François Patriat : « Un vrai danger pour la République ! »

Après une campagne sénatoriale où il a mouillé le maillot afin de remporter une belle victoire dans un département où les grands électeurs LREM n’étaient pas légion – sur le papier –, François Patriat s’est remis en mode « bête de campagne ». Cette fois-ci, ce n’est pas pour lui mais pour celles et ceux qui portent les couleurs de la majorité présidentielle aux élections départementales et régionales. Car l’ancien président de région l’annonce sans détour : « On parle beaucoup du Front national en PACA mais je pense que le risque est aussi grand en Bourgogne Franche-Comté. Il y a un vrai danger pour la République et la démocratie chez nous ! »

Dijon l’Hebdo : Denis Thuriot, maire et président de l’agglomération de Nevers, est l’homme qui a arraché la capitale de la Nièvre au parti socialiste. Une ville symbole du PS (détenue depuis 1971) puisqu’elle fut notamment celle de Pierre Bérégovoy. Est-ce pour, cette fois-ci, enlever la Bourgogne Franche-Comté au PS que la majorité présidentielle et vous-même l’avez choisi ?

François Patriat : « Denis Thuriot a deux qualités. La première, c’est qu’il a anticipé. Lors de la précédente Présidentielle, il a soutenu la vision qu’avait le chef de l’Etat et il l’a soutenu. Dès le mois de janvier 2017, la première réunion d’Emmanuel Macron se fait à Nevers sur le thème de la santé. Et nous sommes bien aujourd’hui dans une liste qui souhaite la réussite du gouvernement et soutient la majorité présidentielle. Ensuite, il incarne quelque peu la force tranquille de la majorité, parce qu’il connaît ses dossiers. Lorsque l’on me dit que la Nièvre représente un petit département excentré au sein de la Bourgogne Franche-Comté, je réponds souvent : souvenez-vous qu’en 1981 la Nièvre a vu l’élection de François Mitterrand… N’oublions pas non plus que Denis Thuriot a montré qu’il pouvait être réélu dès le premier tour. Il fut majoritaire aux élections municipales dans tous les bureaux de vote de Nevers, ce que personne n’avait réussi préalablement. Même Pierre Bérégovoy… Cela illustre le travail qu’il a fait à Nevers. La confiance lui a été renouvelée, ce qui prouve qu’il a réussi à relever un certain nombre de défis dans une ville de 35 000 habitants. Il a à la fois l’expérience et la représentativité d’un territoire où les petites villes comptent, et elles sont nombreuses dans la région. Il symbolise ces villes moyennes avec une forme d’intelligence et de vision que je soutiens. Tout cela lui permet d’être un candidat parfaitement très sérieux ».

DLH : Depuis 2017 et l’élection d’Emmanuel Macron à l’Elysée – suivie de celle écrasante des députés LREM –, la majorité présidentielle n’a jamais réussi à s’implanter aux élections locales, comme on a pu le voir aux municipales. Pensez-vous que la donne pourrait s’inverser lors de ces échéances départementales et régionales ?

F. P : « Ces élections vont faire progresser la majorité présidentielle dans les exécutifs locaux. Inverser la donne, je ne le pense pas, parce que l’on sait bien que les élections départementales, comme les municipales, sont des élections de la proximité et du non renouvellement général. Si un conseiller départemental a bien fait son boulot, il est difficilement battable. Il n’est pas victime des aléas politiques. Et j’en sais quelque chose : j’étais de gauche dans un canton de droite à Pouilly-en-Auxois et j’ai élu 6 fois au 1er tour ! Pour les élections régionales, qui, sont, a contrario, politiques, c’est différent ».

DLH : Vous n’êtes ainsi pas choqué par le fait que la prochaine présidentielle s’invite dans le débat des régionales ?

F. P : « Pour ma part, je ne refuse pas la nationalisation du débat parce que les grandes compétences de la région aujourd’hui dépendent du partenariat avec l’Etat. Si demain il y a de la relance industrielle, c’est l’Etat qui apportera l’argent. Si demain il y a de l’argent pour la formation, pour le tourisme, etc. c’est encore l’Etat qui en sera à l’origine. Il s’agit ainsi d’une élection dont la résonance est nationale. Qui, au demeurant, l’a nationalisée la première ? Mme Le Pen elle-même. Cela fait tout de même un mois et demi qu’il y a des affiches de Mme Le Pen depuis le Roussillon jusqu’en Artois ! »

DLH : Les observateurs s’accordent à dire que vous avez réussi des « jolis coups » pour la section côte-d’orienne de votre liste régionale. Derrière le député LREM Didier Paris, figurent, notamment, la mairesse de Semur-en-Auxois, Catherine Sadon, et le président de l’AMF 21, Ludovic Rochette – deux proches de François Sauvadet – et François Deseille (Modem), dans l’exécutif, quant à lui, de François Rebsamen…

F. P : « Plutôt que de parler de « jolis coups », je préfère deux autres mots : dépassement et rassemblement. Je sais parfois que les marcheurs ont des difficultés à l’entendre car ils sont dans un schéma d’une liste qui serait de pure ethnie marcheur. Seulement, quand l’on veut gagner une élection, il faut convaincre, il faut faire campagne. Et il faut des gens qui puissent porter la campagne pour rassembler au maximum. Je salue l’attitude de l’UDI de Côte-d’Or qui s’est désolidarisée de M. Platret et celle de Ludovic Rochette, le président de tous les maires de Côte-d’Or, qui, précédemment, était avec les Républicains, mais qui a compris que ce rassemblement a un sens à un moment où on doit affronter les difficultés que vous connaissez. Il n’y a pas d’alliance ou d’accord entre nous et l’UDI ou Les Républicains, il y a simplement des élus de poids, des gens qui comptent plébiscités par leurs électeurs aux municipales qui ont décidé de s’engager à nos côtés pour sortir du punching ball permanent et du manichéisme ambiant qui existe maintenant à la région. On va sortir de l’idée qu’il faille une alternance terrible. Il y a un schéma nouveau qui montre qu’un bon projet doit avancer, qu’il soit de droite ou de gauche, en sortant des clanismes ambiants… »

