Sous l’effet de la crise et accélérée par Internet, une tendance s’affirme, qui amène à partager, échanger, prêter, troquer. Il s’agit de consommer malin, en faisant du préfixe « co » la base d’une nouvelle économie relationnelle et sociale. Le retour de la « vraie vie » accentuera encore ce mouvement. Petite revue de détail…
Notre époque redécouvre le sens du partage et de la solidarité, par nécessité (crise oblige) mais pas seulement. Car le « co » va être la tendance des années à venir. Ce préfixe signifiant « avec » (cum en latin) a le vent en poupe, donnant un sens nouveau à des usages qui battent en brèche l’individualisme ambiant. C’est sur la Toile, où il est beaucoup question de pratiques collaboratives, que s’invente cette société renforçant les liens et optimisant les ressources. Flaubert avait raison : « Ce ne sont pas les perles qui font le collier, c’est le fil ! ». Les sites promouvant le co-voiturage, les achats groupés et l’échange de services sont emblématiques de cette tendance. On se distancie, mais le corps y est. Et vient toujours un moment où l’on paie un peu de sa personne…
Est-ce que l’avènement du « co » va succéder au règne de l’ego ? A l’individualisme et au gaspillage qui ont prévalu ces dernières décennies, succède une « consom-action » altruiste et raisonnée, alors que la démarche « éco » (pour « écologique » et « économique ») s’impose elle aussi par la force des choses. Notre époque est en train de retrouver le sens du partage. Là où longtemps, il était naturel de la jouer solo, désormais, il est bon d’être plusieurs.
Car de plus en plus, on partage, on emprunte (et donc on prête), on échange, on troque, faisant la part belle à des relations alternatives. On a trop consommé, trop jeté, trop gaspillé, de manière insouciante. Un sursaut récent face à l’urgence écologique, une réaction devant la crise, les effets introspectifs du confinement, tout cela mis en mouvements par les formidables ressources d’Internet, on en vient à reconsidérer un modèle qui a vécu. Et il est des tendances révélatrices d’un changement de mentalité et impactant les modes de vie.
Ainsi en va-t-il de la colocation. Celle des étudiants (immortalisée par le film L’Auberge espagnole) devrait se généraliser dans les années à venir. De même, des expériences-pilotes sont tentées ici ou là, qui consistent à faire vivre ensemble un(e) étudiant(e) et une personne âgée.
Par extension, l’explosion des taxes et frais d’entretien domestiques, conjuguée à l’inexorable érosion du système des retraites et au vieillissement de la population amèneront de plus en plus de nos concitoyens, demain, à « co-vivre », en partageant leur toit et tout ce qui va avec. Les mères célibataires, les groupes d’amis et les communautés de seniors opteront de plus en plus pour ce mode de vie, faisant la part belle au « co », encore. Car on partage alors les frais, mais aussi les objets domestiques, l’électroménager, les petites joies et les petits soucis, les confidences, les tensions, bien sûr aussi. Mais à la clé, non plus de la solitude, mais du collectif, du cœur ; et encore des « co »…
Les mentalités évoluent, indéniablement. La crise du Covid est passée par là, qui en nous sédentarisant, nous à amener à reconsidérer beaucoup de choses, en pensant « malin ».
N’oublions pas que c’est d’abord le mot « communauté » qui commence par « co » ; comme concorde et convivialité, aussi. Et finalement, on s’aperçoit que l’axiome des anthropologues se vérifie, selon lequel dans les échanges sociaux réussis, « les liens prévalent sur les biens ». Et la valeur n’est pas que marchande.
Bref, les petits périmètres individuels explosent, et la propriété individuelle est relativisée. Le bonheur est dans le prêt, et il n’y a pas d’âge pour le partage. Une résille d’associations ou de coopératives tisse leur toile, bien aidées par celle-ci, qui relaie les initiatives individuelles, pour leur permettre d’éclore en réseau et d’avoir des implications concrètes dans la vraie vie. Les sites de troc ou de ventes d’objets d’occasion sont devenus des phénomènes qui dépassent leur dimension d’abord économique, pour avoir des implications citoyennes et sociales, étudiés par les sociologues. Un système est remis en question, contrebalancé par un autre qui voit les gens échanger, humainement autant que matériellement. Un nouvel altruisme, parfois intéressé, toujours pragmatique, vient d’éclore, toute contre attente. Même à bonne distance, on peut être proches, par une collaboration cordiale et confiante. « Co » quand tu nous tiens…
Pascal LARDELLIER





