RR Crypto : Le traumatisme des victimes et des salariés

Le 17 juin dernier, Vincent Ropiot, le président-fondateur de l’association RR Crypto, basée à Longvic et spécialisée dans l’investissement en crytoactifs, signalait à la gendarmerie de Beaune la disparition de plusieurs dizaines de millions d’euros (la somme précise n’est toujours pas connue). Cette information tombait comme un couperet pour plus de 2 000 investisseurs mais aussi pour les salariés de l’association. L’affaire a fait grand bruit, suscitant des remous bien au-delà de la cryptosphère et de la région. Alors que l’enquête suit son cours, en cette rentrée, les avocats Jean-François Mérienne et Léa Jacquemin représentant l’un des collectifs des victimes piloté par David Cardyn ainsi que l’avocat des salariés Jean-Philippe Schmitt, ont tenu à faire le point sur ce dossier qui devrait faire couler encore beaucoup d’encre.

Jean-François Mérienne, avocat du collectif des victimes : « Nous défendons le collectif monté par M. Cardyn qui regroupe maintenant 400 victimes sur les 2 000 connues. C’est évidemment un dossier hors norme pour un cabinet d’avocats, que ce soit en terme de complication, de temps… C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité travailler avec Léa Jacquemin spécialisée dans la propriété intellectuelle et qui fait beaucoup de droit bancaire. Je veux rappeler que le Parquet de Dijon s’est immédiatement saisi du dossier. Ce fut un véritable affolement avec un nombre impressionnant de gens qui se sont sentis floués. Certains ont mis des sommes importantes, d’autres des sommes plus modestes. Mais pour les gens modestes, perdre peu c’est déjà beaucoup ! Il y a eu de l’inquiétude, de la paranoïa aussi. Le Parquet de Dijon a fait deux choses : la première, il a saisi le tribunal judiciaire d’une demande de mise en liquidation judiciaire de l’association. Parallèlement, il s’est dessaisi au profit du Parquet de Paris. Après une audience le 2 juillet, un jugement est intervenu le 9 juillet avec liquidation judiciaire et désignation de Maître Thiébaut comme liquidateur. Nous avons mis en place avec Léa Jacquemin et David Cardyn une méthodologie et nous avons organisé une réunion en visio des victimes. Tout est compliqué surtout que l’on a des victimes de toute la France et même d’ailleurs. Nous leur avons expliqué les tenants et les aboutissants, ce que l’on sait ou pas du dossier. Et, à ce jour, on ne sait toujours pas grand-chose. Nous leur avons expliqué la procédure, le temps éventuel, les déclarations de créances, savoir si un juge d’instruction sera saisi ou pas. A priori, cela sera le cas notamment du fait au nombre de victimes ».

Léa Jacquemin, avocat du collectif des victimes : « Il y a eu un tel traumatisme que les victimes ont besoin d’être rassurées au quotidien. Lorsque nous nous sommes présentés à toutes les personnes qui nous ont contactés en juillet, nous nous sommes dits que la priorité était d’abord qu’elles puissent déclarer leurs créances. Nous les avons aussi rassurées. Actuellement, nous procédons au dépôt de plainte sachant que la majorité l’a d’ores et déjà réalisé. Cela permet de rentrer dans la procédure sachant qu’aujourd’hui l’enquête est secrète. Mais, malgré tout, il semblerait que l’instruction soit ouverte rapidement. Le Parquet a clairement indiqué que c’était la priorité et qu’il fallait être rassuré sur le travail d’enquête. Nous aurons certainement bientôt des informations. Comme nous ne savons pas ce qui s’est passé, nous entendons, nous lisons beaucoup de choses, tout et son contraire. Les seuls faits dont nous sommes sûrs résident dans la disparition des fonds. Et ont-ils disparu ? Nous demandons à nos clients d’être patients, de ne pas croire tout ce qui est dit. Ils ont vraiment besoin de réponses. Les deux questions majeures étant : où sont les fonds et peut-on les récupérer ? Et qui est responsable ? Les qualifications de notre plainte juridique sont les suivantes : vol, escroquerie, abus de confiance, faux et usage de faux. Le parquet serait aussi sur la violation des données personnelles. Nous serions ainsi dans la bonne voie sur les qualifications mais cela reste aujourd’hui une plainte contre X ».

