Le Clairon : Plus bio la vie !

 

Arnaud Montebourg, ancien ministre du Redressement productif a toujours été dans un tourbillonnement perpétuel. Doté de la psychologie du bourdon d’une ruche, il n’est pas étonnant qu’il se pique d’être le chantre d’une apiculture « made in France ». Début septembre, notre ex-candidat à la primaire socialiste a lancé la vente de ses premiers pots de miel labellisée « Bleu Blanc Ruche ». Décidément en totale symbiose avec les abeilles et leur organisation du travail collectif, il a créé la plateforme participative « Ulule » pour récompenser ses premiers clients, leur accordant un bonus au vu de leur facture finale. Ainsi l’internaute le plus dépensier se verra offrir une visite dans une ferme apicole et un repas champêtre, en plus des dizaines de pots de miels achetés. Conseillons au Président de la République, en pleine déconfiture en cette rentrée urticante, de s’inscrire au plus vite. Des tartines nappées de miel distribuées au Conseil des Ministres du mercredi pourraient peut-être adoucir le « Je-ne-sais-quoi-supérieur » du patron.

Montebourg, qui décidément ose l’audace, prépare également la première rentrée de l’EHEA, Ecole des Hautes Etudes de l’Apiculture : dès janvier 2019 à Dijon, des formations  de six mois y seront dispensées. Et voilà notre avocat des abeilles, sur les pas  des « Gaulois réfractaires » de Vercingétorix –  grands producteurs de miel et d’hydromel.

On le voit, le miel n’est pas tombé de la dernière pluie. Les archéologues estiment que les hommes ont commencé à en produire aux environs de – 40 000 avant J-C. A l’époque, abeilles et homo sapiens faisaient du « bio » sans le savoir et sans passer par Siences-Po ! Aujourd’hui, rien n’est plus galvaudé que ce vocable. Matraquage publicitaire et communication intrusive, et voilà le vocable  « bio » se faire l’ouvre-bouteille de toutes les foires aux vins qui envahissent en septembre hypers et superettes. Rares sont les crus qui n’affichent pas le passeport Bioland ou qui ne se targuent pas d’une viticulture raisonnée. Tant pis si les cahiers des charges pour prétendre à ces labels sont de moins en moins contraignants sous la pression de lobbyistes faux-verts, ou de « cols-verts »  à la solde de domaines prétendus  « bio » et qui ne se gênent pas pour pousser parfois le bouchon un peu loin.

Tchin-tchin, on est donc bien parti pour se piquer la ruche, mais – s’il vous plaît, soyons dans le vent – à la mode bio ! Rêvons d’une république d’anars, d’utopistes buveurs pollueurs qui auraient pour disciple le grand poète du zinc et du ballon de rouge que fut  Bernard Dimey. Cessons d’être dupes : rien n’est moins bio que la pensée unique pilotée à distance sur le Net par d’astucieux e-influencers. N’oublions pas que le « vrai » bio – oui, ça existe tout de même – ainsi que le pseudo-bio drainent tous deux un beau paquet de fric. Histoire d’améliorer réellement le développement durable et de promouvoir les produits recyclables, il est d’ailleurs fortement recommander de blanchir l’argent sale avec une lessive sans phosphates…

Marie-France Poirier