François Sauvadet : « Je veux me consacrer à l’avenir du Département qui, je l’espère, sera un exemple français »

François Sauvadet a choisi : il ne briguera pas la Région en 2021. Son souhait, c’est de se consacrer au Département… tout en gardant un œil sur Dijon où il pense que « tous ceux qui veulent que ça change, et les leaders de La République en Marche en font partie, se retrouvent sur un vrai projet dijonnais et un vrai projet métropolitain ». Le président du conseil départemental de la Côte d’Or fait de la qualité de vie son credo politique tout en plaidant pour un nouvel équilibre territorial.

 

Dijon l’Hebdo : Les résultats du scrutin des élections européennes recèlent de nombreuses surprises. Quel bilan en tirez-vous  ?

François Sauvadet : « Avant toute chose, un constat : le gouvernement et Emmanuel Macron ont cherché à faire en sorte que ce scrutin ne soit pas traité sur le fond mais plutôt comme un remake du match La république en Marche – Front national, Macron – Le Pen de 2017. En faisant de cette dernière la première des opposantes et en positionnant Macron comme l’incarnation du camp des progressistes, cela a provoqué un effet direct sur l’opinion. En installant cette nouvelle confrontation au devant de la scène, il est bien évident que l’intérêt que pouvaient présenter les programmes des autres listes est passé en arrière-plan. C’est un choix dangereux : la preuve, c’est que la liste LREM s’est retrouvée en seconde position. Aussi je crois que que le Président porte une grosse responsabilité, pas toute la responsabilité, sur l’issue de ce scrutin. »

 

DLH : Etes-vous surpris finalement de voir Marine Le Pen terminer en tête ?

François Sauvadet : « Il faut tirer toutes les leçons de ce qui s’est passé. Le Rassemblement national est en tête en Côte-d’Or. Personne ne peut se satisfaire de cette situation. Personne. Posons la question : pourquoi vote-t-on aujourd’hui Rassemblement national ? Ce vote traduit l’expression d’un profond mécontentement, sourd mais bien réel de la population qui estime ne pas être entendue et qui veut donner une leçon en disant « on a tout essayé et bien maintenant on va vous montrer ce qu’on pense vraiment ». La question du pouvoir d’achat est toujours là. Il ne faut pas croire que parce qu’il y a eu des augmentations, des primes données ici ou là que cette revendication est réglée. Il y a un reste à vivre qui se présente aujourd’hui comme une grande difficulté. Pas simplement pour ceux qui sont en situation de précarité, qui n’ont pas d’emploi. La situation touche aussi tous ceux qui travaillent, les classes moyennes qui se sentent désormais précarisées elles aussi. La crise des Gilets jaunes a fini par s’estomper en raison des violences mais il ne faut pas croire qu’en rentrant chez eux ils allaient trouver une situation meilleure. Nous vivons aussi une vraie crise de confiance sur les capacités à répondre aux aspirations du peuple. »

 

DLH : Les Européennes qui confirment le duel entre le Rassemblement national et la République en marche, amorcé lors de la présidentielle de 2017, sonnent-elles le glas des affrontements classiques entre la droite auxquels on avait pris l’habitude d’assister ces dernières décennies ?

François Sauvadet : Gauche et droite doivent se réinventer. Qu’est-ce qui fait qu’on est de droite ou de gauche aujourd’hui. Une grande partie de l’électorat de droite s’est reconnue dans des initiatives positives d’Emmanuel Macron tel que le soutien à l’économie. De leur côté, un certain nombre de gens de gauche se disent : « On ne peut pas rester sur des archaïsmes ». Les réformistes se sont donc naturellement retrouvés autour d’Emmanuel Macron qui propose sa lecture nouvelle de la politique. Les partis traditionnels doivent se remettre totalement en cause sur les fondamentaux et avoir une vision beaucoup plus large du monde qui nous entoure. Aujourd’hui, les craintes d’un citoyen ne se portent pas seulement sur l’immigration. Elles touchent à son environnement, sa qualité de vie, la recherche d’un bien-être. »

 

DLH : Que pensez-vous de l’initiative de Gérard Larcher, président du Sénat, au lendemain de la déroute historique de la liste LR aux élections européennes, de lancer une démarche hors des Républicains pour reconstruire un projet qui rassemble la droite et le centre ?