Jean-Philippe Schmitt, avocat des salariés de RR Crypto : « J’ai été saisi fin juin par les salariés qui ont été destinataires du fameux mail de M. Ropiot annonçant aux investisseurs que les fonds avaient disparu. Je représente une vingtaine des 25 salariés de l’association que j’ai rencontrés juste avant l’audience de redressement judiciaire. Le Parquet a été très efficace, très rapide. Le 18 juin, les locaux ont été fermés. Même si cela reste très accessoire par rapport aux investisseurs, les salariés n’ont même pas pu récupérer leurs effets personnels. Ils se retrouvent sans travail du jour au lendemain et vivent aussi un traumatisme. Beaucoup croyaient aussi très fort au projet. Certains avaient démissionné de leur précédent travail pour rejoindre RR Crypto. Ils sont tombés de très haut, se sentant trahis, abandonnés. Une semaine après a été prononcée la liquidation judiciaire et les licenciements économiques sont intervenus le 22 juillet. Depuis, en revanche, les salariés n’ont pas perçu grand-chose, n’ont pas de documents légaux leur permettant d’être pris en charge par Pole Emploi. J’ai aussi appris mi-juillet qu’il existait une deuxième entité, une société appelée Ropiot Holding forte de 9 salariés travaillant sur le même site. Trois avaient démissionné de RR Crypto pour être réembauchés dans cette société. Ces salariés étaient dans la même situation tragique que les autres mais la société n’était pas assignée en redressement. J’ai saisi les Prudhommes en référé afin d’obtenir un titre en condamnation pour assigner en liquidation judiciaire cette autre entité. La comparution a eu lieu le 3 septembre devant le conseil des Prudhommes. M. Ropiot était là en personne. Il a expliqué comprendre le désarroi de tout le monde, en précisant ne pas savoir quoi dire et ne pas contester les demandes faites. Je lui ai dit de déposer le bilan, il a répondu : j’ai d’autres projets et je vais y réfléchir. C’est en délibéré le 17 septembre. Les choses avancent… Nous avons tout de même 35 salariés sur le carreau dans cette affaire ! »

David Cardyn, à la tête du collectif : « Comme beaucoup d’investisseurs, j’ai rencontré Vincent Ropiot en 2019. Comme tous les entrepreneurs, j’avais entendu parler de SCPI, d’immobilier et d’assurances. Aussi ce projet avec une rentabilité atteignant 30% par mois m’a fait réfléchir. Cela me plaisait quelque part d’avoir un jeune qui crée quelque chose, étant moi même un jeune entrepreneur. Ce qui m’a plu aussi, c’était le fait que Vincent Ropiot expliquait utiliser les cryptoactifs pour lever des fonds afin de lutter contre des maladies orphelines, pour des chefs d’entreprise en difficulté durant la crise sanitaire… J’ai démarré en mettant une petite somme que je pouvais me permettre de perdre. J’ai attendu un an, un an et demi pour voir ce que cela donnait. Au terme de cette période, mes relevés d’activités étaient vraiment très très intéressants, ce qui m’a conduit à en parler autour de moi, à ma famille, à des amis, qui se sont retrouvés parmi les victimes. C’est la raison pour laquelle je l’ai mal vécu et que j’ai créé le Collectif. Notre objectif est de savoir ce qui s’est passé et que justice soit faite (…) Tout semblait bien les premiers mois, nous avions des documents bien faits, bien carrés mais peut-être que j’avais aussi envie d’y croire. Cependant j’avais remarqué tout de même des incohérences début 2021 (…) Je m’étais fixé fin juin pour retirer une grosse partie de mes fonds. Seulement nous avons appris le drame plus tôt par un mail de Vincent Ropiot adressé collectivement à tous les investisseurs. Depuis nous n’avons que nos yeux pour pleurer. Parmi les investisseurs, il y a des actifs, des jeunes mamans qui ont mis 2 000 euros dont 500 euros pour leur enfant (…) La plus importante question que je me pose aujourd’hui est de savoir si c’était réellement un piratage, une arnaque depuis le départ ou si la direction du conseil d’admission a pété les plombs à un moment. C’est l’enquête qui le dira ! »

Propos recueillis par Camille Gablo