Nathalie Koenders : « L’opposition systématique entre le Département et la Métropole nous affaiblit »

La première adjointe de François Rebsamen, Nathalie Koenders, en charge de la transition écologique, du climat et de l’environnement, de la tranquillité publique et de l’administration générale, se représente aux élections départementales sur le canton de Dijon 2. En 2015, elle constituait un binôme avec Alain Millot, maire à l’époque de la capitale régionale. Cette fois-ci, c’est elle qui porte la candidature des Forces de Progrès, aux côtés d’un nouveau venu écologiste, Billy Chrétien.

Dijon l’Hebdo : Vous devez vous féliciter que l’accord métropolitain de relance signée entre Dijon Métropole, l’Etat et le conseil régional attribue 14 M€ aux projets structurants luttant notamment contre le réchauffement climatique ?

Nathalie Koenders : « Comme nous le répétons souvent, l’urgence climatique est bel et bien présente et, effectivement, à la Ville de Dijon et à l’échelle de la métropole, nous avons anticipé et nous sommes réellement sur une démarche de lutte contre le changement climatique. Nous avons avancé avec de grands projets structurants, comme le tramway, la piétonisation du centre-ville, l’aménagement et le développement de pistes cyclables, etc. Et nous poursuivons notre action avec le projet hydrogène, pour lequel François Rebsamen vient de se rendre au Mans. Nous sommes associés avec cette ville ainsi qu’avec Angers pour pouvoir mutualiser les commandes et l’acquisition des bennes à ordures ménagères, ce qui entraînera une baisse des prix. Dans un deuxième temps, ce sera la flotte des bus qui sera concernée. A l’horizon 2025, ce projet hydrogène nous permettra d’économiser 5 200 tonnes de CO2 par jour, ce qui correspond à environ 2 millions de litres de gasoil. Nous sommes là véritablement sur une ville et une métropole décarbonnées. Ce projet nous fait réellement prendre le virage de la transition énergétique. Tout comme celui portant sur l’alimentation durable pour lequel nous avons été retenus comme lauréat des Territoires d’innovation de grande ambition (TIGA). Il nous place parmi les références françaises en matière d’agriculture périurbaine et d’agro-écologie. Un verger conservatoire a d’ores et déjà été planté aux Bourroches et trois autres sont prévus… »

DLH : Ce sont cependant d’autres jardins – ceux de l’Engrenage – qui ont occupé le haut de l’affiche de l’actualité. Quel message pourriez-vous adresser à ceux qui critiquent le projet Garden State ?

N. K : « Le projet de l’avenue de Langres représente un projet équilibré qui allie la justice sociale et la justice écologique car je rappelle que, sur ces terres, nous sommes sur une dent creuse, à proximité immédiate du tramway. L’objectif est de répondre à la demande sociale du logement tout en étant respectueux de l’environnement. Et nous le sommes dans cette opération puisque, comme je l’ai dit, nous sommes à côté d’une station de tramway mais aussi d’un réseau cyclable que nous allons amplifier. Et, derrière, nous avons un projet de 15 000 m2 de jardins familiaux. Certains sont déjà existants mais le but est de les étendre. Il y aura également un verger conservatoire, un potager… »

DLH : Avec votre délégation municipale, vous êtes au cœur du développement durable de Dijon. Et, avec un binôme EE-LV, vous allez encore plus loin en vue des élections départementales. Cela ne pose-t-il pas de problème alors que les écologistes ne sont pas dans votre majorité au sein de l’enceinte municipale ?

N. K. : « Je me réjouis de cet accord et de ce large rassemblement de la gauche, des écologistes et du centre puisque, sur le canton 2, je forme un binôme avec Billy Chrétien, d’EE-LV, et que nous avons avons comme suppléants Christine Martin (PS) (ndlr : adjointe au maire de Dijon déléguée à la Culture) et Vincent Testori (UDE) (ndlr : conseiller municipal de Dijon délégué à la tranquillité publique et à la médiation), qui appartient à l’équipe de François Deseille. Je veux rappeler qu’avec les élus écologistes du conseil municipal, nous avons certaines divergences mais nous avons beaucoup de convergences. Les élus écologistes dijonnais se présentent au demeurant comme un groupe indépendant et non comme un groupe d’opposition. Nous travaillons en bonne entente avec eux, après avoir, dans les précédents mandats, co-construits des projets ensemble ».

DLH : Lors de votre présentation de candidature, vous avez communiqué sur le fait de vouloir « concilier l’urbain et le rural ». Cela signifie-t-il que vous souhaitez une concordance de vue entre le Département et la Ville de Dijon, ce qui est loin d’être le cas depuis plusieurs années ?

N. K : « Le président du Département nous enferme à chaque session dans une opposition entre la ville et la campagne. Je suis élue d’un canton urbain mais celui-ci appartient pleinement à la Côte-d’Or. Les habitants de Dijon 2, tous les habitants de Dijon sont des Côte-d’Oriens. Cette opposition systématique nous affaiblit. Elle affaiblit le département et l’ensemble de ses habitants. Je souhaite que l’on retrouve des relations apaisées et que le Département participe à des projets développés dans la ville et dans la métropole. Parce qu’un département a besoin d’une ville et d’une métropole fortes et que nous avons besoin d’un département fort ! C’est comme cela que je conçois mon mandat. Je souhaite des relations apaisées mais je défends aussi la ville, ses habitants et, de fait, les Côte-d’Oriens. Dans notre programme, nous avons, par exemple, le développement du maraîchage, de la production bio et locale et, à Dijon, nous avons un marché d’une attractivité importante, accueillant des commerçants et des producteurs de l’ensemble du département. Nous avons besoin d’eux comme eux ont besoin du marché. C’est du gagnant-gagnant ».

