Du rififi au sein du Rassemblement national

Même si les sondages le placent en tête le 20 juin prochain au soir du premier tour des élections régionales en Bourgogne – Franche-Comté, tout ne va pas dans le meilleur des mondes au sein du Rassemblement national. Julien Odoul, la tête de liste, est l'objet d'un certain nombre de critiques de la part de colistiers et de membres de son parti. Parmi eux, Frank Gaillard, conseiller régional sortant et maire de la commune de Chaume-et-Courchamp, en Côte-d'Or, près de Fontaine-Française.

Dijon l'Hebdo : Qu'est-ce qui vous oppose à Julien Odoul ?

Franck Gaillard : « Beaucoup de choses. Je suis le seul maire du Rassemblement national sur la liste Côte-d'Or de ces élections régionales. Je suis conseiller régional sortant. Et il faut descendre à la neuvième position pour me trouver. C'est absurde et contre-productif. C'est le sentiment que partagent tous mes soutiens locaux. Sur les 24 élus de 2015, seulement trois se retrouvent aujourd'hui en position éligible en cas de défaite et cinq en cas de victoire. Julien Odoul a fait le ménage. Pour faire simple, ceux qui ne disent pas « Amen » sont excommuniés ! Dans le langage politique où la langue de bois est de mise, on pourrait parler de renouvellement. On me connaît, j'ai mon franc parler : je préfère accuser Julien Odoul de faute stratégique et politique majeure. Et les erreurs, il les accumule.

Et puis nous n'avons pas la même vision d'une campagne électorale sur le terrain. Julien Odoul préfère les plateaux parisiens de télévision de Cnews pour débattre, où il est plutôt bon d'ailleurs, à la réalité du terrain, celle du quotidien des Bourguignons et des Francs-Comtois. Or c'est là et bien là que nous sommes attendus. Si on veut conforter la présence du Rassemblement national dans les régions, c'est une présence sans faille qu'il faut avoir. C'est bien d'être en photo sur les affiches avec Marine Le Pen, mais si on est connu et reconnu, c'est mieux. Par ailleurs, Julien Odoul siège également au conseil municipal de Sens. Amusez-vous à regarder le nombre de ses présences. Vous serez surpris. L'assiduité n'est pas son fort. Ce garçon, il me fait penser à une réplique de Jean Gabin dans « Le Président » : La politique, messieurs, devrait être une vocation. Je suis sûr qu’elle l’est pour certains d’entre vous. Mais pour le plus grand nombre, elle est un métier... » Pour ce qui me concerne, je ne suis pas un professionnel de la politique. Je suis artisan et c'est mon métier qui me fait vivre. Pas la politique ».

DLH : Avez-vous fait part de cette situation à Marine Le Pen ?

F. G : « Oui, bien évidemment. J'ai envoyé une lettre pour préciser et expliquer mes points de désaccord. J'attends toujours une réponse... Visiblement, ma position dérange ».

DLH : La tête de liste, c'est une chose... Mais il y a le programme. N'y a-t-il pas matière à vous rassembler ?

F. G : « Pas vraiment. Le programme, c'est sécurité, sécurité et sécurité. A cela vous ajoutez les éoliennes qu'il faut démonter. Un peu réducteur comme programme, non ? Vous me direz qu'avec la sécurité, on touche essentiellement l'urbain et, avec les éoliennes, on parle aux campagnes. Je suis le premier à dire que ce pays a un problème avec la délinquance et là j'enfonce une porte largement ouverte par Marine Le Pen depuis bien longtemps. Mais soyons sérieux, la sécurité, ce n'est pas une compétence de la Région. Si Julien Odoul pense qu'on va mettre des caméras dans tous les lycées, je lui souhaite bien du plaisir. Je ne suis pas sûr que la direction des établissements, les profs et leurs syndicats toujours très réactifs, les employés, les parents d'élèves et les élèves partagent unanimement cette façon de voir. Parlons plutôt concrètement de ce qu'une région peut apporter aux lycées, aux transports -là oui on peut parler, entre autres, de sécurité- à l'orientation professionnelle, à la formation, aux filières économiques, industrielles, agricoles... Faire du buzz, c'est bien mais je pense sincèrement que les électeurs bourguignons et franc-comtois méritent mieux que ces positions qu'on retrouve dans toutes les régions de France. Nous avons des spécificités. Travaillons les ! »

Quelle sera votre position si le rassemblement national remporte les élections en Bourgogne – Franche-Comté ?

F. G : Si on est élu... Nous avons la victoire à portée et je pense sincèrement que nous sommes en train de la gâcher. Une victoire en politique, ce n'est pas une course individuelle. La victoire, elle se forge avec une équipe qui tire dans le même sens. Et aujourd'hui, on en est loin. Au final, le 27 juin au soir, si on gagne, tant mieux pour le Rassemblement national. Pour autant, je réserve ma position. Il y aura un troisième tour. Celui de l'élection du président ou de la présidente. Je n'exclus rien. Mieux vaut être faiseur de roi que roi. Et si on perd, on saura en partie pourquoi... et à cause de qui ».

F. G : Vous êtes également candidat aux élections départementales sur le canton d'Auxonne. En cas de victoire sur les deux tableaux, la loi stipule qu'on ne peut pas avoir trois mandats locaux. Lequel ne conserverez-vous pas ?

F. G : « Chaque chose en son temps. Cette décision, je ne l'ai pas encore prise. Attendons déjà de voir l'issue des scrutins ».

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre