Champ de bataille sémantique : Laïcité versus séparatisme ?

Qui est réellement Sophie Pétronin, 75 ans, tête voilée à sa descente du Falcon affrété par la France sur le tarmac de Villacoublay ? En refusant de qualifier ses ravisseurs de djihadistes, en annonçant s'être convertie à l'islam pendant sa détention, Sophie Pétronin a suscité le trouble, quand ce n’est pas une virulente polémique. Est-elle victime du syndrome de Stockholm ? On comprend que l’affaire ait gêné Emmanuel Macron aux entournures, lui qui était venu l’accueillir après sa libération par la junte militaire au pouvoir au Mali. On le vit contraint de remettre l’allocution qu’il avait prévue dans la poche, mouchoir par-dessus. Quel couac ! Pourquoi n’avait-t-il pas été averti de cette conversion ? Les services de renseignement n’en avaient-ils rien su ou rien dit ? En tout cas, Sophie Pétronin a créé une situation d’une lourde ambiguïté. D’autant que son arrivée sur le sol français bénéficiait d’une couverture médiatique XXXL (1).

Remiser ou réviser ses propos semble en passe de devenir le lot du Président de la République. Ainsi, début octobre – c’était aux Mureaux - Emmanuel Macron prononçait un discours sur le séparatisme islamiste. Le ton était martial et la teneur sans équivoque. Le chef de l’Etat est alors entendu 5 sur 5 par une majorité de Français, lorsqu’il désigne l’ennemi à combattre sur le sol français : l’islamisme radical - grand pourvoyeur de terroristes. Le projet de loi semble donc parti sur des chapeaux de roue. Les réactions des opposants au chef de l’Etat sont alors plutôt mesurées. Marine Le Pen se range presque (?) derrière Emmanuel Macron qui, affirme-t-elle, vient de lancer « certaines mesures allant dans le bon sens ». C’est dire !

Chez les Républicains, rien de très virulent non plus. À gauche, le Parti socialiste se borne à regretter le manque de mesures sociales pour s’attaquer aux discriminations – puissant propulseur de l’islamisme radical. Seuls, Jean-Luc Mélenchon et son cercle rapproché manifestent leur hostilité à ce texte de loi, laissant entrevoir une fois encore les liens troubles qu'entretient La France Insoumise avec l'islamo-gauchisme. Tareq Oubrou, imam et recteur de la mosquée de Bordeaux - exégète remarquable - figure d’ailleurs parmi les premiers responsables religieux à accorder son agrément aux propos de Macron. Et de dénoncer, avec une autre poignée de dignitaires musulmans, le financement de mosquées ainsi que la formation d’imams par des puissances étrangères, telles que la Turquie, l’Arabie Saoudite, le Qatar etc.

Alors quelle mouche a piqué notre Président, qui semble pencher sur une deuxième mouture du projet de loi, évitant l’emploi du terme de « séparatisme » pour en recentrer les dispositifs autour de la laïcité ? Ce qui aboutirait à une « loi renforçant la laïcité et les principes républicains ». Entrerait-on à nouveau dans un univers rhétorique « d’objets non identifiés » ? Et assisterait-on au renoncement de toute refonte fondamentale des stratégies à l’école, dans les quartiers dits « sensibles » ainsi que dans les sphères border line de notre corps social, politique et religieux ? Au ministère de l’Intérieur, on assure que le titre de loi définitif n'est « pas acté » et fait encore l'objet « de multiples réunions de travail entre le ministère de l'Intérieur et l'Élysée ». Il est temps de se remémorer cette phrase écrite par Albert Camus l’Algérien et qui ne se résume pas à « l’Etranger » : « Oui, j’ai une patrie, la langue française ». L’école, puis la bibliothèque municipale de son adolescence lui avaient appris à aimer les mots, à s’imprégner de la réflexion de nos grands auteurs, à admirer notre culture tout en la réinventant d’un ouvrage à l’autre, une fois parvenu à l’âge adulte. Il a prouvé maintes fois dans ses prises de positions politiques qu’il entendait «vivre en homme libre qui refuse d’exercer ou de subir la violence ». Au chef d’Etat de nous dire une bonne fois pour toutes quel modèle de société sera choisi pour constituer la moelle épinière de la future loi. Future loi, qui n’aurait rien à gagner de butter sur la notion aussi évidente qu’essentielle de « séparatisme »…

Marie-France Poirier

(1) « Pour le Mali, je vais prier et implorer la bénédiction d’Allah, parce que je suis musulmane. Vous dites Sophie, mais c’est Maryam que vous avez devant vous », a déclaré Sophie Pétronin aux journalistes.