François Sauvadet : « L’initiative qu’a prise Gérard Larcher de réunir très largement l’ensemble des élus et partenaires locaux pour redéfinir un nouveau pacte de société est très intéressante dans la mesure où elle va nourrir un débat très actuel. On observe, en effet, le sentiment de déclassement ressenti par un certain nombre de quartiers et de territoires ruraux. Et le fait de repartir avec les élus locaux, donc avec la base, pour reconstruire un nouveau projet pour la France me semble être la bonne méthode. »

 

DLH :Votre parti, l’UDI, a fait, avec 2,5 %, à peine mieux que le Parti animaliste (2,17 %). Pourquoi ne pas avoir envisagé l’union avec Les Républicains qui sont habituellement vos partenaires ?

François Sauvadet : « Ce sont des partenaires mais quand les partenaires font des choix de rétrécissement de leur base électorale et qu’ils sont en décalage complet sur les enjeux sociétaux, il faut se poser les bonnes questions… Depuis des années, je me bats, à contre courant parfois, sur le fait que la qualité de vie, l’environnement de vie, l’aspiration de chacun de se voir un avenir là où il vit, ce sera l’enjeu du XXIe siècle. C’est pour cela que j’ai lancé ce programme « 100 % Côte-d’Or » qui concerne aussi très directement Dijon et sa métropole car je pense que les projets de François Rebsamen de poursuivre l’urbanisation, de vouloir encore augmenter la population comme un gage d’avenir au moment où l’on parle d’enjeux climatiques, relèvent d’une erreur stratégique profonde. On s’en rendra compte demain. »

 

DLH : Le score inattendu des écologistes vous a-t-il surpris ?

François Sauvadet : L’émergence du vote écologiste n’est pas une surprise pour moi. Voilà déjà plusieurs années que j’ai constaté une prise de conscience profonde dans l’opinion sur les enjeux climatiques, notamment chez les jeunes. Impression confirmée par une enquête réalisée auprès des 24 000 collégiens de Côte-d’Or, la génération de demain, qui place l’avenir de la planète comme première préoccupation. Cette même préoccupation qui s’est exprimée dans les urnes.

Sur un certain nombre d’options stratégiques, on peut considérer qu’Emmanuel Macron a une certaine vision politique pour inscrire la France dans un environnement international compétitif. Le problème, c’est qu’il a une vraie difficulté avec la France des territoires. Il n’a pas d’autres choix que de se réapproprier les enjeux territoriaux. La France, ce n’est pas simplement Paris. Pas simplement Dijon. La France, c’est aussi Ménétreux-le-Pitois, Marigny-le-Cahouet… qui incarnent cette France populaire et profonde qui a envie de se trouver un avenir là où elle réside. J’ai toujours théoriser le fait qu’on est de quelque part et se voir un avenir là où on est, c’est un enjeu majeur. Le fait de voir se poursuivre le phénomène de concentration urbaine en même temps qu’une désertification rurale, c’est un non sens historique. Nous devons travailler sur le nouvel équilibre territorial, sur la qualité de la vie. Ce sont des enjeux qui se sont exprimés au travers du vote écologiste. »

 

DLH : C’est ce qui vous a poussé à mettre en place une stratégie d’adaptation au changement climatique en Côte-d’Or ?

