François Rebsamen : « Je propose la création d’un impôt de solidarité sur la fortune consacré exclusivement à la lutte contre le réchauffement climatique »

Dijon l’Hebdo : Justice sociale, justice fiscale... semblent avoir été le fil conducteur de votre réflexion pour le prochain budget de la ville de Dijon ?

François Rebsamen :« Justice sociale, justice fiscale… c’est l’ADN de l’équipe municipale qui m’entoure. Effectivement, on retrouve dans les points forts de ce budget, tout ce qui fait la cohésion sociale, la justice fiscale dans notre vie ».

DLH : Quels seront les points forts de ce budget ?

F. R :« On va les prendre dans l’ordre d’importance pour nos concitoyens. La première mesure, annoncée pour la troisième année consécutive, zéro pour cent sur toutes les taxes. Pour la ville de Dijon, il n’y a pas d’augmentation sur la taxe d’habitation, sur le foncier bâti, sur la taxe d’enlèvement des ordures ménagères comme je m’y étais engagé.

Deuxième point fort, la maîtrise des dépenses de fonctionnement.

Troisième axe fort, une capacité d’investissement plus importante que ces dernières années. Nous sommes dans le débat d’orientation budgétaire, tout n’est pas encore définitivement fixé mais on devrait être aux alentours de 36 millions d’euros.

Et, dans les investissements, il y a quelque chose que je réclamerai dans le souvenir qu’on me doit : l’inauguration de la rénovation du musée des Beaux-Arts au mois de mai. C’est, pour moi, le grand sujet pour le rayonnement et l’attractivité de la ville mais aussi pour la fierté des Dijonnais.

Dans les autres points forts du budget, il convient de mettre en avant un endettement en forte baisse qui se situera en dessous de la moyenne nationale des villes de cette taille. On sera, à la fin de l’année, proche de 150 millions d’euros d’endettement. Je rappelle qu’on était à 170 millions d’euros au début de l’année 2017 et à 235 millions d’euros en 2008. Dijon est une des villes les moins endettées et sa situation financière est saine.

Nous présentons donc un bon budget et les opposants vont devoir se creuser la tête pour nous dire ce qu’ils feraient de mieux s’ils étaient à notre place. »

DLH : Temps fort donc en 2019 avec le Musée des Beaux-Arts. Et, en 2020, avec la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin ?

F. R :« Oui. L’année 2020 sera l’année de la Cité de la Gastronomie. Et puis il y aura aussi un moment important pour les citoyens de la ville, ce que j’appelle notre « petite patrie », c’est à dire Dijon. Ils seront appelés à élire le maire et l’équipe municipale pour donner un nouvel élan après 20 ans dans ce siècle. Il y a encore de belles choses à réaliser dans l’intérêt de tous pour faire une ville douce à vivre ».

DLH : Troisième année consécutive sans augmentation d'impôt. C'est au détriment du fonctionnement et de l'investissement ?

F. R :« Ni de l’un ni de l’autre. Et je maintiens que nous maîtrisons les dépenses de fonctionnement. J’ai toujours privilégié une situation comme celle-ci pour avoir une belle capacité d’investissement. »

DLH : Alors que tout augmente autour de nous, le gasoil, le gaz, les cigarettes... Comment faites-vous pour faire baisser le prix de l'eau à Dijon ?

F. R :« C’est un engagement que j’ai pris il y a deux ans et j’ai dit qu’à la fin de cette année, le prix de l’eau serait inférieur à 4 euros le mètre cube. Il est aujourd’hui, si je m’en réfère à ma dernière facture d’eau à fin octobre, à 3,92 € le m³ pour 120 m³ de consommation annuelle.

Comment en est-on arrivé là ? Nous avons investi et j’ai obtenu du Groupe Suez qui gère l’eau et l’assainissement de la ville de Dijon qu’il partage les bénéfices avec nous afin que chaque Dijonnais en profite également.

Cette baisse est modérée et constante et on devrait être entre 3,85 et 3,90 € l’année prochaine. »

DLH : En parallèle à ces bons résultats financiers, il y a la direction générale du CHU qui s’est réjouie de la situation de ses comptes désormais à l’équilibre. D’une certaine manière, vous avez pris part à cette bonne nouvelle ?

F. R : « Dijon a fait beaucoup d’efforts pour le CHU et ses finances. Non seulement en rachetant, au prix fixé par les Domaines, le foncier de l’ancien hôpital général mais aussi en créant un système d’incinération des déchets d’activités de soins. Ces déchets partaient auparavant à Corbeil, dans l’Essonne. Nous les traitons désormais sur place à l’usine d’incinération. On peut considérer que cela représente 350 000 euros d’économie par an pour le CHU, ce qui n’est pas rien. Nous faisons faire d’autres économies, entre 350 et 400 000 euros cette fois, avec la mise en place du réseau de chaleur urbain. Nous avons évité au CHU d’investir dans la reconstruction d’une chaudière centrale qui était évaluée à 2 millions d’euros. Grâce à nous, le CHU fait des économies annuelles de fonctionnement de l’ordre de près 800 000 €. On soutient le plus possible le CHU par delà les dossiers qu’on porte avec lui sur l’innovation et l’amélioration de la prise en soins des patients. »

DLH : Aujourd’hui, les règles d’urbanisme font l’objet de 24 documents distincts, demain elles seront traduites dans un seul document. Pensez-vous gagner en efficacité avec ce nouveau plan local d’urbanisme intercommunal – habitat et déplacements (PLUi-HD) ?

