Le DFCO a fait deux dons de 100 000 euros chacun aux CHU de Dijon et de Besançon. Dans le même temps, le club emblématique de la capitale régionale – et bien plus largement – multiplie les gestes. A l’instar de la livraison de viennoiseries aux premiers défenseurs qui œuvrent pour stopper le Covid-19 : le personnel soignant. Tout en expliquant que « l’élan général de solidarité ne peut que faire chaud au cœur », le président Olivier Delcourt nous annonce vouloir aller encore plus loin. En s’appuyant sur la notoriété du club, il prévoit de lancer une collecte au profit du CHU. Interview d’un président qui a décidé de mouiller le maillot afin que le collectif soit au rendez-vous pour « remporter la victoire tous ensemble contre le Covid-19… »
Dijon l’Hebdo : 100 000 € pour le CHU Dijon Bourgogne, la même somme pour celui de Besançon… vos gestes ne sont pas passés inaperçus !
Olivier Delcourt : « Nous avons, en effet, fait ces gestes en direction des deux CHU de la Bourgogne Franche-Comté. Il était difficilement concevable de ne donner qu’à l’un des deux. La maladie est partout. Aussi était-il normal de le faire à Dijon et si l’on peut aider un peu plus nos collègues de Besançon aussi on le fait également. C’était important… Beaucoup d’autre clubs aident aussi ! Un élan important de solidarité s’est manifesté depuis le début de la crise et cela fait chaud au cœur. J’espère qu’une fois que l’on sera sorti de ce sale virus cela continuera. Nous avions avant une société où l’égoïsme et l’individualisme étaient omniprésents. Si l’on retrouve après des valeurs de solidarité, d’entraide, ce sera important ! »
DLH : Vous attendiez-vous à de tels messages de remerciement, visibles notamment sur les réseaux sociaux, de la part du personnel hospitalier ?
O. D : « Le principal, c’est le mérite, le courage de toutes ces personnes que cette crise met en pleine lumière : des infirmières aux brancardiers, en passant par les cuisiniers… Nous ne découvrons pas les difficultés qui frappent le milieu médical. Quand l’on sait que le CHU de Dijon, pour être en relation avec lui, représente plus de 7 500 salariés et nombre de métiers différents. Je pense aussi à toutes les personnes qui contribuent à ce que l’on ait un confinement que je qualifierais plutôt d’agréable. Même si c’est compliqué, il faut que l’on arrête de se plaindre parce qu’en France nous avons tout de même des conditions de confinement assez idéales. Nous avons de quoi manger, se chauffer, téléphoner, regarder la télévision, réaliser des skype… Je pense aux caissières, aux gendarmes, aux éboueurs, à mes salariés qui travaillent sur des chantiers d’urgence avec la SNCF (1), etc. La moindre des choses que l’on doit à tous ces gens-là, c’est de rester confinés et de respecter les règles de manière à ce que l’on s’en sorte le plus vite possible. C’est le principal. Sinon c’est un manque de respect vis à vis de toutes ces personnes qui font beaucoup pour nous ! »
DLH : En partenariat avec la boulangerie dijonnaise « Du pain pour demain », vous avez également fait le choix d’offrir des viennoiseries au personnel du CHU Dijon Bourgogne…
O. D : « Nous avons un boulanger qui faisait des petits déjeuners pour les joueurs au DFCO tous les matins. Les salariés du club ont eu cette idée. Cela s’est déjà déroulé trois fois. Nous avons décidé de leur livrer 3 600 croissants, pains au chocolat avec des petits messages d’encouragement. C’est un clin d’œil mais si on peut, comme beaucoup, beaucoup de gens, manifester notre solidarité, nous le faisons. Je vous donne un exemple de cette solidarité : j’avais des salariés qui travaillaient dimanche soir sur un chantier d’une entreprise à Longvic. Celle-ci nous a donné du liquide pour désinfecter. Une façon pour eux d’apporter leur pierre à l’édifice et d’aider les sociétés qui interviennent. Des personnes réalisent des masques, etc. Tout cela fait, comme je le disais précédemment, vraiment chaud au cœur ! »
DLH : Et dans cette période anxiogène, cela peut apporter aussi un véritable réconfort…
O. D : « Nous ne sommes tout de même pas rassurés par rapport à ce que nous connaissons actuellement. Celui qui n’a pas peur est soit un inconscient soit un imbécile ! Il faut vraiment faire très attention afin que cela se désengorge au niveau des hôpitaux, des CHU et que l’on sorte le plus vite possible de cette crise sanitaire. Il ne faut pas que tous les efforts que l’on a déjà faits depuis le début soient gâchés par des comportements qui redeviennent justement individualistes ! »
DLH : Vous félicitez-vous aussi des messages solidaires adressés par vos joueurs ?
