Les Halles, passage obligé des déambulations vivrières dijonnaises, est, en quelque sorte, le ventre de la ville. Et son pourtour offre un collier serré d’adresses où se restaurer, pour toutes les bourses, et tous les goûts. Ce bijou recèle des perles et aussi quelques cailloux. Bon, ne persiflons pas, et allons là où c’est bon. Là où c’est bon et beau, aussi, si l’on opte pour l’O. On entre dans un espace lumineux, aéré, aérien, organisé en duplex, organisé dans une architecture « Art déco » de meilleure facture. Et on mêle les genres, avec de grands tableaux ethniques, disséminés de ça de là, où des visages esquissés nous scrutent gravement. Un tout petit peu de gaieté dans cet univers épuré (qui tranche de l’art Ikea d’autres enseignes) ne nuirait pas. Mais y a pas de mal à faire bobo, parlant style.
La facture ne sera pas élevée, pour se sustenter, puisque à midi, un menu à moins de 15 euros permet d’avoir une entrée, un plat et un dessert. C’est bon, sans façon.
La carte est plus recherché et inventive, avec des « classiques revisités » (la grande mode actuellement, mais dans l’assiette, on n’y trouve pas toujours son conte, une fois dépassés les subterfuges rhétoriques).
A la carte, donc, les entrées sont à moins de dix euros : taboulé de quinoa au saumon fumé, nems d’andouillette 5A à la moutarde et coriandre, sauce époisses et vinaigrette d’agrumes, camembert rôti, piqûre au sirop d’érable et mesclun, oeufs cocottes au foie gras et ses mouillettes, ou encore carpaccio de noix de saint-Jacques au citron vert et fleur de sel. Les énoncés sont appétissants, les assiettes, garnies à discrétion, épousent cette tendance.
Suivront, selon les envies, la souris d’agneau avec écrasé de pommes de terre et tomates concassées, le tartare de bœuf au couteau avec frites maison, les incontournables burgers, fish, beef, etc.
Ouvrons une parenthèse : pourquoi les burgers sont-ils donc « incontournables », sur la plupart des cartes du centre-ville, d’ailleurs ? Appel du pied à une clientèle jeune ou aux touristes de passage ? Attrape-tout (ou attrape-goût) culinaire ? Voire. A l’avenant, on trouve là aussi les désormais omniprésentes « maxi-salades », mais avec un effort d’imagination et une pointe exotique louable.
Bon, si on veut faire plus raffiné, et déjà moins classique, on se rabattra avec la poêlée de gambas sautées au saté avec riz blanc à la cacahuète et coriandre ou le filet de bar rôti sauce vierge accompagné d’un wok de légumes croquants. Des couleurs, des saveurs, une ambiance feutré, jusqu’ici, tout va bien. D’autant que la plupart de ces plats sont proposés entre 15 et 18 euros, ce qui est raisonnable et accessible, pour une cuisine osant jeter des passerelles entre les ingrédients et les cultures, comme en témoignent le T-bone de veau aux queues d’écrevisses avec linguines ou le tartare de bar avec mangue à l’huile de vanille bourbon.
A l’avenant, les desserts sont colorés (fruits rouges, potiron, chantilly), proposant, encore, un rafraîchissant melting-pot de saveurs, joliment présenté en verrines ou à l’horizontal.
Bref, une adresse récente (l’adresse a bien moins de 10 ans) qui est montée en gamme, pour s’imposer comme une valeur sûre d’un centre-ville dijonnais qui compte tant de tables. Le chef en a sous la semelle, ciselant une cuisine contemporaine, chic et classe, à l’image du lieu. On est sur du (pré-)gastro, et je parle là de « nomique », pas d’« entérite » !
Au final, adresse à recommander, pour le cadre et la carte. Parfois, il y a loin de la coupe aux lèvres. Ici, on a vite l’O à bouche.
Pascal LARDELLIER





