Un écrivain injustement oublié

Né à Dijon en juillet 1820 d'un père pharmacien qui suit attentivement ses études du Collège royal à l'Ecole polytechnique dont il sortira ingénieur et officier du génie, Jean-Jacques Victor Marchand, spécialiste reconnu des fortifications (il rédigea un mémoire sur les fortifications des frontières françaises) se voit confier la mise oeuvre d'une ceinture de forts autour de Dijon. Dès lors, il devient conseiller général en 1884 puis deux ans plus tard , maire de Dijon à la tête d’une municipalité républicaine radicale qui décide la création et la réalisation de nombreux équipement à vocation éducative et d'instruction publique notamment. 

Maire de Dijon, le colonel Marchand fait entreprendre la construction d’un lycée de garçons sur les terrains du boulevard Thiers pour y accueillir les élèves du lycée Condorcet devenu trop étroit. Ce bâtiment qui deviendra le lycée Carnot fut édifié avec des matériaux que Marchand fit venir de l’extérieur, mécontent qu'il était de la lenteur avec laquelle les artisans locaux approvisionnaient un chantier par ailleurs jugé trop luxueux et onéreux.

Mis en minorité, il démissionna de son fauteuil de maire en 1891 et se consacra alors à la littérature au sein de l’académie de Dijon jusqu’à sa mort survenue en 1909.

On doit à un Dijonnais, Guy Costes et à son acolyte Joseph Altairac, la parution récente aux éditions Encrage-les Belles lettres, d'un ouvrage passionnant et monumental, une « Encyclopédie de vieille SF francophone » : Rétrofictions.

Si l'on n'y trouve pas trace, faute de place, d'une notice sur l'oeuvre de Victor Marchand , on doit à Guy Costes d'avoir attiré notre attention sur les talents littéraires de cet ancien maire de Dijon qui repris une carrière littéraire abandonnée à regret . 

Dans son roman «  L'utopiste », écrit en 1871 et publié en 1882, Victor Marchand développe à travers l'existence de son héros Marcel Tellus, (largement autobiographique ), les idéaux qui avaient nourri sa propre vie d'homme et d'élu républicain, idéaux empruntés aux écrits et pensées de Jean-Jacques Rousseau, Charles Fourier, George Sand et Victor Considérant.

Dans la petit ville de Mâlain, Marcel Tellus contient une révolte ouvrière par la seule force du dialogue et d'arguments  forgés à l'aune des arguments phalanstériens chers aux utopistes bisontins  : « … Mais surtout ne comptez pas sur le gouvernement, il a bien d'autres choses à faire ; ne comptez que sur vous-mêmes. Les moyens de salut sont dans vos mains. Etudiez, examinez ce qui a déjà été fait. Cherchez et vous trouverez ! Si vous le voulez nous chercherons ensemble. Souvenez-vous que tout réside dans ces deux choses : 1) L'épargne, devenue possible par la suppression des intermédiaires et par la vie à bon marché. 2) La vie à bon marché par l'association »