François Sauvadet et la Côte-d’Or : « C’est le combat de ma vie et je souhaite le poursuivre »

François Sauvadet est très clair : il soutiendra Gilles Platret pour les élections régionales mais il mettra toute son énergie dans les élections départementales qui se dérouleront en juin aux mêmes dates. Le président du conseil départemental de la Côte-d'Or est candidat à sa succession. Il explique ses motivations tout en abordant bon nombre de sujets d'actualité dont les relations du Département avec Dijon.

Dijon l'Hebdo : Les élections départementales devraient normalement se tenir les 20 et 27 juin prochains. Dans quel état d'esprit abordez-vous cette nouvelle échéance ?

François Sauvadet : « La seule campagne qui vaille pour le moment, c'est celle de la vaccination. On traverse une crise sans précédent avec un troisième confinement et des conséquences économiques et sociales extrêmement lourdes. Je n'ai qu'un seul objectif : contribuer à protéger nos concitoyens et, en même temps, continuer d'investir pour préparer l'après-crise, construire un avenir à nos enfants et à nos jeunes. La majorité départementale est au travail et elle le restera jusqu'au dernier jour de mon mandat. Je réunirai à nouveau le conseil départemental début juin, une dernière fois avant les élections ».

 

DLH : Et reverra-t-on François Sauvadet après ces élections ?

F. S : « Je l'ai dit il y a déjà près de seize mois. J'ai fait un choix : celui de ne pas être candidat aux régionales pour me consacrer au département de la Côte-d'Or. Les dates des élections sont désormais connues. Je regrette les hésitations gouvernementales à ce sujet. La première des préoccupations, c'est d'abord de faire preuve d'esprit de responsabilité. On ne peut pas prendre en otage la démocratie. Nous avons des rendez-vous électoraux et je serai prêt pour mener cette campagne départementale importante qui va nous engager pour 7 ans et continuer ainsi le travail que nous avons engagé. C'est le combat de ma vie et je souhaite le poursuivre ».

 

DLH : Vous n'hésitez pas à dire que vous avez un nouveau modèle à inventer...

F. S : « C'est exact. Nous vivons la fin d'un vieux modèle : celui des métropoles où l'avenir était fondé sur les concentrations urbaines rassemblant toutes les richesses... J'ai une conviction profonde : la crise que nous traversons a accéléré un certain nombre de mutations notamment dans la volonté de trouver un nouvel équilibre de vie, dans les modes de consommation. C'est justement cette vision que nous avons portée durant toutes ces années d'un département équilibré qui n'oppose pas ville et campagne mais qui, au contraire, permet à nos compatriotes de s'épanouir en tout point du territoire. Ce nouveau modèle à inventer, c'est une réponse que nous devons apporter aux aspirations sociétales en termes de télétravail, de retour à la nature, de préservation de l'environnement, de sécurité alimentaire. Ce sont des sujets qui sont autant de rendez-vous qu'il ne faut pas manquer. Cela dépasse d'ailleurs les enjeux politiques et partisans ».

 

DLH : Y aura-t-il un renouvellement important des candidatures au sein de votre majorité départementale ?

F. S : « Il y aura un renouvellement mais je souhaite aussi qu'on s'appuie sur tous ceux qui ont travaillé jusqu'à présent et qui ont montré leurs capacités à se rassembler dans la diversité de leur engagement politique. L'équipe qui sera constituée n'aura qu'un objectif : répondre aux aspirations nouvelles des Côte-d'Oriens. C'est cela qui m'importe ».

 

DLH : En raison de la situation sanitaire, le conseil scientifique a émis, fin mars, des recommandations. Mais des élus, un peu partout, tirent la sonnette d'alarme face à des règles qui risquent bien de virer au casse-tête pour certaines mairies ? Quels sont les retours que vous avez du terrain ?

