Vincent Martin : « Il faut de la solidarité dans la crise et… dans la reprise ! »

Président de la Fédération régionale des travaux publics de Bourgogne Franche-Comté, Vincent Martin a été omniprésent, depuis le début de la crise sanitaire, pour faire plier le gouvernement quant à sa position sur l’activité des TP durant le confinement. Dans le même temps, son groupe Roger-Martin a donné l’exemple en matière de solidarité en faisant don de 8000 masques au CHU Dijon Bourgogne. Interview d’un « grand patron… » qui se tourne déjà vers l’après…

Dijon l’Hebdo : Il vous a fallu multiplier les prises de position pour que le gouvernement et les entreprises des travaux publics soient enfin en phase sur les mesures d’urgence…

Vincent Martin : « Le bras de fer a été rude. On ne peut pas dire à un pays « vous restez chez vous confiné » tout en précisant, dans le même temps, aux TP, « vous continuez de travailler ». Vis-à-vis de tous les chefs d’entreprise et l’ensemble des salariés, je maintiens que nous avons bien fait de faire bloc. Dans notre cas précis, nous pouvons certes conserver une activité d’urgence, indispensable à la sécurité publique – nous n’avons pas attendu la crise sanitaire pour la mise en place des systèmes d’astreinte – mais il en allait de notre responsabilité de préserver nos salariés et nos entreprises afin de mieux repartir demain. J’ai aussi alerté l’ensemble des collectivités territoriales afin de leur demander de suspendre les travaux – j’ai eu majoritairement de bons retours des présidents d’EPCI (établissement public de coopération intercommunale), des communautés de communes et des Départements, qui nous ont soutenus »

DLH : Comment pensez-vous pouvoir éviter la crise économique, véritable corollaire de la crise sanitaire ?

V. M. : « Je me projette maintenant sur l’après et sur le redémarrage. Je sensibilise les pouvoirs publics sur le fait qu’il faudra laisser de la latitude, en matière de réglementation et de législation du travail. Les choses évoluent déjà en ce qui concerne les heures supplémentaires mais il faudra laisser aux employeurs des possibilités sur les congés. Chaque année, la France s’arrête au mois d’août et cette année elle s’arrêtera vraisemblablement du 15 mars au 30 avril. Aussi faudra-t-il mettre les bouchées doubles à la reprise et casser certains verrous. Il faudra nous laisser des latitudes pour que l’on puisse rattraper le temps perdu et travailler davantage. Et ce, afin de sauver l’économie de nos entreprises. Confinés 4 à 6 semaines, nos salariés, qui sont aujourd’hui reconnaissants des décisions que nous avons prises, auront envie et besoin de travailler ».

DLH : « Le jour d’après, ce ne sera pas un retour aux jours d’avant ! », a prophétisé le président de la République, Emmanuel Macron. Quels changements préconisez-vous ?

V. M. : « Notre rôle de chef d’entreprise est de minimiser la casse. Nous avons une responsabilité vis-à-vis de la santé et de la sécurité de nos salariés mais nous avons aussi une responsabilité sur le plan économique : c’est à dire que nous ne pouvons pas mettre à plat nos entreprises. Il faut prendre des bonnes décisions afin que la situation sur le plan économique ne soit pas catastrophique. Après avoir protégé nos salariés, il faut dorénavant se positionner sur l’après. Il faut préparer les précautions sur le plan sanitaire et il faut aussi préparer la reprise, avec les donneurs d’ordre et les pouvoirs publics avec qui nous travaillons à 70%. Si tout le monde agit ainsi sur le territoire, si l’on ne s’arrête pas au mois d’août, alors nous arriverons tous ensemble à redresser le pays ! Il faut à la fois de la solidarité dans la crise mais aussi dans la reprise ».

DLH : Ainsi les entreprises des TP ne sont en aucun cas « défaitistes » comme vous l’avait reproché la ministre du Travail Muriel Pénicaud…

V. M. : « J’ai été très choqué par les propos tenus par la ministre du Travail qui nous a dit que nous avions manqué de civisme et que nous étions défaitistes parce que nous refusions de reprendre le travail. J’estime que de leurs tours à Paris ils ne voient pas les choses : faire partir 3 à 4 personnes par fourgon c’est un peu du suicide. Ces propos étaient inacceptables ! Nous ne sommes pas là pour profiter ni de la situation ni des deniers publics comme elle a aussi pu le dire. Nous avons mené des réflexions très sérieuses dans nos entreprises et avons opté pour un mix de l’activité partielle et des congés… »

DLH : En matière de solidarité, le groupe que vous pilotez, Roger-Martin, a également donné l’exemple avec un don important de masques au CHU… La sortie de crise ne peut-elle, selon vous, que passer par la solidarité ?

V. M. : « Bien sûr ! Je ne tiens pas un discours et pratique le contraire. Ce n’est pas mon habitude. La solidarité collective et le don de masques étaient une nécessité. Nous avions des stocks datant de la grippe H1N1 et nous les avons tout de suite offerts au CHU qui en avait grandement besoin. Nous venons également de nous associer avec la société Stand 21 et Romain Morizot qui fabriquent des masques, afin de les déposer dans les EHPAD. Nous sommes dans la chaîne de manœuvre de la solidarité. Tout ce que l’on peut faire, on le fait ! »

Propos recueillis par Camille Gablo