Le CHU Dijon Bourgogne lutte contre le suicide

 

 

La lutte contre le suicide est un des 11 projets transversaux inscrits au projet d’établissement 2018-2022 du CHU Dijon Bourgogne.

 

« Le suicide est une véritable question de santé publique. On estime à 11 000 le nombre de suicides par an en France et à 200 000 le nombre de tentatives … une personne se suiciderait toutes les 40 minutes ! En Côte-d’Or, le taux est particulièrement haut puisqu’il est de 18 suicides pour 100 000 habitants, alors qu’il est de 15 pour 100 000 sur le reste du territoire », confie Jean-Christophe Chauvet-Gelinier, psychiatre au CHU Dijon Bourgogne. « Actuellement une personne qui vient de faire une tentative de suicide ou qui en a évoqué l’envie est prise en charge aux urgences avant d’être renvoyée chez elle ou transférée dans un service de psychatrie », explique Maud Benetti, psychiatre affectée au service des urgences. Pour une meilleure prise en charge de ces patients, le CHU Dijon Bourgogne a donc décidé de mettre en place une unité de crise pour les patients suicidaires. Un projet estimé à 1,4 million d’euros qui devrait voir le jour dès le début de l’année 2020.

 

Déstigmatiser le suicide

 

« On y pense depuis très longtemps. D’ailleurs, on le fait déjà plus ou moins, mais on souhaiterait pouvoir le faire mieux », explique le professeur Bernard Bonin, chef du service de psychiatrie. Si cela passe par la création d’une unité dédiée d’une dizaine de lits avec une quinzaine de professionnels formés, à proximité du service des urgences, c’est aussi pour la séparer du service de psychiatrie et ainsi « déstigmatiser la dimension psychiatrique qu’on a tendance à trop vouloir rapprocher du suicide », ajoute Eddy Ponavoy, psychiatre au sein du service de psychiatrie générale et addictologie. En effet, « les problématiques liées à l’isolement social, la famille ou encore une maladie somatique, viennent avant le problème psychiatrique parmi les principales causes de suicide », complète le docteur Chauvet-Gelinier.

 

Une prise en charge sur mesure

 

Concrètement, avec cette nouvelle unité de crise distincte de la psychiatrie et neutre, le patient qui arrivera aux urgences après une tentative de suicide ou des propos indiquant une volonté de passer à l’acte sera pris en charge par le service des urgences. « Une fois que l’urgence somatique aura été éliminée et qu’une évaluation initiale aura été faite, le patient sera redirigé vers cette unité de crise où il sera pris en charge durant 72 heures pour travailler avec lui et ses proches, l’objectif étant, après une évaluation RUD [Risques, urgences, dangers, ndlr.], de le faire rentrer chez lui en évitant tout risque de rechute », explique le docteur Benetti. Seulement si à l’issue de cette hospitalisation, le patient montre encore des risques de rechute, il sera redirigé vers le service de psychiatrie générale. « On essaiera d’établir un lien avec les personnes, une fois de retour chez elles, en les appelant quelques jours après leur sortie, par exemple », explique le professeur Bonin qui estime que se sentir au centre de l’attention diminue le nombre de récidive.

 

Antonin Tabard