F. S : « Nous aurons en même temps des élections régionales et départementales dans le contexte de la pandémie que l'on subit. Pour les plus petites communes, ce ne sera pas forcément facile d'organiser deux scrutins les mêmes jours dans le contexte de recommandations sanitaires qui s'imposent à nous tous. J'espère sincèrement que la situation va s'améliorer. Les premiers indicateurs dans le départements sont meilleurs.

Ce qui sera également compliqué, c'est de convaincre les électeurs d'aller aux urnes et qu'ils comprennent bien que ce ne sont pas des élections mineures. Ces rendez-vous sont extrêmement importants et je les invite d'ors et déjà, je lance un appel, à aller voter pour défendre l'idée toute simple que tout ne peut pas se décider depuis Paris. On l'a vu dans les grandes crises que l'on vient de traverser -Gilets jaunes et pandémie-, la proximité est la meilleure réponse à apporter à ceux qui s'inquiètent. Et puis cessons de croire que la seule élection qui compte dans notre pays, c'est la prochaine Présidentielle ».

 

DLH : Vous vous êtes engagé au début de cette année auprès de l'État pour une vaccination rapide et efficace sur tout le territoire du Département. Il semble qu'on en soit loin ?
F. S
 : « Je regrette que l'on n'ait pas été suffisamment associé à la politique de vaccination. Le gouvernement aurait dû afficher clairement le fait qu'il n'y avait pas assez de vaccins. Dès lors, il ne fallait pas multiplier les initiatives en la matière. En même temps que les pensionnaires des EHPAD, on voulait vacciner les plus de 75 ans, puis les plus de 65 ans alors que les premières cibles n'étaient pas terminées... Tout cela a suscité beaucoup de confusion et d'incompréhension. Il aurait été tellement plus simple de fixer une règle et de s'y tenir. Cela dit j'ai joué le jeu jusqu'à présent et je continuerai à le jouer. L'intérêt supérieur est de vacciner nos compatriotes. C'est la solution à la crise pandémique qu'on traverse ».

 

DLH : Benoît Bordat, adjoint au Maire de Dijon, élu de Dijon Métropole, représentant des EPCI au SDIS, et Christophe Avena, conseiller départemental de la Côte d’Or, souhaitent que les pompiers professionnels, volontaires, personnels administratifs et techniques du SDIS bénéficient d’une prime Covid. Pensez-vous répondre favorablement à cette demande ?
F. S :
« D'abord je veux remercier tous nos pompiers, volontaires et professionnels, très mobilisés depuis le début de cette crise. Nous avons donné à notre SDIS tous les moyens de fonctionner. Nous avons consenti d'importants efforts comme des créations de postes. Mon ambition, dans ce département, c'est que les centres de secours et le SDIS, d'une manière générale, puissent assumer toute leurs missions en tous points du territoire. Mais il me faut regretter que l'opposition cherche chaque fois à jouer les « Monsieur + ». Il y a un débat national qui est engagé sur la reconnaissance de cette implication. Il appartient désormais à l'Etat, c'est de sa responsabilité, de fixer une doctrine sur les moyens complémentaires pour reconnaître l'investissement de ceux que nous avons appelés « les premières et deuxièmes lignes » dans la lutte contre le Covid. Sur ce sujet comme sur d'autres, il n'y a pas de place pour la démagogie. Il y a de la place pour de la responsabilité ».

 

