Où en est politiquement Bernard Depierre ?
Je voudrais commencer en vous donnant trois chiffres : 55 ans de vie associative, 48 ans de vie professionnelle dont 35 de vie publique se décomposant en quatre mandats d’adjoint au maire de Dijon, 14 au conseil général et 10 ans à l’Assemblée nationale. Considérez ces chiffres comme un bilan temporaire car je ne suis pas un retraité de la politique. Certes, je n’ai plus de mandat, mais, aujourd’hui comme hier, je suis toujours très attaché à m’occuper des autres avec une combativité intacte. Je reste très impliqué dans le CFA du Sport et le GIFOD (1) que je préside, Orvitis dont je suis le vice-président délégué et au sein duquel je dirige la commission d’attribution des logements. J’ai lancé tout récemment l’association « Vive la JDA » pour soutenir le club cher à mon coeur. Ajoutez à cela que je préside toujours la ligue bourguignonne de basket tout en conservant quelques activités de consultant en droit social et en droit du sport.
Néanmoins, est-ce que votre défaite en juin 2012 aux élections législatives n’a pas sonné le glas de votre carrière politique ?
Cette défaite a été un coup terrible même si j’ai gagné dans 15 communes sur 20. C’est à Plombières, Velars, Fleurey, et dans les quartiers du Belvédère à Talant et de la Fontaine d’Ouche que mon adversaire a fait la différence. L’analyse que j’ai faite, c’est que je n’avais probablement pas assez travaillé et que j’ai été une des 107 « victimes » de l’arrivée d’un Président de la République socialiste. J’ajouterai aussi que je n’ai pas fait le score que j’attendais dans le canton de Dijon 6. En politique, il n’y a pas que des victoires. Et aujourd’hui, j’entends être présent dans le débat.
Ce qui voudrait dire que dans l’hypothèse d’une dissolution de l’Assemblée nationale, vous seriez à nouveau candidat sur la première circonscription ?
Cela va de soi. Personne n’est mieux armé que moi. Ceci dit, je ne crois pas à une dissolution. Pourquoi les socialistes scieraient-ils la branche sur laquelle ils sont assis ?
Avez-vous l’intention de vous présenter sur un canton dijonnais en 2015 ? Si oui, lequel ?
Il y a plusieurs cantons intéressants. C’est possible que je me positionne. J’ai conservé les mêmes valeurs, le même cap, le sens de organisation et la même vitalité. Je n’ai jamais cherché à acheter Pierre, Paul ou Jacques. Il y a des territoires qui correspondent parfaitement au travail que j’ai pu faire pendant 10 ans à l’Assemblée. Même si des conseillers généraux briguent ces territoires, j’aviserai. Dans tous les cas, je ne m’interdirai rien.
Serez-vous présent sur la liste d’Alain Houpert aux élections municipales de mars prochain ?
Ce n’est pas une obsession. J’ai beaucoup aidé Alain Houpert jusqu’à présent en lui rédigeant bon nombre de notes, d’avis et de recommandations qu’il a pour la plupart repris dans ses différentes réunions. Maintenant, je serai sur sa liste si je suis à la place que je mérite.
C’est à dire ?
La troisième place. Sinon, il se passera de moi. Je ne me considère pas indispensable. Quand on a été élu pendant 24 ans aux côtés de Robert Poujade, on n’en fait pas une priorité. En 2008, je ne me suis pas personnellement impliqué dans la campagne municipale, c’est le moins que l’on puisse dire alors que je venais d’être réélu parlementaire. On se souvient du score qui n’a pas été favorable : 36 % et une défaite dès le premier tour. Ce qui nous a coûté, dans la foulée, trois cantons urbains, dont le mien.
Peut-être qu’il appartient à Alain Houpert de faire une liste de gens jeunes ne marquant pas trop les vicissitudes du passé.
Quel jugement portez-vous sur la liste de droite dissidente que pourrait lancer Emmanuel Bichot ?
Je n’ai aucun avis sur le sujet. Emmanuel Bichot doit faire face à la réalité. Il n’a pas été investi et il doit faire preuve de sagesse.
Et s’il vous proposait d’être numéro 3 sur sa liste ?
Je refuserais. Les dissidences sont toujours des facteurs de défaite.
Quelles sont les chances d’Alain Houpert en mars prochain à Dijon ?
