L’association Gendarmes et Citoyens s’est portée participe civile dans la médiatique affaire du boxeur Christophe Dettinger. L’avocat dijonnais, Jean-Philippe Morel, qui défendait cette association, revient dans nos colonnes sur cette affaire hors norme…
Dijon l’Hebdo : « Cela fait une quinzaine d’années que vous défendez les forces de l’ordre au barreau de Dijon. Est-ce par ce biais que vous avez porté la parole de l’association Gendarmes et Citoyens dans ce procès des plus médiatiques ?
Jean-Philippe Morel : « Tout à fait, je défends la police, les gendarmes et il m’arrive de sortir du barreau de Dijon dans ce cadre-là puisque je suis intervenu dans d’autres régions pour les forces de sécurité. Et, depuis trois ou quatre ans, je suis l’avocat de cette association nationale militaire, qui a un statut particulier dans le Code de la défense nationale. Elle est, en effet, l’une des deux associations représentatives des gendarmes. C’est une première nationale pour une association militaire d’être reconnue partie civile. Le premier dossier où nous avons eu gain de cause est celui de la caserne de Flandres à Dijon, début janvier, qui s’inscrivait aussi dans le cadre du mouvement des gilets jaunes. Dans l’emblématique affaire Dettinger, nous avons une nouvelle fois, devant cette fois-ci la juridiction parisienne, eu gain de cause en obtenant 1 euro symbolique de dommages et intérêts que nous sollicitions ».
DLH : Ce jugement a été commenté sur la scène judiciaire mais aussi politique. Pour certains, comme Laurent Wauquiez, par exemple, il a fait preuve de mansuétude. Jean-Luc Mélenchon l’a quant à lui été qualifié de « jugement de classe » et en a profité pour dénoncer « une justice à deux vitesses, une pour Benalla et une autre pour les gilets jaunes… »
J-P. M : « Un jugement qui ne satisfait ni M. Wauquiez ni M. Mélenchon doit finalement être un bon jugement ! Pour moi, il est équilibré. Il juge des faits très grave, des faits d’ultra violence d’un boxeur professionnel mais aussi un homme qui n’avait pas de casier judiciaire. Aussi a-t-il à mes yeux du sens : il rappelle implicitement que le droit de manifester n’est pas en cause mais que nous étions face à l’abus de droit de manifester et que les violences volontaires commises dans une manifestation sont répréhensibles. Il envoie un message qui est clair : les gens qui manifestent, dans les rues de de Dijon aussi, ne doivent pas se retrouver mêlés à des scènes de violence tant sur les personnes que sur les biens parce que, derrière, il y a des conséquences judiciaires ».
DLH : La médiatisation a conféré à cette affaire un statut particulier : que ce soit les images des actes commis mais également la reddition virale de Christophe Dettinger…
J-P. M : « Les faits en tant que tels ont été filmés par de nombreuses caméras de surveillance, des journalistes, des gilets jaunes… présents sur cette passerelle Senghor à Paris le 5 janvier dernier. La vidéo et la mise en scène orchestrées par M. Dettinger, qui était surréaliste, a été, à mon avis, une faute majeure parce que ce dossier aurait pu se juger avec plus de sérénité et moins de médiatisation. C’est la scène où on le voit frappant un gendarme mobile au sol, ayant eu à l’issue 15 jours d’ITT, qui lui a été le plus préjudiciable… »
DLH : L’intelligence de la justice se mesure à l’aune de la rigueur de la loi mais également au recul pris par rapport à la pression ambiante. Cette alchimie a-t-elle été réussie ?
J.-P. M : « La pression était maximale le 9 janvier lorsque le dossier a été évoqué une première fois pour statuer sur le maintien ou non de M. Dettinger en détention, ce qui n’a pas été accepté par nombre de personnes présentes à l’audience. Je n’avais jamais vécu une telle tension avec des personnes qui hurlaient dans la salle. Cette fois-ci la pression médiatique était là mais pas la pression physique palpable précédemment. Je pense que la justice a fait preuve de beaucoup de sérénité et de sang-froid dans cette affaire et que cette décision est une bonne décision ».
Christophe Dettinger était poursuivi pour avoir frappé deux gendarmes mobiles lors de la manifestation parisienne des gilets jaunes le 5 janvier dernier à Paris. Il a été condamné le 13 février à 30 mois de prison dont 12 mois ferme aménageables en semi-liberté.