DLH : « Vous avez interpellé le Président de la République en des termes forts : « C’est dans le fossé des annonces, sans lendemain, précipitées, peu lisibles et qui restent sans réponse, que se creuse le lit des incompréhensions, des insatisfactions et cela concerne directement les instances sanitaires. On ne gère pas de telles crises avec des décisions à l’emporte pièce, parfaitement déconnectées des réalités telles qu’elles sont vécues et des risques tels qu’ils sont identifiés ». Vous a-t-on répondu ?
F. S :
« Non, pas vraiment. J'en ai parlé au Président de la République lors de sa récente visite en Côte-d'Or mais aussi au Premier Ministre que j'ai eu longuement au téléphone à plusieurs reprises : on ne gagne pas des batailles de cette importance sans les acteurs locaux. Il y a un niveau d'acceptation de la population qui est aujourd'hui menacé par la technocratie sanitaire et ces annonces successives qu'on ne comprend pas toujours. La crise a révélé cette technocratie et ce n'est pas la suppression de l'ENA, et je le dis en tant qu'ancien ministre de la Fonction publique, qui va régler le problème. Un pays qui fonctionne bien, c'est un pays qui s'appuie sur ses territoires. On ne construira rien d'efficace sans que les citoyens soient éclairés et impliqués, sans que les collectivités territoriales soient engagées. N'oublions pas que les départements sont au cœur des solidarités actives. J'ai même proposé d'aller encore plus loin dans l'accompagnement. Par exemple, en véhiculant les plus âgés pour aller dans les centres de vaccination ».

 

DLH : L'épidémie aura souligné le retard dans la numérisation de la France. Où en est-on en Côte-d'Or ?
F. S :
« J'observe qu'en Côte-d'Or, qui est un grand département avec ses 698 communes, le quatrième par la superficie, les choses se sont bien passées car nous avons eu une attitude extrêmement pragmatique en matière de déploiement du très haut débit. Une attitude pas toujours comprise au niveau national mais efficace. Nous avons décidé qu'il ne devait y avoir aucun territoire abandonné, aucun territoire oublié. J'ai pris la décision d'apporter le très haut débit partout dans le département. Ce que j'ai appelé la montée en débit dans chaque village et qui est maintenant terminée. Aujourd'hui, la quasi totalité du département dispose de plus de 8 mégabits. Je ne dis pas pour autant que la situation a été simple parfois pour des entreprises, des télétravailleurs, mais nous n'avons pas eu de drame. Notre objectif est de couvrir en très haut débit tout le département à l'horizon fin 2022. C'est un investissement considérable. 136 millions d'euros. Un véritable pari sur l'avenir. Un projet de même ampleur que lorsqu'on a amené l'eau et l'électricité dans les communes.
Je suis fier du chemin que nous avons parcouru et la crise a montré que nos choix s'étaient révélés utiles à nos compatriotes. Et c'est bien là l'essentiel même si j'ai envie de dire à tous ceux qui critiquent, et c'est leur droit, que s'ils pensaient mieux faire pourquoi n'ont-ils pas pris le manche ? Tout simplement parce que c'était coûteux et compliqué. Je remercie ceux qui nous ont aidés : l'Etat, à hauteur de 45 %, la Région, toujours prompte à donner des leçons mais qui a contribué pour l'équivalent de 12 %. Tout le reste est revenu à la charge du Département.
Un nouveau défi nous attend : la lutte contre l'illectronisme. Nous avons fait une étude avec le défenseur des Droits pour l'accès au numérique qui montre que 40 % de la population de notre département, que ce soit à la ville ou à la campagne, déclarent ne pas être en capacité d'utiliser cet outil. C'est pourquoi j'ai pris la décision, dans tous les anciens chefs lieux de canton, mais aussi dans les quartiers, de mettre en place des espaces numériques pour accompagner les personnes dans l'accès à la formation et permettre aux télétravailleurs de s'y installer au cas où ils n'auraient pas les équipements nécessaires chez eux ».


DLH : Ce qui n'a pas empêché la sous-préfète de Montbard de mettre explicitement en cause l’action du Département en matière de déploiement de la Fibre Optique directement chez l’abonné...
F. S :
« J'ai pris connaissance de ses déclarations dans lesquelles elle disait que nous avions pris du retard. J'en ai pris acte et j'ai fait savoir ce que j'en pensais. Déjà, nous ne sommes pas dans un désert. Plus de 450 communes disposent de 30 mégabits. Et puis n'oublions pas que nous avons été confrontés à deux problèmes. D'abord l'acquisition de fibre sur le marché mondial et là je ne voulais pas que des investissements d'une telle ampleur se traduisent par des produits qui ne répondraient pas aux critères techniques des fournisseurs d'accès internet. J'ai voulu une fibre sûre dans la mesure où c'est un investissement pour le demi siècle qui vient. Ensuite, il y eu la pandémie. 80 000 prises sont à déployer essentiellement dans le péri-urbain. 18 000 d'entre elles sont construites. Plus de 30 000 sont commandées. Les engagements d'une couverture totale du département à l'horizon à l'horizon 2022 seront tenus. Nous serons au rendez-vous ».


