Fin de l’aéroport Dijon- Bourgogne, suppressions d’emplois annoncées à la CCI 21… Ce n’est pas un cadeau que l’on vous a fait en vous élisant président de la chambre de commerce de Côte-d’Or à l’automne dernier ?
Parlons plutôt de mauvaises surprises. Concernant l’aéroport, je pensais, bien évidemment qu’il y avait un risque mais j’y croyais car nous avons besoin d’un tel équipement. En 2013, un avenant avait été signé entre les trois collectivités territoriales et la CCI pour prolonger notre concession jusqu’au 31 mai 2014. En septembre dernier, le conseil général s’est malheureusement retiré. Malgré cela, je pensais, très sincèrement que le Grand Dijon, le conseil régional et nous mêmes allions donner suite à la délégation de service public (la DSP). Il y avait, en effet, un candidat sérieux, Lavalin, qui gère une douzaine d’aéroports en France, et il aurait été logique d’inscrire dans le cahier des charges de la DSP la nécessité de se rapprocher des Jurassiens pour trouver une mutualisation et faire ainsi des économies. Le retrait du conseil régional a mis un terme à nos espoirs. C’est dommage car il y avait un professionnel qui était en mesure de proposer un développement stratégique
Vous en voulez aux politiques ?
Oui. Là, par contre, on peut parler de mauvais cadeau que m’ont fait successivement François Sauvadet et François Patriat. Dans les gênes et dans les idées, ils avaient un doute. Je respecte leur décision mais je m’insurge avant tout d’avoir été prévenu si tard. Quand on vous annonce, début mai, qu’à la fin du mois il faudra se débrouiller seul, ce n’est pas acceptable. Il y a un manque de respect total des salariés de l’aéroport. Je regrette aussi d’avoir été le seul à être allé les rencontrer à deux reprises. Les salariés m’ont dit être traités comme des chiens. C’est insupportable. Je n’étais pas partisan des licenciements mais la CCI ne pouvait plus s’engager durablement. Elle n’en a pas les moyens. Et surtout, elle n’en a plus le droit. Désormais, la loi est très claire. Il est interdit de financer des sites aéroportuaires et bien évidemment de financer du déficit. Très sincèrement, sur le fond, je suis triste.
N’est-ce pas indécent que tout le monde se soit renvoyer la balle pour ne pas assumer la vingtaine de licenciements secs ?
Il y a eu des attitudes indécentes. C’est vrai mais pas chez nous, car si on en est arrivé là, ce n’est pas la faute de la CCI. D’un point de vue purement juridique, nous n’étions plus concessionnaire de l’aéroport à la fin du mois de mai. Nous n’avions plus à gérer le personnel. Clairement, je donnais les clés à l’Etat en lui disant « débrouillez-vous ». Et l’Etat de se retourner vers la direction générale de l’aviation civile qui refuse de prendre en main le dossier allant même jusqu’à menacer de plaider devant le tribunal administratif pour défendre sa position. Comment admettre une telle attitude quand on a 20 personnes sur le carreau ?
Et vous avez fait la triste expérience de la grande solitude ?
Je me suis senti franchement seul devant le problème social mais aussi devant les usagers qui ont peut-être économisé toute l’année pour réserver des places sur des charters pendant l’été, sans compter tous les fournisseurs de l’aéroport. Qu’est-ce qu’on dit à tous ces gens-là ?
J’ai fait une première proposition. Celle d’accepte de porter la gestion de l’aéroport pendant trois mois, le temps de tout régler, intégrant bien évidemment les licenciements mais à une condition : ne rien payer. Les collectivités ont refusé ma proposition considérant qu’il fallait répartir équitablement les sommes engagées sur le conseil régional, le Grand Dijon et la CCI. Je ne demandais pas la lune : simplement que les frais soient pris en charge par les deux collectivités. Lors de la dernière réunion à la préfecture, j’ai eu un vrai problème de conscience. Quitter la salle ? Claquer la porte ? Qu’allais-je dire au personnel ? Finalement, j’ai accepté de porter les licenciements à hauteur d’un tiers. Je n’avais rien à ajouter et j’ai quitté la réunion.
Si on devait désigner un responsable de cette situation qui aura quand même coûté la bagatelle de 25 millions d’euros aux contribuables, quel serait-il ?
On ne peut pas attribuer une responsabilité à un homme. Je mettrai en avant le manque de cohérence et d’entente stratégique des politiques. Pourquoi n’a-t-on pas arrêté il y a un an dans la mesure où personne ne croyait vraiment en l’avenir de cet aéroport ? On aurait économisé 2 300 000 euros !
Pensez-vous qu’il y ait encore une toute petite chance de maintenir une activité d’aéroport à Dijon ?
D’abord la Cci ne rejoindra pas le syndicat mixte qui va se constituer car elle n’en a pas l’autorisation. On parle d’aviation d’affaires, on parle du SAMU, on parle de la patrouille Breitling… Travailler a minima, ça veut dire quoi ? Un aérodrome ? Est-ce que Dole qui est dans le collimateur de l’Europe est viable ?
Est-ce bien raisonnable de maintenir une aviation d’affaires circonscrites à quelques entreprises ?
L’aviation d’affaires, c’est offrir la possibilité de décoller et de se poser jour et nuit. Qu’est-ce qu’un homme d’affaires qui vient à Dijon. C’est, par exemple, un Chinois qui va se poser avec son avion personnel et qui va souhaiter une prise en charge immédiate pour aller acheter du vin ou une propriété viticole. Après, cet homme d’affaires chinois, qu’il se pose à Dijon ou à Dole, je ne vois pas grande différence.
