L’Opéra

Série en huit épisodes, créée par Cécile Ducrocq et Benjamin Adam, réalisée notamment par Stéphane Demoustier, avec Ariane Labed, Raphaël Personnaz, Suzy Bemba et Damien Chapelle. Disponible sur la plateforme OCS.

A l’Opéra de Paris, Zoé (Ariane Labed), danseuse étoile de 35 ans à la carrière fulgurante, vit aujourd’hui dans l’excès : trop de fêtes, d’amants, d’angoisses… Parce qu’elle n’a plus le niveau, on veut la renvoyer, mais Zoé va se battre contre l’institution, ses pairs et surtout contre elle-même pour décrocher une seconde chance. A ses côtés, Flora (Suzy Bemba), 19 ans, une jeune danseuse noire, vient de rejoindre le corps de ballet et n’a que quelques mois pour s’intégrer et faire ses preuves. Flora n’a pas la même couleur de peau que les autres danseurs, et la danse classique a toujours montré des corps blancs, beaux, minces. Il est temps que cela change. Sébastien (Raphaël Personnaz dans un rôle inspiré de Benjamin Millepied), 38 ans, le tout nouveau Directeur de la Danse, flamboyant et ambitieux, qui veut faire briller l’Opéra au firmament de la danse mondiale, sera-t-il l’homme de la situation ?

Ariane Labed la téméraire

Voilà maintenant dix ans que la talentueuse Ariane Labed aime prendre des risques devant la caméra. Depuis Attenberg, d’Athina Rachel Tsangari, qui lui vaudra le Prix d’interprétation féminine à la Mostra de Venise, jusqu’à cette première saison de l’Opéra, créée par Cécile Ducrocq, co-scénariste du Bureau des légendes et de Dix pour cent. Pour cette fiction L’opéra, disponible sur la plateforme OCS, Ariane Labed a reçu le prix de la meilleure actrice au Festival Séries Mania à Lille. Autant dire que cette récompense est amplement méritée.

Pendant cette décennie, Ariane Labed s’est dévoilée dans Fidelio, l’odyssée d’Alice, de Lucie Borleteau, une histoire de femme marin aux multiples amants, pour lequel elle a reçu le César du meilleur espoir féminin en 2015. Puis Lobster (Prix du jury la même année à Cannes), de son mari Yorgos Lanthimos, où elle incarne une femme de chambre étrange satisfaisant les désirs sexuels des hôtes. Ou bien encore Malgré la nuit, de Philippe Grandrieux : « Eprouvant. Un rôle dur. Celui-là me faisait vraiment peur, même si je n’ai pas hésité un instant… Je sais ce que je ne veux pas : le confort. J’ai envie que tout reste en vie, que tout reste dangereux. » Elle fut également à l’affiche de l’adaptation du jeu vidéo Assassin’s Creed et dela série d’anticipation Ad Vitam de Thomas Cailley (à regarder sur Netflix).

Une plongée vertigineuse et passionnante

La série L’opéra, dans laquelle cette grande actrice excelle, comme également le reste de la distribution, propose une plongée dans l'une des institutions artistiques les plus prestigieuses au monde, évoquant le quotidien et les aventures humaines, professionnelles et sentimentales de la compagnie de ballet de l'Opéra de Paris. Florence Levard, la productrice, a eu l’intuition « qu’on tenait avec l’Opéra une arène particulièrement payante visuellement, extrêmement forte. Il n’y a rien de plus impressionnant que le mélange entre les dorures de Garnier, la beauté, la puissance des corps des danseurs, le faste de ce milieu de la danse que finalement on ne connait pas si bien. En même temps, on avait la possibilité, c’est essentiel pour faire une bonne série, de traiter des sujets de fond. Faire de l’Opéra une mini société française, se servir de cette arène spectaculaire pour traiter de sujets qui nous touchent tous. »

Sur scène, les comédiennes sont doublées, pour être au plus près de la vérité et de l’exigence de l’institution. Astrid Boitel, la directrice artistique précise : « Les deux comédiennes, Suzy Bemba et Ariane Labed, avaient une doublure chacune. Ariane pour les grosses parties techniques, sur pointes. Notre but est de raconter l’Opéra de Paris, le niveau des danseurs est incroyable. Pour la crédibilité, nous étions obligés de doubler les grosses parties techniques ». L’exigence artistique est bien là. Pour Ariane Labed, le plus grand défi a été d'interpréter Odette dans Le Lac des Cygnes : « Je n’en danse que quelques petites minutes mais c’est un ballet très difficile, notamment parce qu’on est très longtemps sur la même pointe, le pied gauche. Les gestes se répètent énormément, les façons de se mouvoir sont assez spécifiques, le mouvement des ailes notamment est très dur à attraper. Prendre cette place de reine des cygnes, j’étais presque gênée de faire ça face à des danseuses professionnelles. Il faut l’assumer. »

Ariane Labed assume son rôle parfaitement, rendant la série palpitante et émouvante, nous plongeant dans les dérives d’un monde éprouvant et beau à la fois, en prise avec les changements sociétaux de notre époque. La musique est signée du leader musical du groupe FFF, Marco Prince, ce qui est plutôt inattendu. Cet opéra se révèle être une excellente surprise, pour un résultat fascinant et passionnant de bout en bout. Standing ovation ! Et nous attendons avec impatience la saison 2 !

Raphaël Moretto