DLH : Mis en cause, mais dans un autre registre cette fois, vous l'avez également été par le trio écologiste -Europe écologie les Verts, Génération écologie et Cap écologie- qui vous reproche de subventionner le circuit automobile de Dijon-Prenois. Que leur répondez-vous ?
F. S :
« Je remercie Dijon l'Hebdo qui m'a permis de découvrir ces critiques qui me sont adressées. J'entends tous ces faux procès mais pour moi il n'ont pas de sens. Ces écologistes là sont ceux qui interdisent la viande pour imposer des menus végétariens, ce sont ceux qui interdisent l'avion... Nous aidons Prenois pour un certain nombre de grandes manifestations sportives comme les motos légende, les grands prix de voitures historiques et nous continuerons.
Le circuit de Prenois est une chance pour notre département. C'est un formidable atout économique. Et puis il y a de nombreux passionnés de l'automobile. Je les respecte. J'aime l'automobile parce qu'elle est indispensable à la vie quotidienne. Mais j'aime aussi que l'automobile soit respectueuse des mobilités douces. Si on veut réussir le pari des changements et des mutations écologiques il faut éviter toutes ces positions radicales dont on ne mesure pas forcément toutes les conséquences sociales et économiques ».

 

DLH : N'avez-vous pas été tenté de faire passer au maire écologiste de Lyon -qui, rappelons-le supprime la viande dans les cantines- la charte de restauration scolaire et les menus Savoir-faire 100% proposés dans les collèges de Côte-d’Or ?
F. S :
« Je suis l'élu de Dijon et des campagnes. Je vis au milieu de zones rurales où nous avons des paysages qui sont façonnés par le travail des hommes. Des paysages d'élevage dont on peut être fier, qui produisent cette viande d'exception qu'est le charolais. Quand j'entends certains écologistes dire « haro sur la viande », franchement je m'interroge. Nous avons aujourd'hui une vache et son veau à l'hectare. Pensez-vous que cela soit polluant ? Les positions radicales de certains écologistes peuvent avoir des conséquences considérables en matière de paysages, de biodiversité et sur la vie tout simplement. Quelle est l'alternative aux zones d'élevage qu'on appelle extensives, dont je suis un fervent défenseur, respectueuses de l'environnement, avec du bocage, des haies... ? Laisser les prés à l'abandon, les retourner pour y cultiver des céréales... ? On ne mesure pas les effets de telles alternatives sur un plan paysager et économique. Il faut arrêter ces mises en cause permanente du monde agricole qui ne ménage pas ses efforts pour s'inscrire dans une démarche haute valeur environnementale.
Pour ce qui concerne les menus des cantines dans les collèges, en ville comme à la campagne, je respecte le principe d'un menu végétarien par semaine et, en même temps, j'offre une alternative viande. J'ai souhaité que l'on travaille sur la saisonnalité, sur le retour au local, au bio dans nos cantines. Et, aujourd'hui, les résultats sont là. Près de 40 % de l'alimentation des collégiens proviennent de produits de Côte-d'Or et, dans certains collèges y compris urbains, nous en sommes à 70 % ».

