Ce 24 novembre fut à la fois violet – cf. les cortèges pour dénoncer les violences faites aux femmes – et jaune comme les gilets revêtus en cas de panne ou d’accident. En somme, cette journée est passée par toutes les couleurs d’un très gros bleu porté au corps social de la France. Soit pour s’être cogné au mutisme d’un machisme certain, soit pour s’être heurté aux portes fermées de l’Elysée-Matignon, soit encore pour avoir pris des gnons des casseurs et des Black Blocs.
De ce samedi, quelles leçons à retenir ? Tout d’abord les propos d’un Castaner qui fut dans son rôle d’homme politique malhabile, surjouant la défense de l’ordre public et sourd à la lame de fond sociale. Certes, le prix du carburant avait allumé la mèche, mais pas que… Il y avait là un mouvement de revendication profondément enraciné, où l’on a pu observer la participation d’un grand nombre de femmes… De femmes, oui ! Ni élues, ni connues, mais de simples travailleuses ou retraitées qui ont clamé leur désespoir de survivre – et non de vivre – avec1 100 € par mois.
Qu’on ne s’y trompe pas : les Gilets jaunes sont pour la plupart des citoyens(nes) engagé(e)s, et jusqu’ici abstentionnistes. Plus de 70% des Français se sont reconnus dans leurs revendications. La côte de popularité d’Emmanuel Macron, elle, est tombée à 26% d’opinion favorable ; et le gouvernement est jugé « malhabile » dans sa gestion des événements. La réalité de ces émotions populaires, l’authenticité des contribuables-citoyens sur le terrain devraient pourtant inciter à la considération et à la réflexion.
La morgue affichée par nos dirigeants est lourde de conséquences. Rien ne sera plus comme avant : cette fronde, ces jacqueries, constituent pour l’Exécutif la quadrature du cercle. Les sphères d’influence croyaient maladroite dans l’usage des outils numériques cette France rurale et désenclavée, cette France des silencieux, des humbles… Rude est donc la leçon infligée par les Gilets Jaunes, en portant la parole des « Sans Voix » sur les réseaux sociaux, urbi et orbi.
Facebook va-t-il engranger avec autant d’efficience les prochaines secousses séismiques des années 2018-20 ? Pourquoi pas ! Tant la démonstration par la communication dématérialisée fut probante, constituant un corps intermédiaire protéiforme, éruptif, versatile – susceptible dans un proche avenir de mettre en grand désarroi les instances institutionnelles, qu’elles soient de nature politique ou syndicale. Bien sûr, rien n’autorise à conclure que les Gilets Jaunes auront l’étoffe des Sans-Culottes. Laissons venir l’Histoire…
Mais leur émergence omniprésente sur la scène numérique – et donc publique – semble augurer d’une ère nouvelle. Une ère, où, si elle n’a pas le courage de se réinventer, la représentation démocratique, âgée de plus de 200 ans, tendra vers son extinction. Et, là, attention danger ! Facebook nous guette au tournant avec une puissance de tir sans égale, véritable Big Brother à la George Orwell, avec ses différents modes totalitaires, ses systèmes de surveillance des citoyens. Gilets jaunes ou pas, doit-on accepter que la vie démocratique soit abandonnée sur la bande d’arrêt d’urgence des autoroutes numériques ?
Marie France Poirier





