C’était avant-hier : 27 rue Musette

Dès l'après-guerre, Mme Alvo et ses deux fils exploitaient le commerce sis au rez-de-chaussée de cet immeuble construit après l'occupation de Dijon en 1870-1871 par les Prussiens.

Le magasin avait une enseigne intrigante. Comme souvent, un nom suscitant le questionnement donnait à penser au commerçant qu'il serait mieux mémorisé par la clientèle potentielle : c'était donc « A l'hirondelle ». Une mercerie dont les affaires repartaient chaque année avec la venue du printemps et des oiseaux l'annonçant. A cette époque, les couturières, artisanes à domicile étaient nombreuses.

Le magasin était haut de plafond. Les fermetures éclair grande longueur pour les manteaux ou les vêtements de sport y étaient accrochés. Elles faisaient comme une claustra isolant l'arrière de la boutique des étals. Cela permettait à l'un des fils peu habile au commerce de se cacher derrière et de fondre sur la cliente tentant de dissimuler un article dans son sac et aussi, le plus souvent, de réprimander les enfants qui touchaient à tout pendant que les mamans se faisaient servir.

Se faire servir, cela prenait un certain temps pour ne pas dire un temps certain car le magasin était une véritable caverne d'Ali Baba par la diversité des produits proposés et les différentes tailles possibles.

Ainsi pour le cordonnet, fil spécial très résistant, de nombreuses couleurs étaient proposées. L'acheteuse venait avec un échantillon du ou des tissus à coudre. Elle s'approchait d'une vitre de la devanture pour être dans la lumière naturelle et choisir un fil qui allait se fondre dans le tissu, rendant ainsi la couture invisible.

Pour rigidifier les ceintures de tissus, ces dames se procuraient du gros grain, de plusieurs largeurs, et, pour agrémenter des chapeaux ou faire des plissés sur un corsage, elles optaient pour du ruban dont le choix était presque sans fin. Pour les messieurs, et pour éviter l'usure trop rapide des bas de pantalons, le magasin proposait de la talonnette en plusieurs teintes possibles. On trouvait aussi du galon, des dentelles à la pièce ou au mètre.

Toute la famille se fournissait en lacets pour chaussures : lacets ronds, lacets plats, en coton ou matière synthétique et de différentes longueurs. Les boutons, quant à eux, pouvaient être achetés à la pièce ou cousus sur des plaques de carton par demie ou entière douzaine, et ceux en nacre réelle ou artificielle pour les chemises ou les corsages, étaient sur des cartons en nombre plus important.

Tous ces articles représentaient un stock impressionnant avec un assortiment qui exigeait une connaissance pointue et un classement sans faille. Aussi le magasin présentait de nombreux meubles. Le dessus faisait office de présentoir et le corps était constitué de tiroirs.

A ces produits, il fallait les compléments indispensables comme les patrons en en papier de soie mais aussi les outils nécessaires. On trouvait les épingles, les aiguilles de différentes grosseurs, notamment celles avec un chas spécial pour que les doigts peu souples puissent passer le fil. Sans oublier les aiguilles à tricoter, les ciseaux ordinaires ou spécialisés comme ceux pour la broderie, les cadres pour tendre les canevas de tapisserie, les mètres en tissu dits de couturière, la craie spéciale pour tracer avec le fil spécial à bâtir vendu en grosses bobines.

Les jours de marché, le magasin était une ruche avec des tas de merveilles sorties des tiroirs...