 

DLH : Et c'est cela qui vous a poussé à mettre en place un Conseil départemental de l’Alimentation ?
F. S :
« Non, c'est la conviction profonde qu'il nous faut compter, nous appuyer sur les producteurs. L'année qui vient de s'écouler a été une belle illustration avec la redécouverte des circuits locaux, de proximité qu'on trouve désormais facilement avec la création d'un site dédié. Nous avons créé une marque « Savoir faire 100 % Côte-d'Or » derrière laquelle on trouve plus de 150 producteurs. Une marque d'identification et de sécurisation pour les consommateurs.
Ce conseil départemental de l'Alimentation cherche à rapprocher producteurs, transformateurs et consommateurs et je souhaite que Dijon, avec son projet TIGA, l'intègre. Dès que les restaurants rouvriront nous mettrons en place un label « ambassadeur de la Côte-d'Or » pour tous ceux qui proposeront un repas 100 % Côte-d'Or ».


DLH : Concrètement à quoi ressemble la politique environnementale du Département de la Côte-d'Or ?
F. S :
« L'écologie, je la souhaite populaire. Tous nos compatriotes ont une sensibilité en la matière. Ce que je combats, c'est l'écologie radicale et punitive. Au Département, nous avons fait beaucoup d'efforts. Nous avons une politique de préservation de l'environnement qui est saluée au plan national. Nous avons été un des tout premiers départements à engager un schéma d'adaptation au changement climatique.
Une politique qui vise aussi à préserver notre ressource en eau qui est la clé de la biodiversité.
Le changement climatique impose que l’accès à l’eau s’articule à l’échelle départementale autour d’une double exigence : explorer toutes les possibilités nouvelles pour la récupération et le stockage de l’eau mais aussi préserver et apporter la ressource là où elle manque dans un souci de solidarité territoriale, grâce notamment au développement des réseaux d’interconnexion pour lesquels le Département a mobilisé près de 560 000 € rien que sur la période 2019-2020.
Nous avons également encouragé les bonnes pratiques agricoles, lancé toute une série d'initiatives en direction des jeunes avec des plans éco-collèges, de lutte contre le gaspillage alimentaire, contre les plastiques... Je pourrai vous parler aussi de logement, domaine pour lequel nous avons aussi beaucoup investi avec Orvitis et d'autres partenaires dans le cadre des économies d'énergie... »


DLH : Et le vélo va-t-il trouver toute sa place dans cette politique ?
F. S :
« Nous allons accélérer le programme d’aménagement de véloroutes par un réseau reliant tous nos pôles touristiques, tout en valorisant les étapes intermédiaires. Mais nous devons penser ces véloroutes non plus uniquement sous le seul aspect touristique mais également sous l’angle des utilisations du quotidien. D’ici un an et demi, il y aura 400 km de réseau cyclable structurant réalisé dans le département. Notre volonté, c’est de rendre plus sûrs et plus simples les déplacements sur nos territoires.
J'ai également proposé à l'assemblée départementale une aide aux Côte-d’Oriens dans l’acquisition d’un vélo (VTC) à assistance électrique pour les déplacements domicile-travail. Dès le 15 avril, tout habitant de Côte-d’Or, sans condition de ressources, qui achète un vélo à assistance électrique bénéficiera d’une subvention de 250 €. Une bonification de 100 € supplémentaire sera accordée si le vélo acheté est assemblé ou produit en Côte-d’Or ».


DLH : Pourquoi afficher une telle prudence avec l'éolien ?
F. S :
« Soyons prudent ! Derrière la biodiversité, la préservation de notre environnement, il y a aussi nos paysages qui constituent une formidable richesse. On a passé des années à vouloir enfouir nos réseaux électriques. C'est pourquoi il faut être extrêmement vigilant aux alternatives de production électrique par l'éolien car elles sont très prégnantes dans le paysage. C'est pourquoi je souhaite éviter ces co-visibilités avec tous nos espaces naturels reconnus par l'UNESCO. Je me suis battu pour que la zone des Climats soit respectée ».


