La lettre ouverte d’un ancien élève

Chère Duchesse d’Île de France

Ma pauvre Valérie, je suis heureux de voir que tu te prends pour Christophe Colomb et que tu découvres enfin l’Amérique ! Tu viens en effet de t’apercevoir qu’il faut renforcer les horaires de français et de mathématiques à l’école ; sur ce point, on ne peut que t’approuver quand on sait par exemple qu’au total, si on additionne primaire et collège, en 40 ans un élève a perdu au minimum 522 heures de cours de français sur l’ensemble de sa scolarité. Notre bien-aimé Jean-Mimi, le Jamy de la recherche pédagogique, le Géo Trouvetou des économies budgétaires, semble d’accord avec ce constat, mais il justifie l’érosion de l’enseignement de notre langue par le fait qu’on a inculqué bien d’autres choses aux élèves : il veut sans doute parler des sections bordel-ballon, du bon usage des réseaux sociaux, des sections lave-linge en anglais, des classes oranges vertes et roses, des concours Kangourou, Marsupilami et autres bestioles pour collégiens démotivés, de l’éducation à Bison futé, des parcours diversifiés, des projets d’établissement jamais lus et jamais appliqués, des journées du droit, de l’innovation, de la trompette sans tabac, du développement durable… j’en passe et des meilleures ! On peut légitimement se demander, ma pauvre Valérie, ce que toi et les tiens avez fait à ce sujet, quand vous étiez au gouvernement : je sais, ce n’était pas toi, c’était donc ton frère, car tu t’occupais des trucs de l’enseignement supérieur pendant que nos petits mômes de sixième avaient bien du mal avec la lecture et les tables de multiplication. Dans l’évaluation PISA de 2021, la France se situait entre le 15e et le 20e rang (sur 79 pays de l’OCDE hors Talibans) en compréhension de l’écrit : va-t-on nommer Didier Deschamps à l’Éducation Nationale pour 2022 ? Et « en même temps », on continue à donner des primes de rentrée et des allocations familiales à des « parents » qui n’envoient leurs enfants que sporadiquement à l’école, à des « parents » dont la progéniture agresse régulièrement maîtres et professeurs, à des « parents » qui sapent minutieusement l’autorité de l’enseignant entre la poire et le fromage : donner sans rien exiger en retour, voilà bien le triste abîme de la démagogie pédagogique ! Mais pour le coup, ma pauvre Valérie, je soutiens tes propositions qui en resteront là, même si, après les écoles ou les élections primaires, tu devenais Présidente. Et puis, comme disait notre vedette, la Mère Denis, ça c’est ben vrai ça : il faut défendre la langue française, sinon elle mourira !

Alceste