DLH : Montré comme le « vilain petit canard » au moment du dévoilement de votre liste, Ludovic Rochette est devenu un véritable « cygne blanc » depuis que François Sauvadet et l’UDI ont claqué la porte de la liste de Gilles Platret après son rapprochement avec Debout la France…

F. P : « J’ai de l’amitié pour Ludovic Rochette. Je le connais depuis longtemps. Il est passé, en effet, du statut de « vilain petit canard » à celui de visionnaire. Cela doit interroger beaucoup de gens. Que propose la liste de gauche ? Que propose la liste de droite ? On n’est pas sorti des sentiers battus, on est toujours dans les mêmes schémas, les mêmes principes, les mêmes archaïsmes. Ce n’est pas une question de modernité, c’est, je crois, une question de citoyenneté ! »

DLH : Celle qui vous a succédé à la présidence de région, la socialiste Marie-Guite Dufay, a eu, comme principal dossier, la fusion de la Bourgogne et la Franche-Comté, loi NOTRe oblige. Quel bilan faites-vous de son action dans le domaine, les deux anciennes régions ont-elles réussi à former une véritable communauté de destin ?

F. P : « Je me suis interrogé pour savoir si, à l’époque, j’avais bien fait de pousser à cette fusion. Un an et demi avant l’élection, j’avais appelé le président Hollande et lui avait dit : et si on fusionnait la Bourgogne et la Franche-Comté, parce qu’au-delà d’une ancienne adversité cela me paraissait répondre à une réelle complémentarité pour l’avenir ? On sait bien qu’il faut une génération pour le faire. Cependant, on doit prendre les bons outils pour le réaliser. La majorité sortante a plus fait pour maintenir les clivages que pour rassembler les points de convergence. Il ne fallait pas penser les deux régions, tenter toujours à équilibrer, se demander où on allait organiser telle ou telle réunion, placer tel ou tel agent, il fallait avoir une vision d’ensemble. Si cela n’a pas avancé aussi vite que je pouvais le penser, c’est parce que l’équipe actuelle a appuyé plutôt sur les points de divergence que sur ceux de convergence ! »

DLH : Le 1er tour sera capital et notamment l’ordre de sortie. Tout porte à croire que, comme en 2015, la première place revienne au RN. Même s’il est trop tôt pour se projeter, LREM sera-t-elle susceptible de discuter, dans le cadre d’un potentiel accord de 2e tour et d’un hypothétique arc républicain, avec tout le monde ?

F. P : « Notre objectif est d’être le plus près possible du RN et numéro 2. Le RN est ancré durablement en BFC et, la dernière fois, lil a bien failli s’imposer alors que leur tête de liste n’était pas une bonne candidate. Là, je ne sous-estime pas M. Odoul. Il y a un vrai danger pour la République et la démocratie chez nous. C’est la raison pour laquelle je m’inscris dans cette campagne avec force. On parle beaucoup du Front national en PACA mais je pense que le risque est aussi grand en Bourgogne Franche-Comté. Cela ne suffit pas comme programme mais la dédiabolisation du Front national n’existe pas. Regardez leurs tracts. C’est immigration-insécurité et insécurité-immigration ! Ils sont revenus à leurs vraies thématiques. Aussi notre stratégie repose dans le dépassement. Cela veut dire que tous ceux qui veulent venir travailler avec nous sont les bienvenus. Notre objectif est d’être les mieux placés des listes républicaines au 1er tour et, à partir de là, d’appeler ceux qui voudraient empêcher le vote Le Pen de le faire. Je ne vois pas M. Platret le faire car il est déjà aujourd’hui un néo-RN avec ses alliances et ses prises de position qui sont très d’extrême droite. Je ne vois pas son avenir, puisque personne ne peut s’allier avec lui au 2e tour. Ensuite, Marie-Guite Dufay a fait une alliance avec le PC, avec 8 élus en cas de victoire et 4 en cas de défaite alors que le PC ne représente plus que 1%. Elle a fait un accord gauche-gauche. Elle part du vieux principe mitterrandien mais cela ne marche plus comme cela. Nous, nous sommes dans l’ouverture, les autres sont dans le sectarisme ! »

DLH : Le député LREM, Didier Martin, s’élance aux départementales sur Dijon 1 face au président de la fédération LR de Côte-d’Or François-Xavier Dugourd. Cela s’annonce comme un combat difficile…

F. P : « Je veux rappeler qu’avec celui de Montbard, Dijon 1 représente le seul canton où le RN est absent. Je trouve que Didier Martin est courageux, à cause du poids du sortant, de la sociologie du canton qui faisait déjà la part belle à Robert Poujade et à ses bras droits… Qu’il y aille aujourd’hui pour porter l’action du gouvernement, c’est méritant et je le soutiens. Et c’est d’autant plus méritant qu’il mène ce combat alors même qu’il est lucide et qu’il mesure la difficulté ! »

Propos recueillis par Camille Gablo