François Sauvadet : Il faut bien reconnaître que ma génération, la génération de la croissance, était peu sensible à ces préoccupations écologiques et environnementales. Aujourd’hui, on voit bien que c’est le souci premier de nos jeunes notamment. Je veux mener le combat d’un nouvel équilibre territorial qui sera la réponse à l’aspiration d’une meilleure qualité de vie et je souhaite faire de ce département le laboratoire des modes de vie de demain qui s’inscrivent dans un environnement plus respectueux de la nature. C’est la raison pour laquelle, très tôt, on s’est engagé dans les questions de biodiversité. C’est pourquoi je ne comprends pas la stratégie de Dijon. Partout, dans toutes les villes conscientes des enjeux écologiques, on tend vers la désimperméabilisation des sols, bien loin d’une bétonnisation absurde. Je regrette de voir, un peu partout dans les quartiers, des maisons vendues transformées en immeubles de deux / trois étages. On est à rebours de l’histoire. »

 

DLH : Après les européennes, se profile un enchaînement de scrutins, quasiment tous les six mois : municipales en mars 2020, sénatoriales en septembre 2020, puis départementales et régionales en 2021, avant la présidentielle et les législatives de 2022. Dans quel état d’esprit allez-vous appréhender ces prochaines échéances ? Commençons par Dijon où la situation dans l’opposition est plus confuse que jamais…

François Sauvadet : « C’est vrai. Elle est plus confuse que jamais. Comment créer une alternative politique crédible ? Pour moi, c’est simple, c’est le rassemblement. Tous ceux qui se retrouvent dans le combat que nous menons pour un nouvel équilibre territorial, pour une meilleure qualité de vie, sont et seront les bienvenus au club « Côte-d’Or ». La Côte-d’Or, ce n’est ni M. Rebsamen ou M. Sauvadet. La Côte-d’Or, c’est 531 000 habitants qui aspirent à se voir un avenir. C’est à cela qu’il faut qu’on travaille. Et ce n’est plus simplement sur les partis que cela doit s’appuyer. Les partis, aujourd’hui, ils ont une capacité à faire perdre. Ce qui peut faire gagner, c’est un large rassemblement sur un projet de qualité de vie qui créera les conditions de l’alternance pour préparer la ville du futur. Si on continue comme ça à considérer qu’avec tel ou tel étendard on va gagner, on ira droit dans le mur. Quand je dis on, je pense à Dijon et aux Dijonnais. Je pense que François Rebsamen est resté sur un ancien schéma qui consiste à dire que la Métropole va drainer le développement de tout le reste. C’est vrai sur certains sujets. Je me réjouis, par exemple, d’avoir une belle Université, un CHU performant… mais je ne crois pas à la théorie du ruissellement. Il faut permettre le développement dans chaque territoire car on n’a pas vocation à tout concentrer sur Dijon. Cette vision archaïque d’une bunkerisation de la Métropole, n’est pas la bonne pour notre avenir et celui de la Côte-d’Or. C’était la vision de M. Hollande. C’était la vision de tous ceux qui ont été balayés. »

 

DLH : Rémi Delatte, député de la 2e circonscription, a dit récemment dans les colonnes de Dijon l’Hebdo qu’il ne fallait pas « s’en tenir aux drapeaux des partis politiques. Il faut rassembler les énergies, les intelligences… qu’elles soient issues de La République en Marche, de la société civile, des centristes, des Républicains ». Partagez-vous ce point de vue et seriez-vous prêt à donner votre accord pour une liste commune à Dijon avec le parti d’Emmanuel Macron ?

François Sauvadet : « Ce n’est pas une liste avec le parti d’Emmanuel Macron à laquelle il faut d’abord réfléchir. C’est d’abord une liste pour les Dijonnais. Il faut que tous ceux qui veulent que ça change, et les leaders de La République en Marche en font partie, se retrouvent sur un vrai projet dijonnais et un vrai projet métropolitain. Il faut qu’on sorte de cette dimension partisane qui est suicidaire. Quand je vois le résultat des élections européennes, je me dis que beaucoup de choses doivent changer et peuvent changer. Ce sera une affaire de volonté et de perspective ».

