Pour mieux comprendre le mouvement de grève des avocats

La réforme des retraites agite bon nombre de catégories socio-professionnelles. Nous avons reçu sur ce sujet un courrier d'une avocate dijonnaise que nous publions au regard de la pertinence de son contenu.

« En janvier 2000, j’ai enfilé, pour la première fois, la robe d’avocat. Je suis toujours très fière de la porter afin d’assister, de protéger et de défendre mes clients dans le cadre de procédures judiciaires longues, complexes et parfois impitoyables. 

Mais aujourd’hui, ma profession est menacée. 

Vous l’aurez peut-être remarqué, depuis lundi, l’ensemble des barreaux français est en grève. 

C’est du jamais vu ! Cette semaine de Caen à Marseille, de Strasbourg à Lorient en passant par Paris, Tour, Limoges, Dijon, Draguignan etc … des milliers d’avocats ont stoppé leurs activités et mènent des actions pour pouvoir continuer leur activité, celle de défendre chaque justiciable, quel qu’il soit. 

En effet, notre régime de retraite autonome est remis en question par le projet du gouvernement, ce dernier voulant, sans écouter nos arguments, nous intégrer au régime universel. 

Le régime autonome des avocats, c’est quoi : 

- c’est un régime qui ne coûte rien au contribuable : Les cotisations des avocats actifs financent les retraites de nos anciens Confrères qui ont raccroché la robe pour un repos bien mérité (cela s’appelle de l’auto-financement), 

- c’est un régime solidaire : Au-delà de financer notre propre régime de retraite, nous reversons entre 80 et 100 millions d’euros par an au régime général (ne dites pas merci, c’est cadeau),

- c’est un régime viable et pérenne : Fruit d’une bonne gestion, notre caisse de retraite est en excédent de 2 milliards d’euros. Notre système de retraite est donc garanti jusqu’en 2079 (quel régime de retraite peut se prévaloir d’un visuel sur 49 ans ?).

Cela étant dit, quelles sont les conséquences de la volonté du gouvernement de nous intégrer au régime universel : 

- nos cotisations retraites passeraient de 14 % à 28 % (soit un doublement, ni plus, ni moins), 

- nos charges passeraient de 45 % à 60 %. 

Pour simple information et à titre d’exemple, sur le barreau de Paris (quasiment 30.000 robes), près de 30% des avocats dégagent un résultat net mensuel égal ou inférieur au SMIC pour 60 à 70 heures travaillées et 7 ans d’études minimum.

Des milliers de Confrères ne pourront donc pas assurer cette augmentation et devront quitter la profession. Une réforme qui contraint des milliers de personnes à liquider leur activité et à s’inscrire au RSA est-elle une réforme juste ? … La réponse parait évidente. 

Nous ne défendons donc pas simplement notre retraite mais la survie de notre profession. 

Mais ce n’est pas tout car cette réforme aura un impact indirect et indéniable sur chacun d’entre vous. 

Je m’explique : 

- les cabinets d’avocats en péril financier, si cette réforme passe en l’état, seront principalement les cabinets dits de « proximité » (petits en chiffre d’affaires mais grands en engagement et en investissement à vos côtés),

- les autres avocats, qui resteront, devront irrémédiablement augmenter leurs honoraires afin de palier à l’augmentation des charges, 

- les dossiers en aide juridictionnel seront moins ou plus traités. 

Conséquence, moins d’avocats, honoraires plus élevés, c’est votre accès à la justice qui est indirectement en péril.

Nous ne défendons donc pas simplement notre régime de retraite et la survie de notre profession mais aussi un droit fondamental de notre République, à savoir le droit pour chacun d’avoir un accès égal à la justice, quel que soit son revenu et sa situation sociale ».