VOYEZ COMME ON DANSE

Comédie française et film choral de Michel Blanc avec Karin Viard, Carole Bouquet, Charlotte Rampling, Jean-Paul Rouve, William Lebghil et Jacques Dutronc.

Julien (Jean-Paul Rouve) sent comme une présence hostile derrière lui en permanence. Alex (William Lebghil), son fils apprend qu’Eva (Jeanne Guittet), lycéenne de 17 ans a oublié de le prévenir qu’il allait être père. La mère d’Eva, Véro (Karin Viard), dans une sale passe depuis sa naissance pense qu’elle va être obligée d’arracher le sac des vieilles pour nourrir le futur enfant. Elizabeth (Charlotte Rampling), dont le mari Bertrand (Jacques Dutronc) s’est volatilisé, voit sa maison dévastée par une perquisition. Lucie (Carole Bouquet) exaspérée par les délires paranos de Julien, son mari, est au bord du burn out conjugal. Serena (Sara Martins), la maîtresse de Julien sent qu’il lui ment. Julien ne sent pas que Serena lui ment aussi. Loïc (Guillaume Labbé), fils ainé de Véro, seul élément stable de la bande ne l’est pas tant que ça …

Ouf ! Michel Blanc et William Lebghil n’étaient pas disponibles pour le second opus des NOUVELLES AVENTURES D’ALADIN, le « fameux » ALAD’2de l’illustre Lionel Steketee. En effet, les deux comédiens tournaient eux-mêmes une pure « sequel », celle-là inattendue : la suite d’EMBRASSEZ QUI VOUS VOUDREZ(le précédent film de Michel Blanc cinéaste), long-métrage réalisé il y a maintenant … seize ans ! Drôle d’idée que de vouloir poursuivre cette adaptation de VACANCES ANGLAISESde Joseph Connoly ! A l’heure où le grand Claude Lelouch est en train de préparer ITINERAIRE D’UN ENFANT GATE,TRENTE ANS APRESavec Jean-Paul Belmondo et Richard Anconina, Blanc convoque lui aussi à nouveau ses acteurs fétiches. Mais pourquoi tant de suites dans les idées de nos réalisateurs ? Et nous, simples spectateurs ou spectatrices un peu cinéphages sur les bords, pourquoi devrions-nous les suivre dans leurs entreprises sagaces, opportunistes et qu’ils espèrent lucratives ?

La première bonne raison qui peut vous pousser à vous précipiter au cinéma pour vous émouvoir et rire de VOYEZ COMME ON DANSE, valse folle au vitriol, où rien ni personne n’est épargné : sans doute ce plaisir nostalgique de retrouver une bande multigénérationnelle, traversant les classes et les genres, tout en ambiançant gravement. Malgré le rire railleur, une infinie tendresse est là, présente. Les personnages ne sont jamais totalement abandonnés à leur (triste) sort. Mais pourquoi donc nous direz-vous ?

Peut-être parce que Michel Blanc aime les actrices et les acteurs. Il orchestre intelligemment son film choral, genre très prisé en France, en faisant la part belle aux femmes : Carole Bouquet, Charlotte Rampling et Karin Viard composent des rôles très proches de l’image que l’on peut se faire d’elles au cinéma. Depuis GROSSE FATIGUE, sa deuxième réalisation après MARCHE A L’OMBRE, Blanc aime jouer avec les stéréotypes et les clichés. Ses trois femmes, très différentes et humiliées par la vie, vont pourtant malgré leurs divergences, se serrer les coudes. Contrairement à Joseph Connoly, le réalisateur scénariste n’est pas un vrai cynique. La scène finale, très émouvante, montre que Michel Blanc n’est pas prêt à abandonner ses personnages sur l’autel du sarcasme.

Pour sa nouvelle comédie humaine, le cinéaste sait faire danser ses personnages sur quelques titres bien sentis, rythmant les péripéties d’un récit retentissant : que ce soit du jazz (Gershwin, Keziah Jones, Irving Berlin), du classique (Beethoven, Vivaldi) ou de la chanson française. Le groupeIbeyi, d'origine venezueliano-cubano-tunisienne, composé des sœurs jumelles Lisa-Kaindé et Naomi Diaz, joue quatre titres dans cette bonne B.O. qui résonne autant que ses héros déraisonnent.

Pour ses dialogues acérés et mordants adaptés à la nature de chaque personnage - certainement même de chaque comédien. Aucun n’a le même vocabulaire et Michel Blanc s’en amuse. En fin observateur de la société, notre splendide ex-bronzé n’a pas oublié que le monde a changé depuis le début du millénaire.

Pour son style « caméra à l’épaule » : la forme est en adéquation avec le fond, VOYEZ COMME ON DANSEétantun film sur l’instabilité. Et la vitesse … Seize ans, ça passe vite et ce n’est pas le drôle de vieux briscard de Bertrand, joué divinement par Dutronc, qui dira le contraire. Il ne s’est pas vu vieillir, et pourtant … Réfugié dans la vieille caravane de Véro, il caquette avec les poules tandis que Julien fricote. Jean-Paul Rouve parvient à rendre sympathique un protagoniste au demeurant pathétique.

Pour les Petits nouveauxqui en plus de leur fougue apportent une plus-value au niveau dramaturgique. Le conflit générationnel pointe le bout de son nez, mais cette jeunesse a décidément plus de ressources ou d’humanité que les anciens veulent bien l’avouer ou le prévoir. William Lebghil, Jeanne Guittet et Guillaume Labbé façonnent des personnages touchants et complexes qui réussiront à tirer leur épingle d’un jeu alambiqué … comme la vie.

Six raisons et bien d’autres qui vous feront peut-être aimer VOYEZ COMME ON DANSE, la nouvelle comédie de l’automne avant de plonger dans LE GRAND BAINdès le 24 octobre.

Raphaël Moretto