 

DLH : 2021 sera l’année des départementales et des régionales. Briguerez-vous un nouveau mandat de président du conseil départemental de la Côte-d’Or ou vous lancerez-vous comme tête de liste pour conquérir la Bourgogne – Franche-Comté et prendre ainsi votre revanche de 2015 ?

François Sauvadet : « Il faut être conscient qu’on ne peut pas tout faire, qu’on ne peut pas tout vouloir. Je me suis beaucoup intéressé à Dijon. J’ai pensé, un temps, y mener le combat. Ce combat, d’autres doivent le mener. A Dijon comme dans la Région. Je veux continuer de porter cette volonté de faire du Département un laboratoire de la France de demain, telle qu’on la rêve. On a toutes les chances pour incarner ce nouvel idéal français. Je mettrai tout en œuvre pour faire coïncider l’aspiration à la qualité de vie à laquelle rêve nos compatriotes avec cet enjeu du futur. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons lancé « Futur 21 ». 21 comme 21e siècle et comme Côte-d’Or. Ma préoccupation, ce sont les habitants et leurs souhaits. La vision que j’ai de la France, elle n’est pas métropolitaine, elle est territoriale. C’est pour cela que je veux me consacrer à l’avenir du Département qui, je l’espère, sera un exemple français. Je veux être celui qui contribuera, modestement, à faire émerger cette nouvelle société, cette nouvelle espérance pour le peuple. »

 

DLH : Vous vous êtes rendu récemment au sein de l’Espace Solidarités Côte-d’Or de Longvic pour rassurer l’ensemble des agents sur leur situation administrative, alors que les transferts de compétences entre le Département et le Métropole ne sont toujours pas réglés. Pourquoi cette question est-elle toujours en suspens ?

François Sauvadet : « Elle est symbolique d’un comportement. C’est la seule métropole française qui a revendiqué l’ensemble des compétences que la loi lui transmet. Notamment dans le social, ce qui n’a pas de sens. Le Département restera protecteur de l’enfance. Je l’assumerai en Côte-d’Or comme sur la Métropole. Le Département restera en charge du vieillissement de la population et des personnes âgées. Je l’assumerai sur la Métropole comme dans le reste du Département. Sur les questions liées au handicap, nous continuerons à assumer le soutien à la différence et à l’épanouissement dans le Département comme dans la Métropole. J’ai également refusé de voir partir les collèges, la loi me le permettait, car je ne veux pas qu’il y ait des collégiens des villes et des collégiens des campagnes. Ce clivage artificiel, qui n’a plus aucun sens, est de nature à faire monter les désespérances.

Je ne comprends pas cette revendication de vouloir prendre toutes les responsabilités y compris le tourisme. J’ai une autre vision. Elle aurait pu être partenariale comme cela s’est passé dans les autres départements français. C’est comme ça… On fera avec. Je suis serein.

A Longvic, j’ai voulu rassurer nos agents qui font un travail formidable et je leur ai dit qu’il ne faut pas accorder de crédit aux propos faux et inutilement désagréables. Je leur ai confirmé qu’ils continueraient à assurer leur mission à Dijon comme ailleurs. »

 

DLH : Les routes de Côte-d’Or permettront-elles bientôt de retrouver une vitesse autorisée à 90 km/h ?

François Sauvadet : « Je trouve qu’il y a un procès injuste fait à la voiture. Je regrette là encore qu’il n’y ait pas eu davantage de concertation sur les plans de circulation pour faire cohabiter l’aspiration à une qualité de vie au centre ville, qui passe par moins de voitures, j’en suis conscient, avec l’aspiration de nos compatriotes qui ne manquent pas de rappeler que sans la voiture on ne peut pas se déplacer. Dans le monde rural, elle est indispensable.

Avec les 90 km/h, je souhaite du pragmatisme. Les 80 km/h ont été une mesure incompréhensible. On est responsable des 5 800 km de routes départementales. J’ai demandé aux services de l’État, à la police, à la gendarmerie de travailler avec nous pour évaluer les itinéraires où il est possible de rouler sans risque à 90 km/h. »

 

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre