent défaitisme et désarroi à l’orée d’une campagne qui s’apparente à un Trafalgar de la pensée ? Une récente enquête révèle que 68% des jeunes gens pensent que la corruption ainsi que le seul souci de faire carrière animent le moteur de l’appareil politique : les moins de 30 ans proclament leurs opinions, tout comme leur ras-le-bol sur Internet dans la rue, et non par un vote. A méditer ! Qui aborde sérieusement les grandes questions annonçant l’arrivée d’une ère du tout-technologique, la rupture définitive d’avec les économiques ou les industries traditionnelles, et derechef l’émergence d’une nouvelle race de cadres, de travailleurs – ô pardon- « actifs » fait plus chic ? Quel candidat aborde sérieusement la place de la France dans l’Europe et le peu de poids de celle-ci face à Poutine, Joe Biden, Xi Jinping ?
Devant la volonté de tous les leaders – déclarés ou non – de se montrer copains-copains avec la plèbe pour avoir des chances au concours des Présidentielles, osons pointer du doigt l’ attitude de ces flagorneurs : Fabien Roussel confesse aimer le camembert avec un petit coup de rouge. Yannick Jadot a senti que les maires de Lyon ou de Grenoble ont défraîchi la salade écolo : dès lors, il ose avouer ne pas dédaigner le foie gras. Christine Taubira adore se déplacer à bicyclette et joue du guidon, tandis que sa rivale Anne Hidalgo slalome avec maladresse sur sa trottinette rose-socialiste. Macron se dit friand d’un « quoi qu’il en coûte » sans modération et de l’omelette aux lardons concoctée certains soirs par Brigitte, ut dixit Gala. Mignon, non ?
Zemmour – qui s’en étonnera ? – aime aiguiser ses dents sur l’écorce du citron de Menton. Mélenchon, lui, préfère alimenter ses coups de sang grâce au steak house à la Française de chez Hippopotamus. Valérie Pécresse s’affirme, elle, dans Paris Match « proche du terroir » en jetant son dévolu sur la flognarde – un clafoutis corrézien aux poires. La cuisine électorale, c’est un jeu de société, sauf qu’en fin de partie nos leaders gaveront les manants à coups de programmes indigestes ! Urne ou gamelle ? Allez-savoir…
Marie-France Poirier





