Hamid El Hassouni : « Je dis aux jeunes, ne soyez pas tentés par les sirènes de la rue »

Adjoint au maire de Dijon délégué à la Jeunesse, à la Vie associative, à l'Education et aux Savoirs populaires, Hamid El Hassouni n'est pas un élu qui laisse insensible. Surtout l'opposition municipale qui ne l'a pas ménagé ces derniers mois notamment pour son implication dans les quartiers difficiles. Une situation qui n'affecte pas cet élu de terrain qui préfère mettre en avant l'amélioration du cadre de vie des habitants : « Nous sommes plutôt exemplaires à Dijon ». Entretien.

Dijon l'Hebdo : Depuis plus de quarante ans, la France « souffre » de ses banlieues. Le problème persiste malgré la mise en œuvre de multiples « plans ». Comment expliquez-vous que tous les programmes dirigés vers les quartiers populaires des périphéries urbaines qui se sont succédé au fil des décennies ne soient pas parvenus à apporter des solutions satisfaisantes dans le temps ?

Hamid El Hassouni : « D'aucuns diront que si rien n'avait été fait la situation serait encore beaucoup plus compliquée... Il faut y voir là un échec collectif et individuel. Au niveau politique, de nombreuses erreurs ont été commises et le pire, c'est qu'elles perdurent et le fossé s'aggrave entre les déclarations d'intention et la réalité de l'action menée sur le terrain.

En France, il existe un séparatisme qui n'est pas celui auquel on pense de prime abord. Je fais référence au séparatisme scolaire et je pense tout particulièrement à ces enfants qui côtoient les mêmes clubs sportifs, les mêmes associations, le même espace public, les mêmes copains, les mêmes immeubles et que la carte scolaire rassemble dans les mêmes établissements. Cela est bien loin de contribuer à la mixité sociale, au brassage des populations que j'appelle de mes vœux.. Voilà un sujet tabou qui n'a jamais été pris en considération par tous les gouvernements successifs depuis une quarantaine d'années. Ce système génère des ghettos. Les pauvres avec les pauvres, les riches avec les riches.

Il y a aussi la question de l'implantation de logements à loyers modérés. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il y des barbelés entre les quartiers, les départements et les régions mais comment interpréter l'attitude de riverains qui signent des pétitions pour s'y opposer sous prétexte que leurs biens immobiliers perdraient de la valeur ? Force est de reconnaître qu'il y a bien des frontières invisibles, des frontières mentales. Elles sont tout aussi douloureuses. Ce sont des sujets qu'il faut prendre à bras le corps. Réussir la rénovation urbaine, c'est une chose. Réussir à renouer, retendre le lien humain, le lien social en est une autre. Car derrière, il y a la réussite éducative, la lutte contre les discriminations, l'accès à l'emploi. Je regrette que nous ayons accumulé autant de retard. Quand on regarde bien, les politiques de la ville, avec toutes leurs caractéristiques, qui sont réservées aux quartiers populaires, sont le parent pauvre de la politique nationale. Cessons le saupoudrage et mettons sur la table les moyens nécessaires en plus d'une tranquillité publique assurée et indispensable au bien vivre ensemble ».

DLH : Et à Dijon ?

H. EH : A Dijon , dès l'élection de François Rebsamen en tant que Maire, une de ses priorités a été de rénover les quartiers et notamment celui des Grésilles. Les plus anciens habitants s'en souviennent et peuvent le confirmer. N'oublions pas qu'avant 2001, les Grésilles avaient été laissés à l'abandon et les habitants assignés à résidence... et qu'ils n'avaient pas le droit d'aller s'installer ailleurs, considérés comme des citoyens de seconde catégorie. Il est important de rappeler l'Histoire. Oui il y a eu une amélioration du cadre de vie des habitants. Nous sommes plutôt exemplaires à Dijon. 
D'aucuns oublient que dans les années 90, il existait peu ou pas de services publics, les immeubles étaient indécents, aucune bibliothèque digne de ce nom n'était ouverte, le quartier était enclavé....
Aujourd'hui, nous avons franchi un cap. Il reste bien sûr à résoudre les problèmes liés à l'emploi, aux discriminations... même si là aussi nous sommes très mobilisés ».

DLH : A votre avis pourquoi Emmanuel Macron a-t-il jeté aux orties voici deux ans le « plan Borloo » qui s'annonçait comme un levier pour « la réconciliation nationale entre la République et ses banlieues » ?

