Halte au low cost !

En cette période de soldes, j’ai bien conscience que ce qui suit sera peut-être perçu comme "incorrect", tant pis ! Je me lance… Quel rapport entre une marinière, Xavier Niel, des vêtements à bas prix, une affaire lancée par le créateur de Meetic, une paire de lunettes et un Bourguignon né à Clamecy ?
En fait, derrière cet amalgame inattendu se cachent des milliers d’emplois ou de chômeurs… Quand Mr. Arnaud Montebourg s’affiche en marinière Armor Lux made in France, il est dans son rôle. Quand il échange des propos aigre-doux avec le fondateur de Free et déclare au micro de Jean-Jacques Bourdin "Rendre un service gratuit, c’est un problème. Lorsqu’on en vient à sacrifier l’emploi des gens, ça pose un nouveau problème. [...] Défendre le pouvoir d’achat en créant des chômeurs, c’est la pire atteinte au pouvoir d’achat !", là encore il est dans son rôle, d’autant plus que tout le monde s’accorde sur le chiffre de 4 000 emplois détruits dans ce secteur pourtant dynamique. Comme quoi ce trublion du barreau recyclé en politique ne dit pas que des bêtises, n’en déplaise à son collègue Benoît Hamon…
Quand, à la faveur des accords de Marrakech -signés en 1993 par l’OMC (organisation Mondiale du Commerce) prévoyant la levée totale des quotas à l’importation à partir de 2005- les Français ne regardent plus que leurs finances personnelles et tranchent en faveur des vêtements à prix idiots fabriqués en Inde ou au Bangladesh dans des conditions humainement scandaleuses, le résultat est la perte de 250 000 emplois du secteur textile, lesquels se sont retrouvés à la charge de Pôle Emploi, donc de nos impôts toujours en hausse et pour cause !
Quand un petit malin nommé Marc Simoncini (grand ami de Xavier Niel) clame haut et fort qu’il veut faire chuter de 50 % le prix des lunettes en France, il oublie de dire que le consommateur français rejette catégoriquement les verres à double foyer et ne veut que des verres progressifs, lesquels demandent un savoir-faire tout autre que celui de simple marchand. Quant aux éventuels dégâts collatéraux issus des 10 % de part de marché qu’il ambitionne, il n’en pipe pas mot, se gardant bien d’évoquer les éventuels milliers d’emplois qui risquent d’être jetés aux oubliettes, tout sacrifiés qu’ils seront sur l’autel des millions d’euros de ses profits à venir.
Prenez le cas des aspirateurs : au début des années 90, les hypermarchés se sont emparés de cet appareil ménager pour en faire un produit d’appel ; résultat : en "flinguant" les prix de 10 % chaque année, ce qui valait 1 200 francs est tombé couramment à 75 euros dans leurs linéaires et adieu les Moulinex et autres Hoover (fabriqués à Longvic). Là encore, le low cost a permis des délocalisations dites "sauvages" et a surtout favorisé les productions en Chine ou en Russie. A la clé, des milliers de chômeurs supplémentaires désormais à la charge de nos impôts.
Autre exemple : Quand Amazon s’affranchit des règles en vigueur et offre les frais de port, nos librairies chancellent comme Rue de la Liberté et, là encore, ce sont de nouveaux chômeurs que nous retrouverons à notre charge… Ce qui n’empêche nullement Arnaud Montebourg de se féliciter de l’installation d’une plate-forme logistique d’Amazon à Chalon-sur-Saône, sans trop s’attarder sur des aides qui se montent à près de 20 000 € par emploi créé. Et tant pis si Amazon rapatrie ses profits au Luxembourg ! Paradoxe ou incohérence politique ? Quant au nombre d’emplois détruits dans le secteur du livre, il sera passé aux oubliettes d’une gloriole politicienne éphémère…
Nous le savons tous depuis cette campagne de 1993 lancée par les Chambres de Commerce : Nos emplettes sont nos emplois. Je pourrais hélas remplir des centaines de pages en égrenant les chapelets d’entreprises qui ont dû fermer en raison de cette appétence pour le low cost, pour ce « pas cher » qui, sous le prétexte de la défense du pouvoir d’achat des consommateurs, déplace leurs économies supposées vers la case impôts puisqu’il faut bien –quand même !– permettre à ces millions de de chômeurs de survivre avec quelques indemnités en forme de subsides octroyés par une solidarité nationale qui s’essouffle sérieusement.
Alors, que faire ? Lancer un appel au bon sens de nos concitoyens, à leur patriotisme économique ? Il s’évanouit dès l’ouverture du porte-monnaie ! Le protectionnisme ? Stupide et interdit par Bruxelles ! Je ne vois qu’une éducation soutenue des Français qui leur expliquerait une évidence, à savoir que la finalité d’une entreprise c’est de gagner de l’argent, seule condition pour qu’elle préserve les emplois d’aujourd’hui et puisse préparer ceux de demain, ce que les consommateurs allemands ont assez bien compris en intégrant la notion de patriotisme économique.
Ah, j’oubliais : Gagner de l’argent – en vendant des produits à leur juste prix – est une maladie honteuse en France ! Alors on délocalisera… Désespérant, vous dis-je !