Ludovic Rochette : « A l’échelle régionale, on peut avoir des visions plus contrastées »

Les élections apportent toujours leurs lots de surprise au terme des scrutins. Cette fois, c'est avant un 1er tour qu'un coup de tonnerre a retenti dans le ciel jusqu'alors plutôt dégagé de la politique départementale. C'est en effet un « poids lourd » qui s'éloigne de sa famille pour rejoindre la liste de la majorité présidentielle pour les élections régionales de juin prochain. Ludovic Rochette, le président de l'association des maires de Côte-d'Or, proche des Républicains, explique son choix mais aussi son positionnement pour les départementales où il sollicitera un nouveau mandat sur le canton Dijon 4 sous les couleurs de la droite et du centre.

Dijon l'Hebdo : Qu'est-ce qui a motivé votre choix de rejoindre la liste majorité présidentielle pour ces prochaines élections régionales ?

Ludovic Rochette : «« Plusieurs points ont prévalu dans cette décision mûrement réfléchie de rejoindre la liste de la majorité présidentielle pour les prochaines élections régionales. Tout d'abord, je me suis toujours senti proche des positionnements de l'ancien Premier ministre Edouard Philippe dont on connait la belle perception humaine et la forte expérience municipale. Ensuite, nous vivons une situation délicate de surenchères politiques et d'alliances contre nature. Je ne souhaite pas que la Bourgogne – Franche-Comté tombe dans des mains que je qualifierais de périlleuses. Et je trouve courageux que de nombreux élus (et amis) aient décidé, eux aussi, de ne pas cautionner des rapprochements inacceptables. Et puis cette liste majorité présidentielle présente la particularité d'être constituée de nombreux élus municipaux de la ville et de la campagne qui disposent d'une véritable expertise. Des femmes et des hommes qui savent mieux que quiconque ce qu'est la réalité du terrain et ce qu'on doit attendre de la Région aujourd'hui ».

 

DLH : Comment peut-on être candidat aux élections départementales soutenu par la droite et le centre et, en même temps, candidat aux régionales sur la liste Majorité présidentielle qui affrontera, entre autres, la liste des Républicains au sein de laquelle figurent quelques uns de vos amis politiques au sein de l'assemblée que préside François Sauvadet ?

L. R : « Il y a là un vrai problème d'état d'esprit. Pourquoi ne pas vouloir distinguer ce qui est de l'échelle départementale et de l'échelle régionale ? Le département de la Côte-d'Or a un grand président en la personne de François Sauvadet auquel j'ai toujours apporté un soutien sans faille. François Sauvadet, c'est une vision d'avenir pour le département que je partage pleinement, soutenue par une équipe très nuancée. Dans notre majorité, on n'a jamais mis l'accent sur les appartenances politiques des uns et des autres. Peu importe qu'on soit LR, UDI, divers droite, indépendants, sans étiquette... Ce qui compte c'est la qualité intrinsèque de ces élus qui se reconnaissent dans la ligne proposée par François Sauvadet. Voyez le canton Dijon 6 : la majorité départementale soutiendra un candidat « Majorité présidentielle » et une candidate issue de la société civile. A l'échelle régionale, on peut avoir des visions plus contrastées. Et c'est le cas pour moi ».

 

DLH : N'avez-vous pas le sentiment de trahir Les Républicains, la famille politique qui vous a toujours soutenu jusqu'à présent ?

L. R : « J'ai fait le choix, depuis quelques temps, de prendre de la distance avec cette formation politique même si j'y ai encore de nombreux d'amis. Il y a beaucoup de choses dans lesquelles je me retrouve mais certaines de ses positions ne correspondent plus aux valeurs qui sont les miennes. Je ne suis pas le seul dans ce cas : Rémi Delatte, le député de la 2e circonscription de Côte-d'Or, par exemple, pour lequel j'ai la plus grande affection et la plus grande fidélité, a lui aussi pris du recul par rapport aux Républicains même s'il reste apparenté au sein de l'Assemblée nationale. Pour ma part, les chemins se sont écartés à l'échelle régionale. Par contre, je le répète, au niveau départemental, il n'y a pas l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette entre celles et ceux issus de toute formation politique, en dehors des extrêmes, qui partageraient la vision d'avenir de la majorité départementale et de son président François Sauvadet ».

 

DLH : François Sauvadet, président du Conseil départemental, François-Xavier Dugourd, Premier vice-président mais aussi patron des Républicains qui conduira la liste des régionales en Côte-d'Or, vous ont-ils contacté pour vous faire part de leur sentiment ?

L. R : « Avant de faire connaître ma décision, j'ai évidemment informé le président Sauvadet qui en a pris acte. J'insiste sur la chance que nous avons d'avoir cette majorité départementale qui est très nuancée et je ferai tout mon possible pour qu'il y ait le moins possible d'interactions entre les deux échelles que j'ai évoquées. La majorité départementale a, partout, de très bons candidats à qui j'apporterai mon soutien à toutes celles et ceux qui me le demanderont. Je ne dérogerai pas à cette règle. Je serai moi-même candidat à ma succession sur le canton de Dijon 4 et j'ai la chance d'avoir à mes côtés Anne Erschens avec laquelle j'avais déjà constitué un binôme gagnant en 2015 ».

 

DLH : Quel regard portez-vous sur la façon dont la socialiste Marie-Guite Dufay a géré la région ces six dernières années ?

L. R : « Je mesure toutes les difficultés de gérer une région en pleine crise sanitaire, sociale et économique mais force est de reconnaître qu'on a une région trop éloignée des territoires et qui souffre d'un fonctionnement trop « techno ». Avoir des schémas à appliquer, c'est une chose. Savoir les appliquer avec proximité, c'est une autre chose. Il faut être plus réactif et mettre en place les politiques régionales beaucoup plus rapidement avec l'expertise que cela requiert. On peut imaginer que la sortie de crise n'est plus très loin et il faudra à ce moment là des élus d'expérience aux commandes ».

 

DLH : Quel serait votre attitude si, au soir du premier tour des régionales, la liste sur laquelle vous figurez en troisième position décidait de s'allier pour le second tour à Marie-Guite Dufay ?

L. R : « Il faut bien être conscient de cette exigence : la Région ne doit pas être détenue par le Rassemblement national. Après, on sait pertinemment que l'entre deux tours de l'élection est toujours un moment compliqué mais, personnellement, je resterai fidèle à mes convictions d'élu du centre-droit ».

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre