Rémy Heyte : « Nous sommes en plein dans les nouveaux métiers ! »

Avec pas moins de 3000 stagiaires par an et le panel de formations qualifiantes le plus important du département, le Greta 21 est incontournable. L’adéquation dont il fait preuve avec le besoin des entreprises mais aussi la recherche permanente de la qualité ne sont pas étrangères à son rayonnement. Sans omettre l’équipe qui le dirige, pilotée, depuis la rentrée dernière, par le nouveau proviseur du lycée des Marcs d’Or, Rémy Heyte. Interview d’un président qui inscrit pleinement cette institution dans le XXIe siècle tout en s’appuyant sur les valeurs fortes qui la caractérisent depuis sa genèse, à l’instar de la fraternité.

Dijon l’Hebdo : Quelle a été votre stratégie depuis que vous avez pris la présidence du Greta 21 ?

Rémy Heyte : « Je me suis inscrit dans la continuité du travail engagé depuis de nombreuses années par mon prédécesseur, Michel Gey, avec l’équilibre de l’offre de formations entre le public et le privé, le positionnement sur des filières de niche… Nous restons attractifs et compétitifs afin de répondre au mieux aux appels d’offre et contribuons, à notre mesure, à l’insertion des gens les plus éloignés de l’emploi ou de la formation. Et ce, avec la fraternité chevillée au corps, l’une des valeurs essentielles du Greta 21. C’est par exemple l’une des raisons pour lesquelles nous sommes très présents en ce qui concerne l’accompagnement des migrants et des primo-arrivants par le biais de la formation en FLE (Formation langues étrangères) avec la Ligue de l’enseignement ».

DLH : Le Greta 21 représente le premier Greta de Bourgogne Franche-Comté pour la part du chiffre d’affaires obtenue auprès de la sphère privée. Quels sont les secrets de votre réussite ?

R. H. : « Nous sommes à 50/50 dans la répartition de ce chiffre d’affaires et nous sommes très vigilant afin de maintenir cet équilibre. Nous sommes attentifs et à l’écoute des besoins des entreprises. Nous suivons les nouvelles tendances ou les accompagnements nécessaires au sein des entreprises qui émergent ou qui rencontrent des difficultés. Nous avons une cellule veille qui étudie chaque jour l’actualité du monde socio-économique de Côte-d’Or. Cela nous permet de répondre à des besoins particuliers. Cela a toujours existé historiquement, avec la maroquinerie en Haute Côte-d’Or puis le contrôle non destructif (ndlr : le groupe Vallourec). Cela s’est poursuivi avec la géo-détection en partenariat avec la FRTP dans le cadre du Pôle d’excellence des travaux publics de la Bourgogne Franche-Comté ou encore avec les industries graphiques à Beaune. Je pourrais citer également, dernièrement, le fluvial à Saint-Jean-de-Losne, où l’une de nos conseillères en formation continue a mis en place un bac pro maintenance fluviale (maintenance mécanique sur les péniches). Nous nous sommes aperçus qu’une déclinaison pouvait se faire autour de cette thématique et des métiers connexes inhérents au tourisme fluvial : l’hôtellerie-restauration sur un bateau, accompagnateur de tourisme… »

DLH : Vous avez également répondu présent en ce qui concerne l’explosion du numérique et des filières liées à l’innovation…

R. H. : « Nous sommes en plein dans les nouveaux métiers en lien avec la digitalisation. Nous ouvrons une licence Développeur multimédia, Webdesigner et Concepteur multimédia tous supports au lycée du Castel. Depuis la rentrée de septembre dernier, nous proposons également au lycée Hippolyte-Fontaine une licence Énergie et Développement durable, option Smart City. Nous sommes là aussi en plein dans l’innovation. Je n’oublie pas non plus la formation fibre que l’on met en place avec le CFA du Bâtiment. Sachez également que nous développons, dans le même temps, les outils numériques pour accompagner les parcours des stagiaires. Nous serons l’un des premiers Greta dotés d’un outil de positionnement et d’accompagnement des stagiaires. Cette application appelée ok greta21, dans l’esprit ok google, permettra à chacun d’entre eux de savoir, à chaque instant, où ils en sont. Celle-ci permettra également aux formateurs d’évaluer et d’aménager leurs parcours en fonction de leur niveau d’entrée et de leur acquisition de compétences. Ce sera une véritable plus-value pour l’ensemble des stagiaires avec une vraie visée d’individualisation de la formation, ce qui est de plus en plus demandé notamment lorsque nous répondons à des appels d’offre. Nous travaillons actuellement afin que cette nouvelle application soit opérationnelle à la fin du premier semestre ».

