Le Buffon, cantine épicurienne

On se balade dans le quartier Théâtre ou du côté de la place Wilson, il est midi ou 19 h 45 et il fait faim. Et on ne se sent pas obligé de se rapatrier sur les lieux de concertation des tables pour les appétits ordinaires, tour des Halles et place Emile Zola. Alors dans une petite rue de traverse, on opte pour le Buffon, au 28 de la rue éponyme. C’est le seul restaurant de cette rue discrète et sombre, pas loin de St Michel, derrière la fac de Chabot-Charny. L’environnement n’est pas clinquant, il faut connaître pour pousser la porte. C’est un peu « à bon vin point d’enseigne ». Ça tombe bien, le Buffon tourne très bien avec une clientèle d’habitués, à laquelle s’ajoute des touristes à qui quelques guides recommandent la table. C’est sûr que c’est pour un américain, un chinois ou un coréen, c’est « so frenchy » !

Il s’agit d’une vielle adresse dijonnaise (jadis appelée « chez Panpan » ou « chez Calou »), ouverte depuis quelques décennies. Toute petite salle, aux murs joliment couverts de pierres de taille, et juste quelques tables aux nappes à gros carreaux très fifties. Ni la déco, ni la clientèle ni la carte ne sont lounge ou « nouvelle cuisine ». Bobo végétarien, passe ton chemin ! Et pour cause, la cuisine à déguster là, concoctée par Eddy, le maître de céans, est ostensiblement carnée, traditionnelle, franco-française, généreuse. En entrées, œufs en meurette ou terrine maison, goûteuse, digeste, de belle allure, servie sur ardoise, avec salade et cornichons, et à emporter, sur commande. Ensuite, pavé de bœuf (qui peut être agrémenté d’une sauce époisses) ou de cheval. C’est là l’une des dernières tables dijonnaises à proposer de l’équidé. Les viandes rouges sont d'une très grande qualité et parfaitement saisies. Il y a aussi de la tête de veau sauce gribiche (certains jours et sur réservation), et du bourguignon. Tout ce qui peut être maison l’est. On a l’intuition rassurante que le micro-onde ne tourne pas à plein régime en cuisine. A l’avenant, on peut se délecter d’un jarret de porc massif (un demi-kilo !), d’une souris d’agneau rôtie au thym, de poulet Gaston Gérard ou d’un camembert frit avec salade.
Et en fin de repas, faisselle avec miel d’acacia, et desserts maison, encore. Bref, le Buffon propose une petite carte simple (ainsi, de bonnes frites maison comme accompagnements des viandes), mais pleine de valeurs sûres, joliment revisitées dans ce lieu sans chichi mais agréable à tous égards. La petite adresse où l’on vient et revient, parce que la cuisine est celle qui rappelle Maman. Et là, pas d’écran plat tuant les conversations. D’ailleurs, où pourrait-il être casé ?
Les prix font plus que se tenir. Pour un plat unique et oubliable ailleurs, on a là un menu complet, puisque le midi, pour 16 euros, on a entrée, plat, dessert et café. Guère plus cher le soir pour un dîner goûteux et généreux. Le Buffon possède aussi une salle attenante, pour accueillir les groupes. Et la carte des vins, sur une base bourguignonne (mais pas que), permet de se régaler sans « exploser le budget ». Pas le genre de la maison, de toute façon.
Le couple tenant la maison est sympathique et complémentaire, Eddy quitte ses fourneaux et vient en fin de service donner une virile poignée de main aux habitués, Madame, qui sert souriante et discrète, offre parfois un « digeo ». On s’interpelle de table en table, on parle foot, bouffe et politique, sur un mode « tout fout le camp ! ». Bref, une valeur sûre, alliant qualité, convivialité, excellent rapport qualité/prix. En sortant de certains concurrents du Buffon, standardisés et surcotés, on se dit ce genre de cantine épicurienne est de plus en plus rare.