Eugène-René Poubelle était préfet de la Seine à la fin du XIXe siècle. Chargé de la Ville de Paris, il impose aux propriétaires d’immeubles de mettre à disposition de leurs locataires des récipients de bonne contenance et coiffés d’un couvercle pour déposer les déchets ménagers.
On pourrait penser vertement qu’on doit le tri à l’écologie moderne, mais, vois-tu, cher lecteur, Monsieur le Préfet avait déjà imposé trois boîtes aux Parisiens : une pour les matières putrescibles, une pour les papiers et les chiffons et une pour le verre, la faïence et les coquilles d’huitres. Or, avec le temps, on s’est aperçu qu’il y avait de plus en plus d’ordures en France… On en a même fait un film et au nom de la parité si actuelle, j’attends « La mère Noël est une ordure ».
Autrefois, et ce n’est pas pour les moins de vingt ans, je remplissais et je vidais ma poubelle sans trop me poser de questions, les éboueurs passaient tous les jours, je leur payais une modique taxe ménagère et j’achetais même leur calendrier de fin d’année. Et puis un jour, un fameux technocrate, un écolo jamais élu, inventa le tri sélectif (je ne parle pas d’APB, je parle des déchets ménagers).
C’est alors que commença ma galère : pour le verre j’ai un conteneur à trois kilomètres de chez moi. Je sais « javaiskapahabiterlà ! » Quand, dans mon enfance, je rapportais mes bouteilles à la consigne, je récoltais facilement un ou deux francs et je nettoyais la nature : je pouvais avec ce petit pécule m’acheter quelques confiseries. Aujourd’hui, à titre expérimental et seulement dans les Hauts de France, on te reprend un kilo de bouteilles en plastique débouchées pour 0,002 centimes d’euros ! Avec le prix du voyage en bus Macron, avec les heures passées à dévisser les bouchons et avec le prix payé, j’ai le sentiment désagréable qu’on te prend pour une bille.
Passons sur le verre ! Mais que faire du reste ? Dans mon tout petit chez moi, j’ai un conteneur, une poubelle verte, une poubelle grise, une poubelle jaune, une poubelle noire, une poubelle bleue et un guide de cinq cents pages qui me dit où vider quoi : les yaourts dans la noire, mais pas l’opercule en alu qui va dans la grise, les peaux de bananes dans le conteneur, les cartons jaunes et les cartons rouges dans la jaune. On va bien trouver un pornécolo qui va nous imposer une poubelle rose pour les préservatifs usagers !
Je ne regarde plus la télé, je ne lis plus, je trie, je trie, je trie : et que trie-t-on quand on est dans le bain ? Aujourd’hui, on trie tout. En outre j’ai appris récemment que tu pouvais-devais jeter tes ampoules usagées chez Castorabane… En somme, cher lecteur, tu fais tout le boulot, ce qui te coûte un bras, et avec l’autre tu nourris la rapacité industrielle qui s’en met plein les poches pour produire… davantage de trucs et de machins jetables.
Dans ces conditions, on ne peut que saluer la solidarité admirable de deux élues pleines de talent : la première acceptant de collecter elle-même les ordures et de les jeter dans la voiture personnelle que la seconde met à la disposition des citoyens : un siège pour les cartons, un autre pour les croissants rassis et le coffre pour les matières putrescibles. Tu vois, cher lecteur, les politiques donnent l’exemple…
Alceste