J’espère qu’il gagnera car il incarne, pour l’essentiel, les valeurs qui sont les miennes. Je suis convaincu que les électeurs ne supportent plus ce qui se passe avec le gouvernement actuel. Un gouvernement que soutient François Rebsamen. Insécurité, fiscalité, emploi… nous avons des arguments sérieux à opposer. En rappelant, au passage, qu’une élection municipale ce n’est pas seulement un homme, c’est une équipe et un projet.
Et la volonté de gérer autrement Dijon.
Un peu de fiction, si vous étiez tête de liste pour affronter François Rebsamen, quel type de campagne mèneriez-vous ?
Premier point, je ferais d’abord porter au maire de Dijon toutes les responsabilités qu’il incarne au plan national. A savoir qu’il est le président du groupe socialiste au Sénat, qu’il a voté tous les textes, y compris les plus scélérats, que le gouvernement a proposés, le mariage pour tous, le changement du mode de scrutin aux sénatoriales qui, du reste, est un beau défi à François Patriat.
Second point : à Dijon, où il a fait des choses positives, en particulier dans des domaines qui me sont chers comme la construction de la piscine olympique. Avec le Centre national de développement du sport, j’ai soutenu ses demandes financières pour la piscine, le Stade Gaston-Gérard, les terrains synthétiques, le mur d’escalade couvert des Grésilles . Dijon a besoin d’une vraie salle de sports. Le Palais Jean-Michel-Geoffroy a bientôt 40 ans.
Il a fait des erreurs historiques en détruisant définitivement Dijon avec la construction d’un tram d’une technologie ringarde sur rail avec un système pratiquement non évolutif des lignes actuelles. Il a oublié de desservir les quartiers populaires de Fontaine d’Ouche et des Grésilles ainsi que les quatre communes de l’agglomération (Talant, Fontaine, Saint-Apo et Chevigny) dont les maires ne partagent pas sa sensibilité politique. Le tram ne dessert pas les grandes zones d’activités industrielles.
Et il a tué définitivement le centre ville en supprimant 5 à 600 places de stationnement au centre ville qui conduit ainsi Dijon à ne plus être une ville centre.
Tout cela relève d’un constat, mais concrètement, qu’est-ce que vous proposeriez ?
Si j’étais candidat, j’aurais un axe de développement sur les ruines des sites industriels fermés. Je créerais des postes de missi dominici chargés de prospecter le France, mais pas seulement, pour trouver des société industrielles à qui on donnerait le terrain et, éventuellement, les locaux s’ils étaient adaptables.
Il faut aussi avoir une position claire sur la base aérienne et l’aéroport. Si ce dernier venait à disparaître, cela conduirait le ministère de la Défense à décider de rayer la BA 102 de la carte. 2 100 emplois sont menacés. Et à la clé, un poids économique de plusieurs dizaines de millions d’euros.
Par ailleurs, j’aurais le projet de faire venir à Dijon une école d’ingénieurs industriels. Il faut soutenir l’école de commerce pour se développer là où elle est ou sur le campus pour constituer un grand pôle universitaire.
Dijon ne jouera un vrai rôle de capitale régionale voire interrégionale que si la population de la ville se développe. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, du moins pas suffisamment. Beaucoup de grandes villes comparables en taille gagne entre 5 et 8 %. C’est directement lié à l’emploi. Les derniers chiffres montrent que la Côte-d’Or, qui était environ à 1,5 point en dessous du niveau national, a rejoint les chiffres de la moyenne française. Ce n’est pas seulement la faute de Dijon. C’est la Côte-d’Or, globalement.
Le problème de l’emploi est beaucoup plus large ?
Oui mais quand les grandes entreprises nationales, publiques ou privées, se sont recentrées de 22 régions à 16, puis de 16 à 12, puis de 12 à 8, sur dix entreprises, il en est resté une à Dijon. 4 sont allées à Lyon, 3 à Strasbourg, 1 à Metz et 1 à Nancy. On a une ville beaucoup trop tertiaire peuplée de fonctionnaires de l’Etat et des collectivités. Je n’ai rien contre les fonctionnaires, mais le problème c’est que ce n’est pas cette catégorie professionnelle qui crée la richesse et la dynamique économique.
Il faut aussi que la ville se rééquilibre comme on l’avait fait avec Robert Poujade, Il faut, par exemple, dédensifier la Fontaine d’Ouche et non pas réintroduire 1 200 habitants dans des logements neufs comme c’est prévu.
Bernard Depierre est donc toujours là ?
Plus que jamais !
Propos recueillis par Jean-Louis Pierre
(1) Le Gifod , structure fédérant autour de la Formation Ouverte et A Distance des Centres de Formation pour Apprentis (CFA) et des Organismes de formation,