H. EH : « C'est une erreur qui entachera son mandat. Pendant la campagne présidentielle , Emmanuel Macron a parlé fort justement de « Français assignés à résidence ». Alors, en réponse à ce constat largement partagé, l'ambition de Jean-Louis Borloo était d'engager un vrai plan Marshall social. Les engagements chiffrés à 48 milliards d'euros étaient potentiellement finançables. Et surtout, ils traitaient tout ce qui touche au quotidien des habitants de ces quartiers : cohésion sociale, formation, développement de l'apprentissage, accès à l'emploi... Aujourd'hui, on paie au prix fort d'avoir écarté ce « plan Borloo » et d'avoir finalement considéré que la vie dans ces quartiers ne relevait pas d'une démarche prioritaire. C'est du gâchis. Après, il n'est jamais trop tard pour se rattraper... même si on peut être surpris, par ailleurs, par tous les cadeaux fiscaux consentis aux familles les plus fortunées. On sait bien que l'Etat ne peut pas tout faire mais qu'il n'hésite pas à s'appuyer sur les corps intermédiaires. Nous les élus locaux, nous sommes des experts du quotidien. Et nous avons notre mot à dire. Malheureusement, j'ai le sentiment que, depuis bientôt quatre ans, le dialogue est pratiquement rompu sur ces questions là.

Je reconnais quand même que le dédoublement de classe dans les Réseaux d'Education Prioritaire (Grande section, CP et CE 1) est une bonne idée qui favorise l'apprentissage des fondamentaux (lire, écrire et compter). L'idéal serait d'aller plus loin et d'étendre le dédoublement des classes jusqu'en CM 2 ».

DLH : Que faire concrètement pour reconquérir les « territoires perdus de la République » ?

H. EH : « Je suis très réservé sur cette expression de « territoires perdus de la République » car elle laisse entendre un aveu d'impuissance irrémédiable et ça je ne l'accepterai jamais. La France n'est pas un puzzle constitué de mille pièces où s'appliqueraient, parfois, en certains endroits, des règles qui ne relèvent pas du droit. Je préfère mettre en avant la forte attente des habitants de ces territoires qui demandent déjà un peu plus de considération, d'être regardés comme des citoyens à part entière et non pas comme les éternels relégués de la République. Ce sont des gens fiers, pas du tout inscrits dans une logique de destruction. Il aspirent à la réussite éducative de leurs enfants, à la qualité de leur habitat, à la tranquillité publique, et revendiquent d'appartenir à notre République. C'est une vision d'ensemble dont ils ont besoin et pas de saupoudrage au cas par cas. Pourquoi ne pas avoir un ministère digne de ce nom, dédié aux quartiers politique de la ville avec de réels moyens ? Un vrai ministre et pas un secrétaire d'Etat pour soulager la bonne conscience de certains. Le problème aujourd'hui, c'est que la confiance est rompue entre les quartiers populaires et ce qui incarne l'autorité. Du temps, il en faudra pour retisser du lien... et de l'argent. On ne peut pas gérer une nation comme une start-up et avoir une vision purement comptable. Il faut mettre des moyens exceptionnels pour réinvestir ces quartiers, remettre du service public et favoriser l'implantation d'entreprises. On ne peut plus avoir que des cités dortoir. Il faut prendre en compte ce sentiment d'abandon et faire disparaître tous ces regards compassionnels qui ne font pas avancer les choses. Du concret, voilà ce qu'il faut. Du concret ».

DLH : Tout récemment des véhicules ont été incendiés dans le quartier des Grésilles, dans votre quartier, ce qui était loin de constituer une première. Au-delà de la solidarité que vous pouvez afficher en ces circonstances, que faites-vous pour soutenir ces familles qui ont vu leur moyen de transport, leur outil de travail partir en fumée ?

H. EH : « Je veux déjà réaffirmer, avec beaucoup de sincérité, un soutien indéfectible à ces victimes à qui la vie inflige une double peine : la difficulté de joindre les deux bouts et la destruction de leur moyen de déplacement pour se rendre au travail, pour emmener les enfants à l'école, faire les courses. C'est tout simplement scandaleux. A la pauvreté s'ajoute la détresse. La mairie est évidemment à leur côté pour les aider, les soutenir dans cette épreuve. On vit là un phénomène qui peut évidemment avoir des conséquences politiques. Regardez au Brésil, c'est vrai, c'est loin de nous, ce qui a permis l'accession au pouvoir de Bolsonaro : le climat d'insécurité. En France, nous ne sommes pas à l'abri. Quand des voitures brûlent, je pose la question : à qui profite le crime ? Certains se frottent les mains devant la popularité qu'ils engrangent ».