DLH : Pourquoi dites-vous que la Côte-d’Or représente « le département le plus passif sur le plan social » ?

N. K : « Aujourd’hui, je trouve en effet que le Département a beaucoup de retard en ce qui concerne sa mission première, l’action sociale. Je prends l’exemple de l’aide à l’enfance. Nous avons tout de même vu des reportages sur des structures d’accueil côte-d’oriennes pour les enfants qui n’ont pas été forcément glorieux. C’est la raison pour laquelle nous sommes véritablement dans l’objectif d’humaniser la prise en charge des enfants placés, d’augmenter l’accompagnement des adolescents. Le président du Département a aussi abandonné la prévention spécialisée. Il y a plusieurs signes qui ont montré que le Département ne se concentre pas sur les missions qui sont les siennes… »

DLH : Que proposez-vous dans le domaine ?

N. K : « La solidarité représente l’une des premières compétences du Département et nous pensons, d’autant plus avec la crise sanitaire que nous venons de traverser, que les habitants ont besoin véritablement d’un Département qui les épaule, qui soit à leurs côtés. Et ce, quel que soit leur âge, de la naissance jusqu’au vieillissement. Tout au long de ce parcours, le rôle du Département est important. Nous souhaitons qu’il tienne davantage ce rôle. C’est ce que nous défendons au travers de différentes propositions comme le Revenu de solidarité d’autonomie. Pourquoi ne pas essayer aussi à titre d’expérimentation le Revenu minimum ? C’est également faire une politique ambitieuse pour les EPAHD… Voilà pourquoi nous souhaitons nous recentrer sur la mission principale du Département : la solidarité ».

DLH : Ne craignez-vous pas une abstention record lors des prochaines échéances électorales, crise sanitaire oblige ?

N. K : « Les élections ont été maintenues. C’est une bonne chose pour la démocratie. Car je pense que les départementales et les régionales sont importantes pour les habitants dans leur quotidien mais aussi pour la vie démocratique de notre pays. C’est le premier message : l’appel au vote. Et je veux aussi leur adresser un message afin de les rassurer. Des contraintes sanitaires s’imposent à nous. Les villes et notamment la ville de Dijon mettront tout en place pour assurer la sécurité des électeurs, des votants… car c’est important d’aller voter ! »

DLH : Lors des dernières élections départementales, vous faisiez équipe avec l’ancien maire Alain Millot, malheureusement décédé. Cette fois-ci, c’est vous qui êtes le fer de lance du binôme que vous formez avec Billy Chrétien…

N. K : « En 2015, nous constituions en effet un binôme avec Alain Millot. C’est sûr que j’ai forcément une pensée émue à cet instant. Et je tiens à dire que Lionel Bard qui l’a remplacé au cours du mandat a fait un gros travail sur le canton de Dijon 2. J’ai vraiment apprécié de travailler à ses côtés. Il a fait le choix de ne pas se représenter à l’élection et aujourd’hui, dans le cadre de l’accord que nous avons avec les Verts, je forme un binôme avec Billy Chrétien qui est très engagé sur les mêmes valeurs que moi. Ensemble, nous incarnons à la fois l’expérience et la nouveauté sur Dijon 2 ».

Propos recueillis par Camille Gablo

Et la sécurité ?

DLH : Vous représentez l’Association des maires de France (AMF) au Beauvau de la sécurité auprès du ministère de lIntérieur. La sécurité est omniprésente dans les campagnes qui s’ouvrent alors que ce n’est pas une compétence ni des départements ni des régions. Quelles sont les actions majeures que vous avez engagées à Dijon dans le domaine ?

N. K : « Les élus choisis au sein de cette instance sont des parlementaires et des élus locaux, des maires. La sécurité est une compétence de l’Etat mais également des villes. C’est une priorité pour nous car, on le voit bien aujourd’hui, les faits de délinquance augmentent dans nombre de villes. On m’a déjà posé la question suivante : la sécurité est-elle une question de gauche ? Et je réponds oui, parce que les premières victimes des faits d’insécurité sont les gens vivant dans des quartiers populaires qui aspirent à vivre en toute tranquillité. Je rappelle que 22 policiers nationaux supplémentaires viendront renforcer les effectifs dijonnais. Ce sont des demandes formulées par le maire François Rebsamen que j’ai pu également faire à l’occasion du Beauvau de la sécurité. Je me réjouis de ces arrivées et, de notre côté, nous allons recruter également 30 policiers municipaux supplémentaires. C’est difficile parce que d’autres villes recrutent aussi. Et j’attends avec impatience – je pense que cela sera fait d’ici la fin du mois – la signature avec le Préfet du Contrat de sécurité intégrée qui permettra de décliner toutes les mesures prises au sein de la ville de Dijon ayant trait à la sécurité et à la tranquillité publique. Il y aura un volet sur les liens avec la Police nationale mais aussi avec les bailleurs, avec l’Education nationale… C’est ensemble, avec l’Etat, avec les collectivités, que nous pourrons mettre en place tous les moyens pour retrouver de la tranquillité et de la sérénité. Même si je sais qu’avec le déconfinement, que nous attendons tous avec impatience, il peut y avoir derrière des problèmes. Nous serons très vigilants dans les mois qui arrivent sur ces domaines… »