O. D : « Oui, cela fait plaisir. J’ai les joueurs toutes les semaines au téléphone afin de prendre de leurs nouvelles. Ils vont bien. Evidemment, ils ont hâte de retrouver les terrains, la vie normale. Mais ils sont comme l’ensemble du club : ils sont solidaires. Certains ont tendance à vouloir diaboliser le milieu du football mais il est tout à fait normal. Les gens sont proches des autres. Je sais que mes joueurs sont très concernés par cette crise. Ils ont cautionné et ont été très contents de cet élan de solidarité envers les deux CHU. Et nous allons très prochainement organiser une collecte entre le DFCO et le CHU à destination de l’établissement hospitalier. J’ai très rapidement un rendez-vous téléphonique afin de pouvoir la mettre en place. Si on peut se servir de la notoriété et du rayonnement du club afin d’avoir des dons supplémentaires, ce sera une bonne chose. Ce que l’on a versé, c’est bien, mais cela reste encore une goutte d’eau dans l’océan ».
DLH : Pouvez-vous nous dire quel modus operandi vous avez arrêté pour le fonctionnement du club depuis le début du confinement ?
O. D : « Le DFCO est une entreprise, aussi avons-nous fait comme toutes les autres. 95% du club a été mis progressivement au chômage partiel. Nous avons éclusé les congés payés, les récupérations, toutes ces choses-là, afin d’essayer d’optimiser le plus possible et de faire en sorte que cela coûte le moins cher à l’Etat. Il faut que toutes les entreprises soient très raisonnables et il est nécessaire d’utiliser seulement ce dont l’on a réellement besoin, avec toutes les aides qui ont été débloquées rapidement par le gouvernement. Je tiens à saluer ces actions car, sans les aides gouvernementales, cela aurait été très compliqué ! Par rapport à cela, je tiens tout de même à redire qu’en France nous avons beaucoup de chance par rapport à cette crise. Ce n’est pas dans tous les pays la même chose et les entreprises ne sont pas partout traitées de la même façon ! Sachez aussi qu’il reste quelques personnes qui travaillent encore au club pour que cela continue de fonctionner. Je pense notamment à la comptabilité afin de faire les payes, les déclarations… Et il y a un rude travail dans ce domaine, je salue au demeurant toutes les entreprises comptables qui sont mises à rude épreuve ! Tout le reste est à l’arrêt ».
DLH : Comment vos joueurs peuvent-ils garder la forme ?
O. D : « Les joueurs s’entretiennent mais entre s’entretenir et s’entraîner ce n’est pas la même intensité. Ce n’est pas la même chose. Ce sont des joueurs professionnels et leur corps est, si je puis me permettre l’expression, leur outil de travail. Il faut faire le nécessaire, faire attention, manger équilibrer et continuer de s’entretenir. Après, si l’on reprend le championnat – je dis bien si… car, pour le moment, on en est loin ! – une période qualifiée de reprise de 2 à 3 semaines sera nécessaire avant de retrouver la compétition. Il nous reste encore 10 matches à faire pour finir le championnat mais la priorité pour moi aujourd’hui est de se sortir de cette pandémie, de ce virus, de voir les chiffres des décès baisser, de voir les hôpitaux et les CHU se vider, de voir nos soignants retrouver une certaine sérénité… »
DLH : Le DFCO a-t-il été touché par le Covid-19 ?
O. D : « Il y a eu un salarié frappé et il s’en est sorti. En ce qui concerne les joueurs, le staff, nous n’avons pas eu de souci mais nous ne sommes pas à l’abri. Cela peut tomber sur n’importe qui, n’importe quand malheureusement ! Après, il faut aussi regarder les chiffres des gens qui s’en sortent. Ce n’est pas parce qu’on l’attrape qu’on est fichu. Heureusement ! »
DLH : Quel message souhaiteriez-vous adresser dans cette période compliquée à l’ensemble de vos supporteurs, qui, pour l’instant, doivent se contenter à la télévision d’anciennes retransmissions sportives ?
O. D : « On se fait tous des rétrospectives sportives à la télé. J’ai adressé une lettre à chacun des abonnés et des partenaires du club pour leur dire que nous ne les oublions pas, que la période est compliquée et que l’on a hâte de les retrouver à Gaston-Gérard. Le principal, c’est de les retrouver tous en bonne santé ! Il faut aussi que l’on puisse les accueillir dans des conditions sanitaires idéales, sans risques. Le maître mot, pour moi, c’est : il est urgent d’attendre ! Il faut être patient et cela finira par payer à un moment donné. Cela commence légèrement à baisser mais il ne faut pas s’enflammer. C’est comme un match, cela dure 92, 93, 94 mn. Et nous l’avons vécu, nous nous sommes déjà faits remonter à la dernière seconde. Il faut le jouer jusqu’au bout et nous gagnerons ce match contre le Covid-19 ! C’est tous ensemble, unis, que nous remporterons la victoire ! »
Propos recueillis par Camille Gablo
(1) Olivier Delcourt est le Pdg de la société DVF (Dijonnaise de voies ferrées)