DLH : Pensez-vous que le confinement a attisé les violences urbaines ?

H. EH : « La privation de libertés, le fait d'être, en quelque sorte, « scotchés » à leur quartier parfois délaissés des services publics sont des ingrédients qui alimentent ce climat délétère et qui en fragilisent un certain nombre. D'où des violences qui touchent la société entière. Ce n'est pas une nouveauté mais ça ne peut pas être une excuse. Il suffit de reprendre les archives pour s'apercevoir que, malheureusement, ces phénomènes ne sont pas récents. Ce qui est nouveau, par contre, c'est la concurrence malsaine qui s'installe via les réseaux sociaux où certains quartiers entrent en compétition pour savoir qui fera le plus de bruit, qui brûlera le plus de voitures, de mobiliers urbains ».

DLH : N'avez-vous pas la tentation de rendre l'État responsable de tout, surtout quand on est un élu local ?

H. EH : « On me connait. J'ai l'habitude d'aller au contact des habitants, d'agir au quotidien et de voir les choses évoluer. Sur les questions qui touchent à la tranquillité publique, on me dit parfois que la municipalité ne fait rien. Or jusqu'à preuve du contraire, l'ordre public relève de l'Etat. Pour autant, il n'est pas question de se défausser : j'ai la conviction qu'il faut qu'on avance groupé même si les compétences des uns et des autres sont clairement définies. C'est mon côté girondin, défenseur de la décentralisation, qui prend le dessus. Nous vivons sous le même drapeau et la mobilisation doit être générale. Et on gagnera en efficacité si on confie plus de responsabilités aux élus locaux. On le voit bien d'ailleurs dans cette crise sanitaire : donnons nous les moyens d'agir ».

DLH : Vous avez pourtant accusé l'Etat et le préfet de région d'avoir abandonné les Grésilles au moment de l'affaire des Tchétchènes ?

H. EH : « Cet événement sans précédent, en juin dernier, a pris tout le monde de court. Je l'ai vécu comme un séisme avec l'amer sentiment que quelque chose s'était brisé. D'avoir été abandonné. Un sentiment partagé par la population qui n'a pas compris que l'état de droit laissait la place à un désordre sans nom. Contrairement à certains propos haineux et scandaleux d'élus de la droite extrême dijonnaise, je n'ai jamais critiqué les forces de l'ordre. Par contre, le préfet, l'incarnation de l'Etat sur le territoire, c'est vrai, je l'ai interpellé. Je n'avais pas le droit de me taire. Aujourd'hui, ça va mieux. On peut dire que le lien est renoué entre la puissance publique et la population, il faut continuer à dialoguer pour mieux se comprendre ».

DLH : L'opposition municipale a même évoqué, à l'époque, l’influence de la mouvance islamiste des « Frères musulmans »...

H. EH : « Si le sujet n'était pas aussi grave, cela prêterait à sourire. La droite extrême et le Rassemblement national nous ont servi une ratatouille de mots indigestes. Est-ce que vous croyez une seconde qu'à Dijon ce sont les Frères musulmans qui dictent les règles ? A travers ces accusations immondes, infondées, M. Bichot et sa cour ont cherché à jeter l'opprobre sur un imam. Une personnalité religieuse qui, ne l'oublions pas, était présente à la manifestation pour honorer la mémoire du professeur Samuel Paty et, il y a quelques années, contre les attentats perpétrés contre Charlie Hebdo. D'ailleurs je précise que Mr Ateb a signé la charte des principes pour l’Islam de France. Faire de tels procès d'intention, c'est diffamant. La stratégie est simple : reprendre les mêmes éléments de langage et créer ainsi des passerelles entre droite et extrême droite. Il est clair qu'ils veulent jouer avec les peurs et laisser penser que le péril islamiste plane sur la ville. Comparaison n'est pas raison mais ça me rappelle l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. Certains, à droite, annonçaient les chars russes sur les Champs Elysées... ».

