Alexandre Eyries décrypte la communication politique 3.0

Si vous voulez tout savoir sur la communication politique 3.0, foncez dans toutes les bonnes librairies (heureusement ces hauts lieux culturels sont redevenus essentiels) et procurez-vous le dernier essai publié par Alexandre Eyries, enseignant-chercheur à l’Université de Bourgogne. Bienvenue, à la veille des prochaines élections, dans ce qu’il qualifie de « poli-tweet… »

Dijon l’Hebdo : Comme vous l’écrivez, la communication politique connaît une véritable révolution médiologique dans ses pratiques. Avec l’avènement du numérique politique, qu’il semble loin le temps long nécessaire à façonner la vie de la Cité !

Alexandre Eyries : « On voit bien que l’on est beaucoup plus aujourd’hui dans la gestion à chaud alors que la temporalité de la construction des idées politiques, des programmes… est un temps long. C’est, en réalité, de la communication de crise, du déminage permanent, en lien avec l’immédiateté de l’actualité brûlante. On essaye de convaincre ou de battre en brèche certaines rumeurs, comme on vient encore de le voir avec les fameux dîners de Pierre-Jean Chalançon. Twitter et les réseaux sociaux imposent aujourd’hui un temps extrêmement court, où le recul critique est absent, et où l’on fait souvent les mauvais choix ».

DLH : L’« Agora numérique » – la parenté de ce terme vous appartient – a-t-elle réellement remplacé la place publique ?

A. E : « Cela commence à se mettre en place mais l’Agora numérique est très loin de l’Agora grecque où étaient débattus les grands thèmes de la Cité dans une communication franche et ouverte, aux yeux et au su de tout le monde. L’Agora numérique dont je parle est aujourd’hui balkanisée, parcellisée, parce qu’il existe nombre de petites tribus, dirait Michel Maffesoli (ndlr : sociologue), de groupes de pensées, de réflexion qui se structurent sur les réseaux sociaux et qui font valoir certaines idées un peu marginales qu’après, parfois, les candidats de partis importants reprennent à leur compte. On l’a vu notamment avec la France insoumise qui avait repris une boîte à idées… L’Agora numérique suppose une transparence absolue, ce qui n’est évidemment pas le cas sur les réseaux sociaux, où il y a beaucoup de règlements de compte, de bashing… Pour que cela le devienne, il faudrait de la régulation de la part des GAFAM, ce qui commence à arriver comme on l’a vu pour Trump ou Maduro… mais c’est encore très timide ! »

DLH : Lors de la dernière élection présidentielle, le numérique a également participé au décollage de la météorite Emmanuel Macron et à l’avènement de Jupiter ?

A. E : « C’est clairement la stratégie du météore, du nom d’un des premiers documentaires réalisés sur le Président. C’est grâce aux réseaux numériques qu’il s’est fait connaître. N’oublions pas qu’il était ministre de l’Economie mais aussi de… la Transition numérique. C’est un homme de la génération hyperconnectée et il a parfaitement senti l’intérêt d’avoir une mise en scène soignée sur les réseaux. On lui prête énormément de choses et cela a cristallisé l’attention des pour et des contre. Sans la base numérique, sans la structuration d’En Marche numériquement, il n’en serait peut-être pas là… et aujourd’hui il y est encore très présent. Et la campagne présidentielle de 2022 a bien évidemment d’ores et déjà débuté ! »

Propos recueillis par Camille Gablo