La Croisière s’amuse

Partout ça craque et ça gronde. Aujourd’hui, la démocratie traverse la crise la plus profonde depuis les années 30/45. Sur le front extérieur, la France se trouve sur la défensive face aux minorités agissantes, au terrorisme, aux théocraties. Bien entendu, les réseaux sociaux constituent un terreau pour ces flux de pensées vénéneuses. La désoccidentalisation progresse. Nos « repentances nationales », notre auto-flagellation ne font d’ailleurs que creuser davantage le fossé entre les différentes composantes de la société. Les récentes célébrations de l’Histoire contemporaine ont enfermé Macron dans un piège : les uns estimant qu’il en a fait trop, les autres pas assez ! L’ancien ministre de l’Intérieur, fort moqué en son temps, que fut Gérard Collomb, avait eu une phrase prémonitoire : ««Aujourd’hui, on vit côte à côte, je crains que demain, on doive vivre face-à-face.» 

C’est dire la gravité de la situation. Mais peu en chaut aux 40 candidats à la Présidentielle : leur nombre dit tout d’une désinvolture qui décrédibilise les sphères politiques tout bord confondu. On croirait assister à un remake de la série télévisée « La Croisière s’amuse ». Une grande partie de cette « quarantaine » se montre soucieuse de fonder de nouveaux partis : chacun (chacune) s’appuie sur un ego XXL, sans jusqu’ici élaborer un véritable programme ou une stratégie prospective. Et en se gardant bien -Mélenchon compris- la moindre allusion à une formation politique d’origine. Quitte à dégotter des appellations dignes du catalogue des vacances – croisières Costa, tels que « Horizons » pour Edouard Philippe, « Tous sur le pont » pour Hidalgo ! La palme de cette insupportable et coupable légèreté revient à Arnaud Montebourg avec son néo-parti « La Remontada ». Il semble ignorer que le terme – en espagnol – désigne la « défaite » de la France napoléonienne.

Hélas ! Ces AOC de pacotille du business politique nous condamnent aux breuvages insipides. Macron avait donné le ton dès 2017 avec un « En Marche », dont –aujourd’hui- nombre d’élus boitent des deux pieds. Il est révolu le temps où un militantisme de base constituait le vivier d’un parti : les cabinets conseil, les coachs des écuries présidentielles sont passés par là. Symbole de la sclérose ambiante, à six mois des élections d’avril, personne ne paraît choqué de voir Cyril Hanouna – c’est à cauchemarder tant le bonhomme est d’une vulgarité poissarde ! – partir en croisade pour convaincre les abstentionnistes de voter. Quant à Emmanuel Macron, il multiplie les étapes dans des tournées des popotes quotidiennes ultra-médiatiques, toujours avec sa boîte à outils, son stock de pièces détachées, et même son maillot de foot ainsi que sa paire de Copa Mundial. On ne dirige pas le pays en marquant un but de complaisance, en collant une rustine au bras de la Justice, en brandissant un extincteur pour éteindre la grogne des pompiers, ou en posant depuis la pandémie, à de nombreuses reprises, un cautère sur la jambe de bois de la Santé publique ou encore et encore… Voire même, en filant, ici et là, des subventions, des allocations dans l’espoir de faire taire les ex-Gilets Jaunes ainsi que les cliques de factieux téléguidés par des Insoumis patentés ou des professionnels de la contestation.

Où va la gouvernance de la France – celle d’autres nations également ? Les chefs d’Etat se bornent le plus souvent à être à la remorque d’oppositions violentes numérisées et à tenter de les désamorcer à bord des plates-formes Instagram, Tik Tok, Facebook etc. L’Europe, la France ne sont pas loin d’imploser dans un système qui n’est plus « solaire ». Aux urnes, citoyens ! Avec l’espoir d’y retrouver – peut-être ou peut-être pas ? – l’étoile du Nord – alias l’étoile du Berger…

Marie France Poirier