Licenciements à l’aéroport… et suppressions d’emplois aussi à la CCI…
Elu le 1er octobre, j’ai été très vite informé des mesures de l’Etat visant à baisser les recettes fiscales des CCI de 20 % en 2014. Ce sont nos sources de financement qui proviennent des entreprises. J’ai demandé que l’on me présente des prévisionnels jusqu’en 2017 intégrant, chaque année, ces 20 % de réductions financières. Les perspectives sont franchement inquiétantes pour les quatre prochaines années. Les réserves financières dont nous disposons sont faites pour pallier à des urgences. C’est dans ce fond de roulement que nous allons puiser pour faire face aux déficits qui s’annoncent.
Il fallait vraiment trancher dans le vif ?
J’ai demandé à la directrice générale d’enclencher un plan d’économies visant à dynamiser nos offres, c’est à dire faire plus de ventes de prestations sans pour autant tomber dans le para-commercialisme, maîtriser nos coûts, c’est à dire dépenser moins et réduire nos charges de personnel. D’où cette annonce de la vingtaine de suppressions d’emplois.
Est-ce parce que l’on entend dire qu’elle a vécu dans le luxe qu’elle doit maintenant faire des économies qui vont jusqu’à la suppression de postes ?
Je prétends connaître le monde consulaire à Dijon et en Bourgogne. Les chambres de commerce sont des établissements publics, présidés et dirigés par des élus qui relèvent de la sphère privée, qui vivent avec de l’impôt. Est-ce qu’à l’heure actuelle l’Etat peut reprocher une mauvaise gestion de notre part. Il serait mal venu de nous donner des leçons. je ne peux pas entendre que l’on ait trop d’argent. Oui nous avons des réserves et des biens immobiliers mais c’est tout simplement parce que nous avons su gérer avec le bon sens des chefs d’entreprise que nous sommes. Est-ce que toutes les collectivités territoriales qui travaillent aussi avec de l’impôt sont capables de présenter un bilan comme le nôtre ? Les CCI sont dans le collimateur du ministre Montebourg. On devrait nous féliciter pour notre gestion.
Les réserves des 145 CCI sont estimées entre 775 millions d’euros et un milliard. C’est un peu aller vite en besogne que dire : « Ce milliard, il faut que l’Etat le prenne. »
Il y a une chambre régionale de commerce avec laquelle vous souhaitez bâtir des synergies. Cela sous-entend-il d’autres licenciements dans les deux structures qui travailleraient plus étroitement ensemble ?
On a un bâtiment qui est important dans lequel on a de la place. Je me suis rapproché de benoit de Charrette, le président de la CRCI, pour lui proposer d’unir nos efforts, trouver des mutualisations et pourquoi pas travailler ensemble dans le même immeuble. Il s’est montré réceptif et une étude à la fois technique, financière et juridique a été lancée.
On travaille sur des synergies avec les autres départements bourguignons. Pour mémoire, déjà en 2010 nous étions invités à réfléchir à des regroupements par région. cela n’a pas été fait. On se doit d’être exemplaire vis à vis des entreprises qui nous financent et, à ce titre, je crois fermement que l’on se dirige vers une seule CCI par région. avec des délégations par territoire. Ca ne veut pas dire pour autant suppressions de postes. En France, les 145 CCI font travailler 28 000 collaborateurs. Avant de tout casser, il s’agit de réfléchir à la problématique de l’emploi. Et sur ce terrain, je pense que le ministre du Travail sera d’accord avec moi…
Les chambres de commerce ont-elles encore un avenir ?
C’est bien beau d’imaginer que le réseau des CCI pourrait être supprimé. Au-delà des organisations patronales,
On est le seul organisme représentatif d’entreprises capable de soutenir la vie économie sur un territoire. Si on nous supprime, qui va faire notre travail ? Le service public ? Soyons sérieux. Il faut une parité. On doit laisser un certain nombre de prérogatives au privé.
Les chambres de commerce ont assurément un avenir. Toutes les entreprises que j’ai rencontrées depuis mon élection à la présidence, et elles sont nombreuses, m’ont adressé de chaleureuses félicitations sur l’efficience de nos collaborateurs.
Des salons comme Entreprissimo et Apprentissimo sont-ils menacés tout comme le magazine que vous éditez ?
L’apprentissage reste une voie royale pour nos jeunes. Apprentissimo sera donc organisé l’an prochain. Entreprissimo n’a pas eu lieu cette année. Nous réfléchissons sur d’autres possibilités comme les journées portes ouvertes dans les entreprises. On sera obligé de travailler différemment mais toujours avec le souci de bien servir l’entreprise. Quant au magazine de la CCI, il fera, lui aussi, l’objet d’une réflexion. La communication est essentielle mais nous l’aborderons certainement autrement en nous appuyant un peu plus et un peu mieux sur les réseaux sociaux. Puisque l’économie est régionale, pensons communication régionale !
Tous ces événements pénibles vous donnent-ils l’envie de solliciter un nouveau mandat ?
C’est une question que l’on me pose. Je ne regrette pas d’avoir accepté ce mandat même si les conditions pour le remplir ne sont pas les meilleures. Je n’ai pas été élu président pour faire le jeune homme dans les salons mondains. Solliciter un nouveau mandat ? Cela dépendra de deux choses : d’abord ma santé et
des organisations patronales et, si la loi évolue, peut-être que dans deux ans il n’y aura plus de CCI 21.
Propos recueillis par Jean-Louis PIERRE