DLH : Vous avez voté un budget social de 300 millions d'euros. Vous le qualifiez d'historique. N'est-ce pas tout simplement un budget adapté à la crise ?
F. S :
« C'est un budget historique à la hauteur des événements que nous subissons. Je regrette la démagogie de certaines propositions de l'opposition. Une opposition qui veut massifier les aides. C'est une vision que je ne partage pas car la société a changé. J'ai demandé à mes services de proposer une aide individualisée. Chaque parcours de vie, avec ses difficultés, est personnel. J'ai autorisé le cumul emploi-RSA. 543 personnes ont retrouvé le chemin d'une activité professionnelle parce qu'on a sécurisé leur parcours.
Notre objectif est de protéger les Côte-d'Oriens et nous ferons tout pour être aux côtés des plus fragiles. Sécuriser nos établissements pour personnes âgées, pour l'aide à l'enfance, nos services d'aides à domicile, les Côte-d'Oriens qui ont perdu leur travail, apporter une aide alimentaire à tous ceux qui ont des difficultés... Dans le contexte de crise sanitaire que nous traversons, le Département, collectivité chef de file des solidarités humaines et territoriales, a multiplié par 10 son soutien aux associations d'aide alimentaire à hauteur de 550 000 €. Cet effort sera poursuivi pour protéger les plus fragiles, notamment les jeunes durement touchés par cette pandémie, en prolongeant jusqu'au 30 juin les dispositifs d'urgences et en augmentant notre plan de relance de + 33 %.
Au cours de la session du 25 janvier dernier, le Département a engagé de nouveaux moyens en faveur de l'insertion pour lutter contre la précarité. Nous allons poursuivre les discussions avec les différentes filières en vue d'accompagner les personnes éloignées de l'emploi notamment vers les métiers en tension. Protéger, c'est aussi préparer l'avenir et la sortie de crise. C'est pour cela qu'on continue d'investir. J'ai décidé de maintenir toutes les aides aux associations à la hauteur de ce qu'elles avaient touché en 2019 que les événements ou manifestations qu'elles devaient organiser aient eu lieu ou pas. Je précise pour ceux qui prétendent que nous n'aidons pas Dijon que 60 % de ces associations sont justement sur Dijon et sur son agglomération ».

 

DLH : Vous étiez récemment à Beaune pour la pose de la première pierre de la Cité des Vins et des Climats de Bourgogne, projet qui bénéficie du soutien financier du Département. Un moment qui a marqué, comme vous l'avez souligné, « le lancement d’un projet ambitieux, qui favorisera le rayonnement d’un savoir-faire unique, celui de la viticulture bourguignonne en général et côte-d’orienne en particulier ». On connaît votre attachement à la défense du patrimoine départemental et à la valorisation de ses richesses, aussi pourquoi ne soutenez-vous pas financièrement la Cité internationale de la gastronomie et du vin de Dijon ?
F. S :
« Nous avons tissé un partenariat avec la Cité des Vins de Beaune qui se traduira par une présence de l'ensemble des producteurs et des savoir-faire. Nous avons beaucoup travaillé avec Alain Suguenot et la profession viticole pour y parvenir. J'ai regretté que la Cité de la gastronomie de Dijon soit une cité urbaine avec une vision repliée. Comment peut-on faire une Cité de la gastronomie sans y associer les producteurs, l'ensemble des partenaires agro-alimentaires ? Ce n'est pas ma vision. Je l'ai dit au maire de Dijon. J'observe que la situation évolue et je m'en réjouis. J'ai reçu dernièrement François Deseille, l'adjoint au maire qui travaille sur ce dossier. Il m'a exprimé son souhait de voir la marque « Savoir-faire 100 % Côte-d'Or », et à travers elle, tous les producteurs du département, s'impliquer. Je suis prêt à travailler avec la ville de Dijon. Je saisis cette main tendue ».