DLH : Pourquoi la tendance est-elle à l’individualisation de la formation ?

R. H. : « C’est lié à la nouvelle politique en terme de formation où l’on nous demande de plus en plus d’ouvrir des centres permanents. Précédemment, nous fonctionnions essentiellement par sessions comme tous les organismes de formation. La finalité reste l’obtention d’un titre professionnel, d’une certification qualifiante ou d’un diplôme mais nous modularisons dorénavant beaucoup plus la formation. Le stagiaire peut ainsi valider des modules comme à l’Université. L’idée est d’entretenir la persévérance et l’appétence des stagiaires, notamment des demandeurs d’emploi, en ne se lançant pas sur des projets forcément à long terme où, parfois, certains peuvent s’essouffler. Cela évite les décrochages. Sachez également que nous avons créé au 1er janvier un nouveau poste de chargé de mission en charge de la persévérance au sein de la formation. Celui-ci remobilise ceux qui ont du mal à rester en selle. Nous avons le numérique mais aussi l’humain, parce que nous n’oublions jamais l’humain qui est centre de toutes nos préoccupations ! »

DLH : Vos plateaux techniques sont-ils encore reconnus comme les meilleurs de l’Hexagone ?

R. H. : « Nous avons été audités pour la nouvelle réglementation liée au CACES pour la conduite d’engins de chantier. Nous avons été certifiés en fin d’année 2019 et d’après l’auditeur nous disposons de l’un des meilleurs plateaux à l’échelle nationale. C’est grâce au lien fort que nous entretenons avec la FRTP. Nous avons d’ailleurs signé une nouvelle convention avec cette fédération au mois de janvier à l’occasion des vœux du président Vincent Martin ».

DLH : Le Greta 21 a toujours tissé des liens forts avec les entreprises. Pouvez-vous nous en citer quelques-unes avec qui vous œuvrez au quotidien ?

R. H. : « Nous avons Enedis comme tête de pont, les majors des Travaux publics et du Bâtiment, l’entreprise de luxe de maroquinerie, toutes les usines de la Metal’Valley, Magyar à Fontaine-Française, toutes les entreprises de l’industrie graphique sur le bassin beaunois… Vis à vis des entreprises, la clef est le réseautage. Mais c’est aussi vrai avec les organismes de formation historiques. Nous avons le DAQ (Dispositif d’accès à la qualification) élaboré dans un esprit de collaboration où, plutôt que se positionner comme concurrent, nous œuvrons à la mutualisation afin de construire des dispositifs plus agiles, parce que nous avons chacun notre spécificité. Nous sommes ainsi en mesure de proposer un panel beaucoup plus important de parcours ».

DLH : Comment avez-vous relevé le défi de l’apprentissage qui est dorénavant confié par décret aux Greta ?

R. H. : « Au sein de l’Académie de Dijon, le CFA restera mais en complémentarité du réseau des Greta. Nos conseillers en formation continue ont aussi pour mission de promouvoir l’apprentissage. Lorsque l’on s’adresse aux entreprises, notre cœur de métier est, au départ, de proposer des contrats de professionnalisation pour la préparation du diplôme mais nous sommes en mesure de répondre positivement à celles qui préfèrent la voie de l’apprentissage. La loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel a aussi changé la donne et a fait qu’entre ces deux possibilités la différence est dorénavant ténue ».

DLH : Les officines privées de formation s’étant développées à vitesse grand V ces dernières années, et, de facto, la concurrence, vous avez fait de la qualité votre meilleur argument. Comment faites-vous ?

R. H. : « La qualité est culturelle au Greta 21, en terme de traçabilité, de documents, de suivi. Nous faisons un gros travail au quotidien sur la qualité. Et Michel Gey a été visionnaire avec les commissions qu’il a mises en place, dont celle en charge de ce point plus spécifique. Très vite, il a fait labelliser des formations Iso 9001, et cette certification permet de répondre à beaucoup de critères du nouveau référentiel… »

Propos recueillis par Camille Gablo