Hôtel des Postes : Un peu d’histoire ne fait pas de mal

Le 13 décembre dernier, François Rebsamen remettait à Philippe Wahl, président de la Poste, le permis de construire qui va permettre de faire évoluer le contenu du célèbre bâtiment de la place Grangier. L'espace pour les usagers sera maintenu au rez-de-chaussée mais la Poste souhaite qu'un hôtel 4 étoiles s'installe au dessus. Un appel d'offre européen a été lancé. Pour l'instant, on ne peut pas dire que les professionnels se bousculent pour acquérir ou louer l'espace.
Différentes enseignes pourront également y faire commerce dans ce qu'il est convenu d'appeler des « corners » semblables à ceux que l'on trouve, par exemple, aux galeries Lafayette. Un beau projet qui ne demande maintenant qu'à trouver des clients. Et il n'est pas inutile, au passage, de rappeler que ce bâtiment s'est construit sur un terrain offert par la municipalité il y a un peu plus d'un siècle. Et qui d'autre que Roger Loustaud pouvait nous rafraîchir la mémoire ?
« Le surintendant des Finances de Louis XIV organisera le service des Postes et, par l'affermage, apportera des recettes au budget du Royaume... »
Dès l'origine, on réduit les frais du premier établissement car les bâtiments pour l'exploitation seront la propriété des futurs directeurs de bureaux, la Poste, bien entendu, fournissant les services centraux et généraux contre paiement de la taxe postale.
C'est en avril 1623 qu'ouvre à Dijon le premier bureau de poste au service du public, conséquence d'un traité entre les Etats de Bourgogne et Jacques Ferrand, commis du général des Postes.
Le 27 juillet 1907, les conversations vont bon train en ville et aux comptoirs des estaminets. Le sujet n'est pas la nouvelle équipe municipale (socialiste) ni les lances à eau contre les manifestants, place d'Armes (aujourd'hui, place de la Libération), ni de la ligne bleue des Vosges, ni Fachoda, pas plus que la défaite russe devant le Japon. C'est plus prosaïque, plus bénéfique pour les citoyens. C'est : « Ca y est, c'est signé, on aura l'Hôtel des Postes, la grande Poste, place Grangier ».
La question est à l'ordre du jour depuis 1880. La Poste propose que l'on garde la façade de Saint-Etienne (la Nef), que l'on rase le reste de l'édifice, que l'on construise un bâtiment de bureaux pour elle-même et la chambre de commerce... tout ceci aux frais exclusifs de la ville. La Poste serait d'accord pour louer, à bon prix, les locaux qu'elle occuperait. Elle fait l'étonnée du refus de la municipalité...
En 1882, elle veut aménager la salle de Flore : refus catégorique. Il n'est pas question d'abîmer les bâtiments historiques.
La Poste, depuis juillet 1842, loue des bureaux sis au Palais des Ducs (rez de chaussée), propriété de la ville. Elle est de plus en plus à l'étroit. Puis, c'est le vaudeville, la Poste, sous la tutelle du ministère des Finances, ne veut rien payer et la ville, avec raison, argue que ses disponibilités sont les impôts des citoyens dont elle est comptable du meilleur emploi.
Mais la ville va se fâcher. Elle signifie à la Poste que si à l'échéance du bail (1er juillet 1907) aucun accord n'a été signé, la Poste aura un an, pas un jour de plus, pour débarrasser les lieux.
Finalement, un accord sera trouvé. L'immeuble sera construit à l'emplacement proposé de l'ancien château des gendarmes. La ville approuve le plan proposé par les ingénieurs des Postes mais, car il y a un « mais »... il s'agit du financement. La ville, donc les Dijonnais, est très conciliante, cède gratis le terrain. Pas rien, songez 2375,92 m2 en plein centre ville estimés à 62,50 m2, une misère. Elle verse 25 000 francs pour la construction des galeries souterraines abritant les câbles télégraphiques et, enfin, une soulte de 30 000 francs .
La Poste construit le bâtiment selon le devis établi par son architecte qui s'élève à 1 083 643 francs. Il s'agit de francs or.
Il y aura encore discussions pour la pose de l'horloge en façade. La Poste veut bien payer le cadran et les aiguilles mais la ville doit le mouvement horloger. Elle devra, plus tard, lors de l'électrification, régler la facture.
La salle du public faisait l'admiration des usagers et des touristes pour ses proportions et sa décoration jusqu'au jour où, sous prétexte de besoin de locaux, la Poste a massacré ce témoin de l'art du début du XXe siècle.
L'histoire de l'Hôtel des Postes continue. Il fallait évoquer cette période pour la transparence logiquement due aux Dijonnais de ce siècle, dignes héritiers de leurs prédécesseurs qui ont été fiers d'inaugurer LEUR Poste le 24 octobre 1909, à 10 heures.
Roger LOUSTAUD