DLH : Faut-il voir une provocation de votre part quand vous organisez à Dijon une table ronde « Les femmes dans le monde de la gastronomie » à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes ?
F. S :
« Non. J'ai voulu mettre à l'honneur toutes les femmes qui évoluent dans le domaine de la gastronomie. Ce sont des métiers souvent masculins. Je l'ai fait en lien avec l'UMIH que préside Patrick Jacquier, au moment où l'on sait les difficultés que traverse le monde de la restauration et de l'hôtellerie, le monde agricole, les filières agro-alimentaires pour mettre en valeur une formidable richesse de la Côte-d'Or. La restauration et l'hôtellerie comptent dans le département et à Dijon ».


DLH : L’accidentologie en baisse sur les routes départementales en 2020 ? Faut-il y voir l'effet du retour aux 90 km/h ou plus simplement les conséquences des confinements et couvre-feu successifs ?
F. S :
« Entendons nous bien : je vous parle des routes départementales. Pas celles qui ont été transférées à la Métropole et qui ne sont plus sous notre responsabilité. Il y a eu beaucoup moins de circulation sur les routes et donc moins d'accidents. Avec deux périodes de confinement en 2020, il est évident que le trafic annuel a enregistré une forte baisse. Moins 16 % sur toute l’année par rapport à l’année 2019. Il est tout aussi évident que la mortalité routière a considérablement reculé : sur le réseau routier départemental, en 2001, on déplorait 65 accidents mortels pour 74 décès alors qu’en 2020, on déplore 12 accidents mortels pour 12 décès. J'ai repassé des routes à 90 km/h. Celles qui étaient les plus sûres. 40 itinéraires principaux ont bénéficié d’un retour aux 90 km/h, soit 1 129 km de routes départementales depuis mars 2020. Je n'ai pas hésité, malgré les critiques, de baisser la vitesse sur des voies jugées plus dangereuses. J'observe d'ailleurs qu'il n'y a pas eu plus d'accidents sur les routes dont la vitesse est limitée à 90 km/h. Il est donc faux, à ce stade, de dire que les 90 km/h sont une cause de mortalité ou d'accidentologie grave.
J’ai souhaité la création d’un Observatoire départemental de la sécurité routière, un nouvel outil pour compléter les dispositifs existants et pour avoir un suivi transparent de l’accidentologie sur les routes départementales. Il nous faut analyser objectivement, hors agglomération dijonnaise, les causes des accidents et que nous adaptions nos dispositifs quand cela est nécessaire ».


DLH : Les élections régionales vont avoir lieu en même temps que les élections départementales. Quel type de soutien apporterez-vous à Gilles Platret, le maire de Chalon-sur-Saône, qui conduira les listes de la droite et du centre en Bourgogne-Franche-Comté ?
F. S :
« Je vous l'ai dit au début de notre entretien : j'ai fait le choix de me consacrer pleinement au Département. Pour ce qui est de la Région, je souhaite un changement de majorité. Le bilan de Mme Dufay n'est pas à la hauteur des enjeux de cette grande région qui est à la traîne. Les indicateurs ne sont pas bons. J'avais avancé des propositions il y a quelques années. Les circonstances ont fait que je n'ai pas pu les mettre en œuvre... Je soutiendrai les listes de Gilles Platret. Mais pour ce qui est de la campagne, je n'ai qu'un objectif : la Côte-d'Or et les Côte-d'Oriens ! »

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre

 

« Ils sont venus parce qu'ils avaient mal »

« Les agriculteurs ont manifesté récemment à Dijon. Il y a eu des débordements que je tiens à condamner. Mais ce que je voudrais dire aux Dijonnais comme à l'ensemble des Côte-d'Oriens c'est que les agriculteurs ne sont pas venus pour faire mal. Ils sont venus parce qu'ils avaient mal. Le monde agricole traverse une crise profonde. Je suis de ceux qui pensent qu'il faut les accompagner dans les mutations que sont la préservation de l'environnement, l'alimentation saine... plutôt que de les pointer du doigt. L'agriculture est une chance pour la Côte-d'Or. Il n'y a pas d'un côté la Métropole et de l'autre le monde rural, nous sommes les deux, portés par la même espérance : vivre mieux. Et c'est cela le projet que je porte pour l'ensemble du département ».