50 ans après sa mort : De Gaulle, l’héritage…

9 novembre 1970. Colombey-les-deux-Eglises. L’esprit du Général de Gaulle s’échappe à jamais par delà la prairie qui entoure la demeure familiale de la Boisserie. Très vite le premier choc passé – Georges Pompidou est alors Président de la République - la classe politique l’assoit à droite de la droite de Dieu le Père, à deux nuages de Churchill et de Clémenceau. Six ans plus tard, Jacques Chirac en fait le porte-drapeau d’un RPR flambant neuf. La Gauche française de l’époque a, elle, sous le coude son duo d’Etres Suprêmes en la personne de Léon Blum et celle de Jean Jaurès.

Grand bond en avant, et nous voilà en 2020 : Emmanuel Macron s’en est allé – Covid oblige – commémorer dans la plus extrême simplicité dans le bourg de Haute-Marne le cinquantenaire de la mort du Grand Charles. Que reste-il aujourd’hui de l’œuvre politique de cet homme visionnaire, résistant providentiel et diantrement iconoclaste ? Que reste-il de cet homme d’Etat qui fit basculer la France dans la modernité parce qu’il eut longtemps un coup d’avance sur l’échiquier mondial, mais que Mai 68 blackboula douloureusement ? Demeure donc une 5ème République qui - souvent vilipendée pour son autocratisme - plie mais ne rompt pas. Et des institutions afférentes qui, faute d’avoir été réadaptées aux temps actuels, flirtent aujourd’hui dangereusement avec la… chienlit. Oui, la chienlit, vocable créé précisément par notre grand homme audacieux jusque dans la sémantique, au grand dam d’ailleurs des élus ou de la presse de son époque.

Que reste-il encore de l’héritage politique de l’Homme du 18 juin pour les générations des années 2020 ? Sans conteste la légende d’un illustre Insoumis récupérée par toute la classe politique du RN à la République en Marche en passant par les derniers mohicans socialos ou cocos. Seuls les Verts le boudent, tant ils sont en culture hors sol et sans racines patrimoniales… En tout cas, Macron pas plus que Mélenchon ne sont prêts à faire descendre le Général de son pied d’estale dans la perspective des Présidentielles de 2022 : le premier, car il s’en approprie l’esprit providentiel, et le second, car il accapare l’aura d’un Insoumis légendaire face aux troupes d’Hitler. Face également à la haute administration et au trésor américains, et ce, dès 1944/45. Années, où le général De Gaulle décida l'interdiction de la circulation sur le territoire français des « billets drapeau » émis aux USA !

Aujourd’hui où notre culture est en voie de paupérisation – et pas seulement sur le plan monétaire du fait de la Covid 19 -, il est bon de rappeler un fait d’importance porté contre vents et marées par le créateur de la Ve République : il avait osé faire d’André Malraux un ministre de la Culture hors normes et prompt à la vaticination. Il y a loin de la sympathique et somme toute de la très classique Roselyne Bachot… Enfin, De Gaulle était tout, sauf un dépanneur au petit pied, ou un vétérinaire urgentiste pour ses compatriotes qu’il qualifiait à l’occasion de « veaux » !

Cette grandiose épopée gaullienne incite à méditer sur la marche contemporaine du monde, principalement à l’orée de l’entrée en scène d’un Joe Biden sans épaisseur. Quant aux coups de gueule des Néron et Héliogabale de l’An I et de l’An II de la Covid – Trump, Erdogan, Kim Jong-Un ou Mélenchon etc –, ils ne sont pas dignes de figurer dans les annales de l’Histoire en devenir…

Marie-France Poirier