DLH : L'opposition municipale ne vous ménage pas. Avez-vous le sentiment d'être un élu qui dérange ?

H. EH : « Il est certain que je ne la laisse pas insensible. Je prends cela comme une forme de reconnaissance, mais je n'aime pas et n'accepterait jamais le mensonge. Je dénonce les postures politiciennes. Ca m'insupporte. Je le fais savoir quitte à déplaire. Les élus de la droite extrême, vous noterez bien que je ne les appelle pas les Républicains, qui siègent au sein du conseil municipal, me voient comme un chiffon rouge. Ils ont visiblement du mal à me voir comme un élu français, laïque, républicain et préfèrent me résumer à une zone géographique, une religion, une origine, une apparence... Les coups bas contre ma personne n'ont eu de cesse de se multiplier : allusions, non-dits, mensonges... S'ils savaient que cela me renforce dans mes convictions peut-être arrêteraient-ils leurs invectives... Dans une élection départementale, un de mes opposants s'est revendiqué comme un dijonnais de souche. Je lui ai simplement rappelé que je suis né à Dijon, le 24 août 1977, à la maternité du Bocage... Même si nos physiques diffèrent, il n'empêche que je suis français. Et fier de l'être. Ils peuvent compter sur moi pour élever le niveau du débat et ne pas tomber dans leurs pièges grossiers ».

DLH : Face à tout cela, que dites-vous aux jeunes des quartiers et à leurs parents ? 

H. EH : « Nous sommes tous des enfants de la République, des purs produits de l'école républicaine là où se forge la notion de faire société, de vivre ensemble. Je déteste le principe de « communauté ». Il n'y a qu'une communauté en France, c'est la nation. Ils ne faut pas qu'ils ressentent ce sentiment de rejet. A mon humble niveau, je peux expliquer, à travers mon parcours de vie, qu'on a la capacité à faire des choses grâce au parcours scolaire. Je connais des personnes qui ont la trentaine, la quarantaine, qui ont fait des mauvais choix et qui ont vécu des épisodes douloureux. Pendant des mois, voire des années, ils ont été privés de liberté, sanctionnés lourdement par la justice. Combien de larmes, de vies brisées ? Aujourd'hui, que de regrets. Ils avouent que si c'était à refaire, ils réfléchiraient à deux fois.

Aux adolescents, je dis : « Ne soyez pas tentés par les sirènes de la rue ». On ne peut pas exister sur les bases de rapports de force, dans la violence. C'est le mauvais chemin. Celui qui mène à rien. Qu'ils se battent pour des causes nobles, pour leur propre avenir. Qu'ils mettent leur intelligence au service du bien commun. Qu'ils rendent leurs parents heureux ».

DLH : L'école a-t-elle une part de responsabilité dans les problèmes que nous évoquons ?

H. EH : « J'ai un total respect pour les enseignants. Un maximum d'estime. On ne peut surtout pas les blâmer. Ils ont toujours été au rendez-vous de l'histoire. Ce sont nos hussards de la République, des piliers de la nation. Ils mériteraient un meilleur sort, une sincère reconnaissance de leur ministre, de meilleures conditions de travail, une revalorisation de leur salaire même si la reconnaissance ils l'ont au quotidien au travers du regard des élèves et de leurs parents. Il serait illusoire de penser que l'école peut tout régler. Que ce soit les problèmes sociaux, la pauvreté, les détresses psychologiques... ».

DLH :Pensez-vous que la solution la meilleure soit dans le renforcement de la sécurité à travers plus de rigidité et de sévérité dans les punitions ?

H. EH : « Sur ces questions là, dans un état de droit, et ce n'est pas négociable, tout acte illégal doit être sanctionné. Sinon, c'est la loi de la jungle, la loi du plus fort. Je n'ai pas envie de vivre dans ce type de société. Après, je ne suis pas forcément pour la surenchère sécuritaire prônée par certains à des fins politiciennes. La justice n'est pas laxiste. Quand on observe avec lucidité les peines infligées lors de certains procès, on ne peut pas dire que les juges font des cadeaux. Et puis, le fait de remplir les prisons est-ce l'unique réponse ? Je ne le crois pas. Et je ne pense pas vivre dans le monde des Bisounours. Regardez le modèle américain avec tout son arsenal répressif : il n'y a jamais eu autant de crimes de sang, de fusillades... le taux de criminalité a explosé. Je pense qu'il faut avoir une vision globale qui s'appuie sur plusieurs principes : tout d'abord, la prévention, et j'en profite pour dénoncer le désengagement du conseil départemental par rapport à la prévention spécialisée, à ces éducateurs qui arpentaient les rues, qui allaient au contact des jeunes pour construire des parcours d'insertion. C'est une erreur à la fois morale et politique qu'on paie cash aujourd'hui.