F. R :« C’était loin d’être évident. En réalité, on ne fait pas rentrer dans un même document 24 documents d’urbanisme différents. Mais les grands principes généraux ont été validés à l’unanimité des présents. Les maires de Talant et de Chevigny-saint-Sauveur étaient absents. Le document va maintenant être soumis au vote du conseil métropolitain. Il permet évidemment de gagner en efficacité mais surtout d’avoir une rationalisation des interventions sur l’ensemble du territoire de la Métropole. »

DLH :Un récent baro­mètre sur l'attractivité et le dynamisme des métropoles françaises a placé Dijon en 1ere place dans la catégorie métropoles intermédiaires. Un bon résultat de plus pour la ville serait-on tenté de dire ?

F. R : « Même si on n’en fait pas une religion, tous les bons résultats qui se cumulent traduisent une belle réalité. Dijon est une métropole intermédiaire qui prend la première place de sa catégorie devant des métropoles comme Clermont-Ferrand, Angers, Caen, Tours… D’autre part, Dijon a rayonné avec ses projets. On peut parler de On Dijon, la ville connectée – Smart City -, seule ville française reconnue. Dijon vient aussi d’être citée parmi neuf villes européennes comme candidate à l’appellation « ville verte européenne 2021 ». Vous voyez que Dijon se bat sur des terrains où on ne l’attend pas forcément.

DLH :François Hollande était présent ce vendredi 23 novembre à Dijon pour les« Journées de l’économie autrement ». Seriez-vous prêt à dire que c'est à Dijon qu'il est venu poser la première pierre de la reconquête du pouvoir ?

F. R :« Non. Non. Non… Sa parole est utile mais ce sont aux formations politiques existantes ou à celles qui vont évoluer de poser les pierres de la reconquête du pouvoir. François Hollande y prendra sa part. Mais on n’en est pas là. Pour le moment, il faut travailler, avoir des idées pour avancer. J’en propose une : la création d’un impôt de solidarité sur la fortune. Quand je vois les Gilets Jaunes, je me dis que nous devrions proposer de recréer un impôt « vert » de solidarité sur la fortune. Il faudrait demander aux plus fortunés de ce pays de payer l’ISF « écologie » pour permettre à ceux qui ont le moins de ne pas subir aujourd’hui les hausses de taxes nécessaires. Je fais référence au 0,4 % des plus riches qui se sont vus exonérer de près de 4 milliards d’euros par an.

DLH : Vous avez profité de la présence de François Hollande à Dijon pour lui faire visiter une épicerie solidaire qui fonctionne aujourd’hui en parfaite autonomie, sans la moindre subvention...

F. R :« Des subventions, il y en a eu au début. Ce qui était normal et le contrat de ville y a contribué. C’est un modèle qui est intelligemment pensé et qui fonctionne remarquablement malgré

la suppression des emplois aidés du gouvernement actuel. Cette épicerie permet, dans la dignité, une alimentation sans discrimination pour 2 400 familles dijonnaises mais aussi talantaises puisque le CCAS de la ville de Talant s’adresse à elle. Je l’apparente à un petit Resto du Coeur nouvelle formule. L’intelligence de son responsable me fait penser à Coluche. »

DLH :Vous étiez présent au dernier congrès de l'Association des maires de France qui s'est tenu à Paris... sans Emmanuel Macron qui a préféré organiser une réception à l'Elysée. Faisiez-vous partie des 2 000 « privilégiés » et êtes-vous sensible à la volonté du Président de la République de rassurer et de retisser les liens avec les élus locaux ?

F. R :« J’étais invité à l’Elysée mais je ne m’y suis pas rendu. C’était au congrès des maires, Porte de Versailles, que le Président devait s’exprimer comme il l’avait promis l’année précédente. Le problème, c’est qu’il oublie ses promesses. Il n’a pas tenu sa parole qui consistait à être présent chaque année devant l’association des maires.

Je fais partie d’une association qui s’appelle « France urbaine » qui n’a pas refusé de jouer le jeu, qui a accepté de contractualiser… mais encore faudrait-il que le gouvernement accepte des propositions que nous faisons. Nous avons demandé, par exemple, dans le cadre de la contractualisation, à ce qu’il y ait une clause de revoyure. On verra au mois de mars si le gouvernement nous entend ou pas. Pour moi, ce moment-là sera le juge de paix. »

DLH : Le mouvement des Gilets Jaunes, qu’est-ce qu’il vous inspire ?

F. R :« C’est un mouvement aux revendications multiformes qu’il sera difficile de faire cesser. Il est difficile de le caractériser et c’est trop simple de dire que c’est « la peste brune » comme a osé le faire un ministre. Ou un autre qui a parlé de l’extrême-droite, des « beaufs »… En réalité, il s’agit de citoyens qui ont des fins de mois difficiles. Ils sont nombreux et ils posent la question de l’inégalité. Je crois que ce qui a suscité ce mouvement, au départ, c’est la suppression de l’ISF. C’est pour ça que je propose la création aujourd’hui d’un impôt de solidarité sur la fortune consacré exclusivement à la lutte contre le réchauffement climatique qui permettrait de soulager en partie tous ces gens qui expriment leur détresse. Si certains se polarisent sur la fin du monde, eux c’est la fin du mois qui les inquiète. Comment les aider ? Comment faire en sorte qu’ils ne se sentent pas paupérisés ? C’est pourquoi il faut qu’il y ait une solidarité qui joue entre les plus riches de ce pays qui sont peu nombreux mais qui sont très très riches.Ils représentent 4 milliards par an d’effort fiscal qui ont disparu. Concrètement, les plus aisés bénéficient de 86 000 € d’impôt en moins. Je propose que cela soit reconverti en une aide aux plus défavorisés qui sont confrontés aux taxes sur les transports. »

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre