Le diesel… brûle-t-il ?

C’est l’un des épisodes de l’Histoire les plus connus, même des derniers de la classe : les Alpes ont été franchies par le grand chef de guerre, Hannibal Barca, en 218 av JC, alors qu’il combattait Rome. La présence des éléphants dans son armée a assuré sa célébrité, en dépit de la défaite qui a mis fin à l’aventure. Plus tard, bien plus tard, les rois de France et Napoléon-Bonaparte ont demandé aux artistes-peintres comme aux sculpteurs de leur époque de les représenter à cheval. Est-ce à dire que les moyens de locomotion façonnent une image politique, une époque, une culture ? C’est l’évidence! Tous les « marcheurs de l’Elysée », de Giscard à Macron en passant par Mitterrand, semblent avoir ouvert la voie à la nouvelle civilisation urbaine où tout déplacement se fera obligatoirement à pied ! Encore un pas et on y sera vers 2030 :  les citadins des agglomérations de plus de 100 000 habitants seront alors priés de circuler « pedibus jambus » !

Aller chercher les gamins à la sortie de l’école en 4X4, rouler en diesel passent déjà pour une quasi incivilité. Quand on songe que nos responsables politiques – qui entendent aujourd’hui privilégier notre jeu de jambes – ont favorisé à grands coups de subvention ce carburant-là, il y a à peine 10/15 ans… Anne Hidalgo se voit déjà reine d’un Paris couvert de milliers d’échangeurs de coulées vertes. Bien entendu, un gros effort reste à accomplir pour favoriser les transports en commun dans l’hyper-centre des méga ou moyennes cités de demain. A Dijon, le piéton a tout loisir d’emprunter gratuitement des navettes électriques qui rendent aisé l’accès aux secteurs piétonniers.

Rêvons qu’un jour ou l’autre, notre métropole régionale transforme ses feux de signalisation au croisement des rues en auxiliaires des Espaces Verts municipaux : pissenlits, reines des près, ou marguerites seront autorisés à croître aux feux… verts. Coquelicots, pélargoniums, primevères devront attendre que lesdits feux passent au rouge pour s’épanouir. Il convient de réglementer la flore afin d’éviter de se retrouver dans l’imbroglio d’une jungle urbaine luxuriante, qui entraverait les Dijonnais en marche… « Tous manants, tous contents », voilà le slogan de l’avenir en ville. Attention aux croque en jambes que le mode de locomotion pédestre va vraisemblablement encourager !

Les cercles du pouvoir – où, bien évidemment, on continuera de circuler en voiture et à 100 km/h pour éviter les risques d’attentat ou les contestations de travailleurs en grève –, ces cercles du pouvoir donc envisageraient de subventionner à tout-va la production de tennis, de baskets, de claquettes, de tongs, de chaussettes en laine des Pyrénées, de skates, de socquettes bio en bambou. Il serait même question de filer un coup de pouce à ceux et celles sortis premiers des promos de l’ENA ou de HEC pour une reconversion professionnelle tout aussi inattendue que salutaire : les Greta, les instituts, les IUT leur proposeraient une formation pour obtenir un Master ou un DESS de cordonniers.

Marcher, ça use énormément… Attention-attention, tout le pan sophistiqué de l’industrie de la chaussure risque de trinquer sévèrement ! L’escarpin vernis  et le talon aiguille cher à Almodovar, incompatibles avec un marathon urbain quotidien, ne vont plus tenir longtemps le haut du pavé.  Madame Macron en est toute attristée, elle qui adore se percher sur du 12 cm. On prétend qu’elle a demandé à son mari de concocter un texte de loi qui obligerait tout le genre humain – toutes catégories sociales confondues – à troquer la paire de baskets réservée à usage extérieur pour le port obligé d’une paire de souliers Louboutin au bureau, sur les postes de travail à l’usine, sur les chaînes d’embouteillage dans l’entreprise... Nous voilà en bonne voie pour plagier le style de vie des citadins américains qui se déplacent en basket et se chaussent « chic » au boulot. Concluons par cette interrogation métaphysique : est-ce désormais la meilleure façon de prendre notre pied ?

Marie-France Poirier