La première des préventions, c'est la réussite éducative. Qu'est-ce qu'on est capable de proposer à un adolescent qui traîne dans la rue, tourne en rond, passe son temps sur sa Playstation ? C'est le rôle aussi de la Mission locale dont j'assure la présidence. On a présenté récemment toute une batterie de mesures pour les convaincre de se tourner vers des formations susceptibles de leur apporter un métier. Il faut mettre le paquet sur ceux qui sont en décrochage scolaire. Chaque année, cela représente 80 000 jeunes.

Je précise quand même que je suis élu dijonnais, adjoint délégué à la Jeunesse, à la Vie associative, à l'Education et aux savoirs populaires, et, sous la responsabilité de François Rebsamen, je suis investi, à l'échelle de la commune, sur les Grésilles, mais pas seulement.
Notre engagement en direction de la Jeunesse est important. Par exemple, nous investissons 4 millions d'euros pour soutenir les MJC / Centres sociaux gérés par des associations d'éducation populaire - lieu d'apprentissage de la citoyenneté -, nous soutenons à hauteur de 13 millions d'euros, le monde associatif... La liste est longue ! Je dis simplement à cette Jeunesse : ouvrez les bonnes portes, vous avez la chance de trouver des réponses à vos questions. 

Et puis, il y a aussi un sujet qu'on évoque très peu : comment organise-t-on la sortie de prison ? Quelle réinsertion prépare-t-on pour éviter la récidive ? Sur ces questions-là, je n'ai pas le sentiment qu'on ait des réponses adaptées. Et n'oublions pas, non plus, d'avoir un soutien sans failles pour les victimes, leur faire comprendre et surtout démontrer qu'on ne les laisse pas tomber. Et sur la question de la réparation, je crois beaucoup aux travaux d'intérêt général ».

DLH : En France, les rixes urbaines entre jeunes prennent une ampleur inquiétante, entraînant la mort de certains d'entre eux. Comment décryptez-vous ce phénomène ?

H. EH : « Il y a une confrontation entre trois univers : le monde éducatif, avec ses propres règles, le foyer familial où doit prévaloir l'éducation des parents, et l'univers de la rue qui peut donner l'impression d'appartenir à un territoire, à un groupe qui peut s'apparenter à une famille à part entière. Trop souvent, le jeune est tiraillé entre ces univers et, malheureusement, les sirènes de la rue sont souvent les plus fortes. Le phénomène des bandes et leur confrontation, ce n'est pas nouveau. Ce sont les réseaux sociaux qui provoquent l'accélération de ces phénomènes qui ont pour cadre essentiellement l'Ile-de-France ».

DLH : Quel message passeriez-vous à ceux qui ne souhaiteraient plus habiter aux Grésilles ?

H. EH : « A 43 ans, je ressens toujours le même amour pour ce quartier qui m'a vu naître. J'ai fait le choix d'y rester. Car c'est inscrit profondément en moi en moi. Quand on a grandi aux Grésilles, c'est une certaine école de la vie. C'est une expérience qui m'aura servi pour m'adapter à d'autres univers. Quand on voit la description qu'en font certains, je m'empresse d'affirmer que ce n'est pas un monde à part.

Dans la vie sociale d'un quartier, il y a des avantages et des inconvénients. Ce qui me touche le plus, c'est incontestablement la qualité des relations humaines. Tout le monde se connaît. Il y a une solidarité qu'on ne retrouve pas ailleurs. Ce quartier est une véritable mosaïque multiculturelle où prévalent l'esprit village et un très fort sentiment d'appartenance. En terme d'atouts, et personne ne pourra le nier, il y a toutes les commodités, en terme d'accessibilité, de transports, de pratiques sportives, culturelles... J'ai envie de dire à ces personnes qui souhaiteraient le quitter : « Si vous avez un réel attachement à ce quartier, restons côte à côte. Travaillons ensemble. Les difficultés ne sont pas insurmontables car unis on a les moyens d'agir ».

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre