C’était avant-hier – 43 rue des Godrans : En attendant Candide…

 

L’hôtel particulier du 43 rue des Godrans, quels que soient les réaménagements réalisés au cours de ces deux derniers siècles, conserve son allure aristocratique. Joseph Le Bault, procureur de son état et qui appartenait à la noblesse de robe, le fit construire : à cause de l’impôt sur les portes et fenêtres, il avait fait le choix de privilégier la construction du majestueux escalier qui orne la façade sur la cour d’honneur. Malheureusement, cette partie de l’hôtel est désormais invisible de la rue.

Ce bel ensemble échoit en héritage à Antoine Le Bault qui épousera en secondes noces Jacqueline Burteur ; Voltaire appelait celle-ci « Madame La Belle ». Les affaires de justice instruites dans le baillage de Gex (près de l’actuel Ferney-Voltaire)  - auxquelles  le philosophe étaient mêlées - venaient opportunément en appel au Parlement de Dijon. Autant de belles occasions saisies par l’auteur de Candide – de rendre visite pour avis au procureur Le Bault, et par ricochet galant à son épouse à qui il commandait du vin de son domaine, à Aloxe.

Exit ces coquins d’esprits éclairés, et retournons dans notre hôtel sis au 43 de la rue des Godrans. Au fil des héritages ainsi que des cessions, il subit un certain nombre de transformations : c’est ainsi que le porche perdit le blason de la famille Le Bault, qu’on refit le pavage de la cour d’honneur. Quant au jardin situé à l’arrière du bâtiment, il devient cour de récréation ! En effet, au début du XXe siècle, la loi concernant la séparation de l’Eglise et de l’Etat suscite un retour à la foi chrétienne : l’Hôtel abritera donc un temps une institution religieuse pour les enfants en classes primaires.

Peut-être qu’un jour, l’âme de Voltaire, qui croyait en un grand architecte de l’univers et fort peu en Dieu, l'habile défenseur de l'affaire Callas qui joua sa réputation contre le fanatisme et l'obscurantisme, reviendra batifoler dans les lieux. Qui sait ?

Il faut cultiver son jardin, énonce Candide, exprimant la liberté de penser de Voltaire... Souhaitons la tenue de réunions littéraires dans ces lieux de la rue des Godrans et peut-être pourra-t-on y rencontrer Madame la Belle...

Roger Loustaud